mercredi 14 mars 2007

SUITE 3 :SURVOL HISTORIQUE DES RAPPORTS FINANCIERS

II-La logique financière des puissances coloniales

La logique financière des puissances coloniales est évidemment d’apporter par tous les moyens le maximum d’apports financiers et économiques à l’empire. Les calculs et intérêts économiques passent avant toute autres considérations de tout ordre (moral ou éthique).L ‘impérialisme a été l’un des moyens largement utilisé pour y parvenir.
L’impérialisme financier des puissances coloniales a toujours déterminé et influencé d’une manière ou d’une autre le système économique et financier des colonies. Les auteurs en la personne de l’ Anglais J Hobson en 1902 , de l’ autrichien R. Hilferding (le capital financier , 1912 ) et du Russe Vladmir Lénine ( l’impérialisme stade suprême du capitalisme, 1917 ) ont été les trois précurseurs de la théorie sur l’impérialisme .Les œuvres fondateurs de ces auteurs constituent toujours les bases de référence fondamentales de l’analyse des rapports de forces existant entre les Etats- nations pendant l’ère coloniale mais aussi pendant la période postérieure. Grosso modo, l’impérialisme est défini comme la domination sans consentement, d’un peuple faible par un peuple fort, que se soit par la force ou par l’influence .Comment les puissances coloniales se sont appropriées de ce système dans leurs colonies? Evidemment avec la logique coloniale, les colons ont cherché à tirer profit des colonies. Qu’en sont-ils vraiment des rapports financiers entre les colons en l’occurrence la France et la Grande Bretagne et leurs colonies. N’est-il pas capital de faire recours à la statistique malgré la défaillance des récoltes des données?

1-L’impérialisme colonial français

L’impérialisme colonial français a été marqué principalement par la domination des systèmes productifs et financiers des colonies et l’établissement des rapports commerciaux et financiers pouvant favoriser les transactions de toute sorte. En 1913 [Lenine ,1917], à l’aube de la première guerre mondiale, les colonies représentaient seulement 10 % des investissements extérieurs de la France (soit environ 4 milliards sur les 45 milliards de francs investis à l’extérieur) et n’assurent qu’environ 12 % du commerce global de la France. Ces chiffres suffisent-ils pour conclure d’avance sur l’effectivité des rapports financiers entre la France et les pays d’outre-mer ? Evidemment non. L’analyse de la balance des paiements entre la France et l’outre-mer constitue un outil d’analyse efficace permettant de décortiquer avec rigueur notre problématique ici. Cette analyse offre deux avantages considérables. D’abord , elle permet de dégager les bénéfices et les coûts que la France a retirés de cette domination ,ensuite les avantages et les inconvénients de ce système pour les colonies .L’analyse de Jacques Marseille (1996)[1] constitue une base de référence cohérente et complète la dessus .Dans son article intitulé : « La balance des paiements de l’outre –mer sur un siècle , problème méthodologiques » , il a bien explicité les mécanismes qui régissent les rapports financiers entre la France et ses colonies .Faute de données statistiques de la balance des paiements des pays d’outre mer qui n’existe qu’à partir de 1950, l’analyse serra beaucoup focalisée sur la balance commerciale et sera prolongée vers la construction de quelques indicateurs jugés pertinents . Il est important d’abord de rappeler que contrairement aux pays indépendant, le déficit de la balance commerciale des pays dépendant d’outre-mer doit être financé entièrement par la France. Du point de vue métropolitain alors, il est avantageux d’avoir une balance commerciale débitrice avec les pays d’outre-mer et de voir ces derniers avoir une balance commerciale créditrice avec les tiers (Jacques Marseille, 1996, p.5).
Dans l’ensemble, depuis le début du XX ème siècle, la balance commerciale des pays d’outre-mer n’a été excédentaire vis à vis de la France qu’en 1910 et 1911, de 1914 à 1919, en 1921, de 1932 à 1944 et en 1947.Vis à vis de l’étranger, elle n’a été excédentaire qu’en 1926. Le cumul de ces soldes qui doivent être financés par la France n’est autre alors qu’une sorte d’aide accordée par la France à ses colonies .A titre de référence , convertis en francs constant de 1914 , ces déficits s’élèvent de 1900 à 1971 à 50,7 milliards de francs , soit plus que quatre fois le montant des emprunts russe , soit plus que les placements extérieurs de la France en 1913 , évalué le plus souvent à 45 milliards de francs, soit plus de trois fois les aides américaines à la France de 1945 à 1955 ( Jacques Marseille ,1996 , p.7).

A partir des années 1950 , ce système de financement sans cesse des déficits commerciaux des colonies a suscité beaucoup de débat dans les milieux académiques , mais aussi dans les ministères concernés .On peut lire ainsi dans la revue n°5 Etudes et conjoncture de mai 1954 de l’INSSE : «Les pays d’outre-mer constituent toujours un débouché très important pour les objets fabriqués , mais l’opération n’est pas , au moins financièrement bénéficiaire pour la France : non seulement ce sont les capitaux français qui permettent seuls l’excédent d’exportations vers ces pays , mais encore les objets vendus par la France sont souvent, comme dans le cas des tissus de coton, fabriqué à partir d’une matière première payée en grande partie en devises fortes».
Par prolongement, le coût de financement des déficits commerciaux (qui se traduit par un besoin net de financement) des colonies comparées aux recettes budgétaire de la France et au pourcentage de son PIB mérite une attention particulière .Dit-on un chiffre ne vaut rien sans référence, n’est il pas logique alors de se référer aux deux indicateurs su-cités tels que le PIB et les recettes budgétaires.
Le ratio financement du déficit des pays d’outre-mer/ recette budgétaire de la France a passé de 8% dans les années 1920 à 9% de 1945 à 1962 et encore plus en 1949, en 1951, 1952 et 1955.Encore le ratio financement du déficit des outre-mer/ PIB a presque avoisiné ou dépassé le seuil de 0,7% d’aide au développement avancé par le comité Pearson de 1969.
Via les statistiques, on remarque que les besoins financiers de ces pays excèdent même ceux de la France à une certaine période comme en 1905, 1920, 1930, mais aussi en 1945 et 1950.
Si dans l’ensemble , les pays de l’outre-mer ont globalement présenté un solde négatif de balance commerciale et sont devenus des charges aux yeux de la France , quelques pays lui offrent des avantages considérables et allègent même ses charges .Les comptoirs de l’Inde , et l’Indochine font parti de ces pays .En effet , en 1913 le solde positif de la balance commerciale des comptoirs de l’ Inde estimé à 32, 9 millions de francs a permis de financer un cinquième du déficit de l’ Algérie ( 166,2 millions de francs) . Encore était estimé à 192, 3 millions de francs en 1929 et couvrait presque le déficit de l’ensemble des territoires de l’Afrique occidentale française (204 ,2 millions de francs).
De l’autre coté les pays comme la Tunisie , le Maroc , la Syrie et le Liban ont toujours accumulés des déficits tout au long de la période coloniale sauf exception comme pendant la grande dépression des années trente .Force est de noter aussi que l’ Algérie était le pays le plus coûteux car son déficit représentait 86 % des besoins de financement globaux en 1913 , 38% en 1929 et 82 % en 1961.
Les controverses suscités par ce système de financement des déficits des colonies a beaucoup relancé le débat sur le bien fondé et les avantages effectifs de la colonisation en France .François Bloch –Laine[2](1956, p.44) a été affirmatif disant:«Le système colonial s’est presque renversé au bénéfice des pays d’outre-mer .Désormais, ceux ci importent beaucoup plus en provenance de la métropole qu’ils n’exportent vers elle .Tout se passe comme si la métropole fournissait les francs métropolitains qui permettent à ses correspondants d’avoir une balance profondément déséquilibrés : ainsi s’opère aux frais de la métropole , le développement économique de tous les pays d’outre-mer sans exception».
La commission Jeanneney de 1963 chargé de définir une politique de coopération avec les pays en voie de développement en écrivant : en quoi ce régime de la zone franc est –il avantageux pour la France n ‘est pas de cette optique.
Le fait d’avoir un solde commercial négatif ne permet pas de déduire avec certitude que les colonies françaises d’outre-mer ont été dépendant financièrement de la Métropole à deux égards. D’abord, l’essentiel des opérations commerciales et financières effectuées pendant cette période ont été fait au service des colons et des entrepreneurs français, jamais aux services des colonies. Les colonies n’étaient alors juste que simples débouchés pour l’écoulement des produits de la métropole et bases de ressources de matières premières. Ensuite, les valeurs ajoutées dégagées par les principaux secteurs d’activité rentables dans ces pays ont été gagées entre les mains des colons et vont revenir en France. L’équilibrage financier largement discuté ci-haut a été alors fait au profit de la France de sorte qu’il n’était pas vraiment question de développer ces pays mais de renforcer les liens commerciaux et financiers. Les crédits offerts pendant les années de décolonisation estimés à 32 ,5 milliards de francs et les divers aides de la France de l’après guerre peuvent être considéré comme des indicateurs majeurs de la dépendance financière de ces pays .Mais à quel prix ils ont souffert pour en mériter?
Objectivement force est de reconnaître que la France a toujours usé de son pouvoir et de son système impérial pour maîtriser le système économique de ses colonies .L’équilibrage financier qui s’est opéré entre la France et les pays d’outres –mer s’est soldé en faveur de ces derniers , ce qui n’enlève pas pour autant les profits masqués générés par la colonisation dans chaque colonie.

2-L’impérialisme colonial britannique:.
Par l’étendu et la durée de son empire colonial, l’impérialisme Britannique s’est beaucoup différencié de celui de la France .La Grande Bretagne a toujours usé de son force pour imposer son système impérial dans ses colonies mais aussi dans les autres pays du globe. L’histoire colonial de l’impérialisme britannique a été principalement marquée par deux grandes sous périodes .Rita Hinden ( 1949) dans son œuvre intitulé:«Empire and after: A Study of British Impérial Attitudes» a essayé de mettre en lumière les grandes tendances de l’histoire coloniale britannique .Si de la fin du XVI ème siècle à la fin du XIX ème siècle, le système colonial britannique a été fortement marqué par l’alternance entre profit et le paternalisme , la période postérieure jusqu’ à la décolonisation de l’ après guerre des années 1940 est attribué à l’émergence de l’impérialisme colonial. Jusqu’en 1776, avec la prédominance du système mercantile qui priorise l’appropriation des colonies et l’excèdent commercial, l’empire britannique a été toujours considéré comme un avantage considérable pour la Métropole .Les profits et les calculs économiques priment avant tout. Mais certains économistes , politiciens et même des simples citoyens ne sont pas toujours de cet avis .C ‘est ainsi qu’un économiste de renom Adam Smith dans son œuvre : «Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » a dénoncé avec force l’absurdité du système colonial britannique qui selon lui constitue un frein au libre –échange , opprime la liberté des colonies mais encore coûte cher à la Grande Bretagne .Le Discours d’ Edmund Burke à la chambre des communes sur la conciliation avec les colonies( 1775), qui va mettre en place le paternalisme existant entre les colonies et la Métropole , a été un signe précurseur du changement de la politique coloniale britannique. Pendant les trois quarts du XIXème siècle, le colonialisme a été critiqué de tous fronts en tant que source d’exploitation des colons mais aussi frein au libre échange. Dés auteurs utilitaristes comme Jeremy Bentham, les réformateurs des années 1830 et plus tard John Stuart Mill se sont beaucoup mobilisés pour améliorer les conditions de vies des peuples colonisés. Avec le discours du Crystal Palace de Disraeli en 1972, l’impérialisme Britannique sera petit à petit à l’œuvre, chose faite vers 1899 avec Joseph Chamberlain. Avec le concours des Charles Dilke, John Seeley et Rudyard Kipling., Chamberlain a été le précurseur de l’impérialisme moderne britannique fondé sur la mission civilisatrice de la Grande Bretagne, sans oublier les rivalités existantes entre les grandes puissances impériales. A la lumière de J Hobson (1902), le système de domination coloniale doit être conforme à trois règles fondamentales pour être pertinent. Selon Hobson, les trois conditions qui légitimeraient une confiance entre un peuple dominant et un peuple dominé sont : premièrement, la domination doit être dirigée vers le bonheur de tous et pas seulement celui de la nation impérialiste ; deuxièmement, la domination doit conférer un avantage net à la nation ainsi dominée ; enfin, il doit exister une organisation qui représenterait les intérêts internationaux, et qui pourrait sanctionner tout abus de confiance ( Rita Hinden , 1949).Evidemment , le comité chargé d’orienter les politiques coloniales britanniques: le Fabian Colonial Bureau[3] présidé part Arthur Creech Jones (1940-6), puis par le géographe J.F. Horrabin (1946­9). Crée en 1940 n a pas pu influencer d’une manière significative le fonctionnement de l’empire colonial britannique qui était justement entrain de d’éteindre. Dans la réalité, la Grande Bretagne a toujours agit de sorte qu’elle puisse tirer profit de ses colonies. L’Angleterre s’est beaucoup investi dans les systèmes financiers et commerciaux des colonies pour faciliter sa domination .A titre de référence en 1904 et 1910, elle avait respectivement 50 banques coloniales avec 2279 succursales et 72 banques coloniales avec 5449 succursales (Lénine, p.124).
Cet impérialisme économique britannique peut être aussi attribué aux ponctions faites via l’excèdent commercial de ces derniers.
on a pu constater que la ponction britannique sur l’ Inde a été toujours évident , ce qui justifie l’avantage économique de la colonisation pour la Métropole au détriment de l’ épanouissement de ce pays .Dans la mesure où les PIB de l’Inde et de la Grande Bretagne étaient respectivement 118, 04 milliards de dollar et 76, 584 milliards en 1857; et respectivement 255,852 milliards et 314,969 milliards de dollar[4] en 1947 ,ce surplus commercial de l’ Inde qui n’est autre que la ponction britannique représente une somme considérable , de quoi à alimenter les machines coloniale et économique anglaises.
Les colonies représentaient des avantages considérables pour la Métropole. Force est quand même de constater qu’elles n’ont pas vraiment influencé son système commercial largement dominé par les pays Européens surtout depuis le premier quart du XIX siècle. Ca n’enlève pas pour autant sa mainmise sur ses colonies.

3-Impérialisme colonial : source de stagnation des colonies

Jusque là, on a essayé de focaliser l’analyse sur des aspects monétaires et financiers proprement dits. Une analyse globale qui met en lumière l’état d’avancement de leur économie tout en analysant celui des puissances coloniales nous permettra aussi de percer encore plus loin ce débat. Notre cadre d’étude a été très restreint si on ne s’intéresse pas, à la dynamique de l’économie des PED donc de leur PIB.
Se referant aux données de Madisson [2001] : l'économie mondiale une perspective millenaire,on a pu remarquer ainsi que:
i)-Les pays de l’Europe de l’ouest principalement des puissances coloniales ont eu une explosion spectaculaire de leur PIB par habitant pendant l’apogée de la période coloniale en Afrique et en Asie (1870 –1950).En même temps, leur part dans le PIB mondial n’ont cessé de diminuer.
Ce changement a été largement influencé par la performance économique de la Grande Bretagne et la France deux grandes puissances coloniales de l’époque (70 % des possessions coloniales).Les puissances coloniales espagnole et portugaise ont déjà perdu la majorité de leur colonies vers 1820. Les pays de l’Europe et l’Ex-URSS contrairement à l’Europe de l’ouest et des pays ‘immigration européenne (les Etats-Unis, Canada) n’ont pas pu vraiment s’imposer sur la scène économique mondiale ni en termes de PIB par habitant ni en termes de contribution au PIB mondial dans l’ensemble.
ii) Les colonies d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique n’ont pas enregistré un changement significatif de leur PIB par habitant pendant la période coloniale. En Amérique latine cet indicateur a passé de 416 à 667 dollars de 1500 à 1820.De l’autre coté , l’Asie a presque stagné passant de 575dollars en 1820 à 635 dollars par habitant en 1950 , année voisine de l’indépendance de la majorité des pays asiatiques .Force est aussi de constater la chute spectaculaire de la part de l’ Asie dans le PIB mondial passant de 62,1 % en 1500 à 21,9% en 1913 et 15 ,5% en 1950.Par contre l’ Afrique et l’Amérique latine ont presque stagné leur part dans le PIB mondial pendant l’ère coloniale.
iii) Les écarts interrégionaux n’ont cessé de s’intensifier pendant la période coloniale aux profits des puissance coloniales, des pays d’immigration européenne (Etats-Unis, Canada) et le Japon
Les agissements coloniaux dans les colonies ont largement profité aux colons au détriment des colonies. Le PIB par habitant de ces colonies ont stagné malgré les ressources inestimables dont ils disposaient .Toutes les politiques de développement et financières mises en œuvre pendant la période coloniale n’ont pas pu alors influencer d’une manière significative le niveau de développement de ces pays .Pire encore, dans certains pays la situation s’était même empirée. Ce fait résulte évidemment de l’impérialisme et l’oligarchie financière des puissances coloniales qui a remis en cause les perspectives d’évolution économique et financière des colonies.

Conclusion


A travers ce qui précède, les colons par les différentes mesures monétaires, financières et politiques principalement formulées et inspirées en métropole ont pu influencer le système financier de ces pays et mener le jeu à leur manière Les empires coloniaux ont toujours utilisé leur supériorité économique via leur système impérial. Evidemment, la raison d’être des colonies est de rapporter aux puissances coloniales. Quoi que l’on dise, si la colonisation a octroyé aux puissances coloniales majoritairement européennes le privilège d’exploiter les ressources naturelles, financières et humaines des colonies, elle a été en même temps une opportunité pour ces derniers de s’offrir, des grandes infrastructures basées sur le modèle occidental tel que l’enseignement, les routes ou la justice. Cette remarque ne veut pas dire forcément que la colonisation a été bénéfique pour les colonies, juste une analyse objective. Dans pas mal des PED surtout en Afrique, force est ainsi de constater que les grandes infrastructures laissées par les colons figurent encore comme les infrastructures de base de ces pays malgré les efforts entrepris ultérieurement par les responsables locaux .Les trajectoires politico-économique des PED de l’indépendance à nos jours nous réservent encore bien des symptômes qui caractérisent la période coloniale et qui divisent toujours les spécialistes tout comme les simples citoyens.Si les PED vont mal aujourd'hui , ils ont aussi leur part de responsabilité .Il est temps peut etre de bouger , mais comment ?Avec quoi et avec qui ?Ces trois questions meritent une attention particulière dans l' analyse des trajectoires post-coloniales des PED.C'est l'objet d'un autre article qui ne va pas tarder.

Bonne lecture alors à vous tous chers amis lecteurs.

[1] Jaques Marseille :«La balance des paiements de l’outre –mer sur un siècle» (p.3-25) dans: «La France et l’outre-mer , un siècle de relations monétaires et financières » ,,Comité pour l’histoire économique et financière de la France., colloque tenu à Bercy les 13,14 et 15 novembre 1996.


[2] François Bloch-Laine , La zone Franc , Paris , PUF, 1956 , p.44 –Cité par Jaques Marseille dans : «La France et l’outre-mer , un siècle de relations monétaires et financières ,1996,p.6.
[3] En 1931 G.D.H. Cole avait fondé le New Fabian Research Bureau, qui fusionna avec la Fabian Society en 1938. De cette union naquirent trois sous-bureaux de recherche, le Fabian Colonial Bureau en 1940, le Fabian International Bureau en 1941 et le Home Research Committee en 1943.
[4] Dollars américains internationaux de 1990, chiffres cités dans Madisson ,2001, tableau 2-30, p.120.

SUITE 2 :SURVOL HISTORIQUE DES RAPPORTS FINANCIERS

2-3-Etude de cas
2-3-1-L’ Afrique et la politique discriminatoire
Pendant l’année d’existence de la zone sterling, la politique discriminatoire a été l’un des aspects majeurs qui ont caractérisé les colonies britanniques en Afrique surtout en Afrique de l’ouest. Elle fut soutenue par des périodes de boom pour les matières premières en particulier pour le caoutchouc naturel du Malaya et le cacao de l’Afrique de l’ouest .les rapports financier entre les colonies et la Métropole s’est beaucoup manifestés par le mécanisme de stock monétaire et de la balance sterling qui ont influencé considérablement le rapport de coopération et de domination. Le surplus ou déficit commercial envers la zone dollar a joué aussi un rôle capital dans pendant la période considéré. En effet, durant la période 1947-1954, le surplus commercial de la cote d’or
(Devenu Ghana en 1957) envers la zone dollar était considérable .Ensemble la cote d’or et le Nigeria y exportaient en 1948 et 1949 trois fois et demi de la valeur de leurs importations de 1947, en 1950 six fois cette valeur, et dans les années 1951 à 1953 une moyenne égale à cinq fois la valeur des importations de 1947. Au cours des années 1950, les surplus commerciaux de l’Afrique de l’ouest et du Malaya devenaient un problème dans la gestion des paiements extérieurs britanniques (Gerorld Krozewski, 1996, p.604).Ces surplus commerciaux contrariaient l’objectif de réduction du stock monétaire pour prévenir les risques de retraits des états membres dans un système fortement dominé par le multilatéralisme. Après 1945 ; les pays tels que la Rhodésie et le Kenya ont largement bénéficié d’investissement privé de la Grande Bretagne .Le marginalisme a beaucoup marqué certains pays africains de la zone .Ainsi ,entre 1948-1953,en Afrique de l’ouest région de la zone sterling discriminatoire , les exportations de capitaux vers cette zone s’élevait seulement à 14 % des stocks monétaires accumulés jusqu’en 1953.Encore des pays comme la Cote d’or n’a jamais eu l’occasion de profiter aucun crédit du marché de Londres de 1948 à1958 et l’aide provenant du fonds du développement colonial était négligeable. Il est crucial enfin de noter que l’Afrique du sud a beaucoup contribué aux financements de compte sterling de la zone et aux balances des paiements britanniques via ses importantes productions d’or.
En tout état de cause que ce soit , pendant l’ère coloniale les clonies africaines ont subi d’une manière ou d’une autre la mainmise de l’empire britannique sur leur colonies . L’Inde constitue aussi un autre exemple qui va corroborer ce constat.

2-3-2-Cas de l’Inde : ingérence monétaire britannique via l’étalon -or
L’inde un pays colonisé par l’empire pendant des siècles mérite une attention particulière. Par sa taille et les multitudes de ressources qu’il dispose, l’inde est considérée comme un pays qui disposa un lien économique et financier privilégié avec l’empire Britannique. John.M.Keynes après avoir passé d’octobre 1906 à juin 1908 au ministère de l’Inde, publia le 28 juin 1913 un ouvrage remarquable intitulé « La monnaie et la finance de l’Inde » .Il a été le premier économiste de renom à s’intéresser au système financier qui lia ce pays à l’empire britannique. C’est un ouvrage condensant dans lequel il a essayé de décortiquer explicitement comment fonctionne le système monétaire et financier de ce pays en insistant beaucoup sur l’aspect monétaire. L’objet de notre étude n’est pas ici de reprendre dans son intégralité les idées défendues par Keynes dans cet ouvrage mais de comprendre comment ce système a compromis l’intérêt de ce pays au profit de l’empire britannique.
Le système monétaire Indien à quelques différences près a été calqué sur le modèle britannique basé sur le monométallisme –or depuis 1844.Un système qui ne cadre pas vraiment avec l’intérêt de ce pays, réitère sans cesse Keynes dans son premier ouvrage su-cité. Comme le note Frédéric Poulon (1985, p.4)[1]: « Ce qui est bon pour l’Angleterre ne l’est pas forcément pour l’ Inde, disait-il en substance .La critique était audacieuse , tant les vertus de l’étalon-or paraissaient universelles à la veille de la Première Guerre mondiale».Si ses expériences passées au ministère de l’ Inde a permis à Keynes de décortiquer avec force et rigueur l’inefficiente du système de l’étalon-or ,le gouvernement qui se succéda en a décida autrement ignorant ses propositions.
Robert Ferrandier [2](1985, p.159) a bien résumé ce fait affirmant: «Si J.M.Keynes a réussit à convaincre les membres de la commission Chamberlain, consacrée aux problèmes monétaires et financiers indiens, de l’absurdité de l’instauration de l’étalon-or, il fallut attendre 1934 pour qu’une réforme du système bancaire indien conforme à ses projets eut lieu ».
Le gouvernement britannique à travers la mise en place progressive du système de l’étalon or va compromettre la souveraineté monétaire et l’intérêt financier de l’ Inde .Un petit détour historique sans remonter à la nuit des temps est indispensable pour une meilleure appréhension de cette analyse .L’année 1893 marque un changement significatif du système monétaire indien .En effet c’est à partir de cette date que ce pays a décidé d’abandonner le monométallisme -argent en vigueur presque tout au long du XIX ème siècle .Après des multitudes de dispositifs juridiques face aux crises de convertibilité de la roupie à l’exemple de la loi 1861 qui fixait la modalité d’émission inspirée de celle de Bank Act de 1844,la loi du 06 septembre 1870 qui garantissait la frappe libre de la roupie à 165 grains d’argent pur, et compte tenu de ses relations commerciales avec l’Angleterre ,l’Inde a décidé d’arrêter la frappe libre de la roupie en 1893 et met fin au monométallisme –argent au profit du monométallisme –or déjà en vigueur en Métropole. Le 26 juin 1893, face à la forte dépréciation du cour de l’argent par rapport à l’or et aux transferts dus envers l’Angleterre, la commission royale présidé par Lord Herschell a décidé de rattacher la roupie à l’or au taux de 1 s 4 d la roupie. Cette parité qui sera en vigueur à partir de 1898
(Suite aux reformes inspirées de la commission Fowler) jusqu’ à 1913 .Les liens économiques et financiers entre l’Inde et la Grande Bretagne ont beaucoup influencé et facilité l’ingérence monétaire Britannique. Cette ingérence monétaire se traduisait entre autre par les mécanismes de Councils Bills et Exchange Bank .A la lumière de Robert Ferrandier[3],(1985, p.162) : « Le secrétaire d’Etat aux Indes émettait donc de fonds en sterlings ( councils bills) , vendus à Londres contre sterling, et payables en roupies à Calcutta .Ces titres étaient achetés par des banques spécialisées dans des affaires de change ( exhange bank) puis transmis à leur agence aux Indes qui les convertissaient en roupies , les sommes disponibles étaient alors utilisées à l’escompte des effets tirés par les exportateurs indiens sur les marchands et industriels anglais, que les succursales indiennes transmettaient pour encaissement aux comptoirs londoniens ».
Il est crucial de rappeler que bien d’hommes politique et économistes influents de l’époque contrairement à Keynes se sont prononcés en faveur de ce système d’étalon-or .Ce sont le cas de Lord Rotcschild et Alfred Marshall qui s’y sont penchés devant la commission Fowler de 1898.A l’autre bout de la pendule , seulement M.Lindsay, qui n’est autre que le secrétaire adjoint de la Banque du Bengale qui se rallia à Keynes en soutenant le mécanisme de stabilisation de la roupie grâce à un système de réserves qu’il nommait «système de change-or ».
La suite lui donna raison car le gouvernement indien a toujours favorisé la stabilisation de la roupie par rapport au sterling.
Malgré le soutien de l’opinion publique à ce système d’étalon –or Keynes, va défendre avec brio ses attaques à l’encontre du dit système et propose avec rigueur le système qu’il envisage de mettre en place en l’occurrence le système de change –or .L’étalon –or , répète sans cesse Keynes n’a jamais fonctionné avec succès dans les pays développés .C ‘était un système de change –or masqué qui a été adopté et appliqué par la plupart des pays développés depuis le milieu du XIX ème siècle .D’abord ,il a fait un parallélisme entre les contextes de l’ adoption du monométallisme-or en Grande Bretagne et ceux d’avant guerre marqué par la suspension du système d’étalon-or .Ensuite il commença à décortiquer explicitement les mécanismes qui régissent le système monétaire des pays développés au cours du XIX ème siècle pour déboucher sur un analyse critique du système monétaire en vigueur en Inde .Le monométallisme –or en vigueur depuis 1816 en Grande Bretagne a été renforcé par le Bank Act de 1844 qui corrobore avec la thèse classique de currency school .Contrairement à Hume qui avance le mécanisme autorégulateur de l’équilibre de la balance des paiements , Keynes dans un système et contexte économique différent de celui de Hume réfute avec rigueur le bien fondé de ce mécanisme et avance d’autres arguments qui cadrent avec son refus du système d’étalon-or .Il avance que l’argument de Hume n’est valable que dans un pays à monnaie exclusivement métallique, car il écrit à un moment où le billet de banque et la monnaie sculpturale ne sont pas encore inventés ou ne jouent qu’un rôle restreint( Jean Marshall[4] , 1985, p.156 ).En Angleterre , depuis le milieu du XIX ème siècle des changements significatifs se sont opérés dans le cadre monétaire et financiers .Ce sont l’explosion de la monnaie scripturale ,l’hégémonie de la place financière de Londres ,l’essor spectaculaire de la politique de taux d’escompte pour éviter l’hémorragie des capitaux et la sortie d’or ,le fait que la Grande Bretagne soit devenue prêteuse nette sur le marché internationaux des capitaux .Dans les autres pays développés , les tentatives d’imitation du système monétaire britannique se sont soldés tous en échec que ce choix la politique d’escompte ou la tentative de faire l’or comme principal instrument de circulation interne et ceux-ci au profit d’un système masqué de change-or .Selon lui : « Il existe dans tous les pays développés un système de change-or .Un tel système se présente lorsque l’or n’est pas un instrument d’échange interne important , lorsque la monnaie nationale n’est pas nécessairement remboursable en or, mais quand le gouvernement ou la banque centrale assure la fourniture d’or pour les paiements extérieurs à un taux maximum donné , les réserves nécessaires à cette fourniture étant détenues en grande partie à l’étranger ( Keynes,1913,p.21-22)[5].
Keynes avance par la suite que le système monétaire indien est un système de change –or et ceci à deux égards :
-La roupie est une monnaie interne, inconvertible et à cour légal illimité
-Le souverain d’or a cour légal illimité et depuis 1893 est convertible au taux de 15 roupies par livre
Le gouvernement indien agit alors pareillement que les banques centrales des pays développés pour soutenir sa monnaie , ce qui justifie l’inadaptation de l’ étalon –or dans ce pays .Pour cela il a préconisé quelques reformes allant d’une nouvelle gestion des réserves à la création d’une nouvelle banque centrale .Il est évident que la deuxième proposition peut inclure la première .Mais la réticence de la commission Chamberlain , l’hostilité du vice roi ,l’éclatement de la guerre et d’autres paramètres politiques ont fait que la proposition de Keynes ont été écarté et ne sera concrétisée qu’en 1934 avec une nouvelle donne qu’est le bloc sterling qui était déjà en place depuis 1932.
La transposition du système monétaire britannique en Inde a été fait seulement au profit de l’empire sans se soucier de celui de l’ Inde .Avec les différences de ces deux pays, l’un pays colonisé encore ancré dans le système de production féodal et où le système financier était encore dans un stade embryonnaire , l’autre considéré comme le centre du monde sur tous les plans, économique , financier et militaire, il est normal de voire le système échoué au grand dame de l’Inde .Les réformes successives en Inde ne cadrent pas vraiment alors avec les réalités et les contextes politico-économiques existants. Keynes à plusieurs reprises a dénoncé ce système dans son premier ouvrage qu’est la monnaie et les finances de l’Inde qui va lui ouvrir le pas pour ses recherches et œuvres ultérieurs .Un économiste qui aime la polémique mais qui a le sens de la rigueur ,tout au long de sa vie, comme le résume bien Frédéric Poulon [6] (2004) dans son œuvre: «La pensée économique de Keynes », va accorder beaucoup d’importance à ces combats[7] contre l’or , la réparation allemande , la crise et le chômage. L’indépendance de l’Inde en 1947 devait mettre fin officiellement ce cercle de dépendance monétaire et financier longtemps ancré dans le rapport Inde- Angleterre mais que nous réserve –t-il l’après indépendance?
En bref, la Grande Bretagne via le système d’étalon-or d’abord et le mécanisme de la zone sterling ensuite (Cf. I-1-2-2) a pu dominer le système financier et monétaire indien .Un mécanisme qui a mis ce pays sous dépendance monétaire britannique malgré les apports financiers qu’il apportait à l’empire.
2-3-4-Les autres colonies britannique
Grosso modo, les colonies britanniques d’Asie , d’Afrique ,d’Amérique latine et du moyen orient ont subi le mémé sort que l’Inde pendant la période coloniale en matière de gouvernance financière et monétaire. Ils se différenciaient quand même par leur structure économique d’une part, et par leur relation avec la Grande Bretagne d’autre part. En effet si presque tous les pays membre de la zone ont été contraints de suivre les mesures de contrôle de change et des mouvements de capitaux dans le cadre de la zone sterling, les pays comme Singapore, Hong Kong et Koweït. Ont bénéficié des traitements de faveur les permettant de s’ouvrir aux autres pays non membres.
1-3-Les autres pays d’Amérique latine et d’Asie
.
Les PED ne sont pas tous des anciennes colonies françaises ou britanniques. Qu’est ce qu’on peut dire des autres pays d’Asie et d’Amérique latine en matière d’indépendance financière ? Qu’est ce qui différencie ces pays des deux autres groupes su-cités ? Pour une meilleure représentation de l’échantillon de notre étude qui sera utile pour la suite, les pays dits émergents de ces deux continents seront priorisés. N’est-il pas normal alors de s’intéresser sur l’Argentine, le Brésil, le Mexique mais aussi la Malaisie, l’Indonésie, etc ? L’ingérence financière et monétaire des colons qui remettaient en cause l’indépendance financière de ces pays étaient toujours de règle pendant la période coloniale à quelques différences près suivant le mode de fonctionnement du système dans lequel ils appartenaient.
Après des siècles ou des décennies de forte domination portugaise et espagnoles, vers le premier quart du XIXème siècle, la plupart des pays d’Amérique Latine ont eu leur indépendance .Indépendance trop tôt par rapport aux autres pays d’Asie et d’Afrique. Ces pays représentaient 2,9 % du PIB mondial en 1500, et 2% en 1820 année où la plupart d’entre eux ont eu leur indépendance politique
(8,7% en 1998 pour référence). En même temps pendant cette période de 1500-1820 le PIB par habitant dans ces pays a passé de 416 dollars (dollars internationaux de 1990) à 665 dollars, ce qui une croissance de l’ordre de 0,21% du PIB. Parallèlement, en 1500 le PIB par habitant du Portugal et de l’Espagne (principaux colons de ces pays) a été respectivement 632 et 698 dollars (dollars internationaux de 1990) et respectivement 963 et 1063 dollars (dollars de 1990) en 1820.Ces chiffres ne nous montrent bien l’étendu des fossés existant entre les puissances coloniales et les colonies d’Amérique latine, au détriment de ces derniers. latine Le cercle de domination mis en place dans ce sous continent a été fortement concentré dans les sphères commerciales, les questions monétaires et financiers n’ont pas été vraiment à l’ordre du jour .En tout état des causes, les monnaies des puissances coloniales ont eu cour forcé dans ces pays. En Amérique latine , si la colonisation a eu un effet dévastateur sur la population autochtone elle a aussi fortement contribué à leur potentiel économique durant les périodes postérieures .L’introduction de nouvelles cultures et de nouveaux animaux a permis à ces régions de nourrir une population plus importante ( Crosby, 1972).Ces nouvelles cultures étaient le blé , le riz , , la canne à sucre , la vigne , les légumes verts ,les olives , les bananes , le café .Les nouveaux animaux destinés à la consommation étaient les bovins , les porcs , les poulets , les moutons, et les chèvres. L ‘introduction d’animaux de transport et de trait-chevaux , bœufs , ânes et mulets ainsi que les véhicules à roues et les charrues ( qui ont remplacé les bêches ) ont également grandement contribué à l’ augmentation de la capacité productive.( Madisson , 2001,p.37).La migration des populations pendant la période coloniale ( avant 1820) venus de tout horizon principalement d’Afrique (estimé à 9, 5 millions de 1500 à 1870) , du Portugal ( 500000 personnes ) de l’ Espagne (moins de demi –millions de personnes) , de la France et de l’Angleterre va encore renforcer cette dynamique économique déjà en marche[8].Tout au long de la période coloniale marquée par la prédominance du système d’esclavage , le système économique des pays d’ Amérique latine a été structuré pour être à la fois débouché et source de matières premières pour les colons .
Le Brésil mérite une attention particulière ici. Le Brésil était portugaise du dé but 1500 jusqu’à 1822.Un pays essentiellement peuplé par les indiens au début, et était devenu pays multiracial suite à l’invasion européenne et les esclaves noire de l’Afrique. Jusqu’à la fin XVIIème siècle date de la découverte de l’or et des diamants, au sud dans le Minas Gerais .L’exportation principale du pays était principalement orienté au sucre qui est concentré entre les mains de petits nombre de colons. Cette production a trouvé son apogée vers 1650 avec la concurrence des Antilles. Comme le note Bethell (1984, vol I, p.286) , au XVIème siècle et au XVIIème siècle , les recettes officielles tirées du Brésil étaient modestes – environ 3 % des recettes publiques du Portugal en 1588 et 5% en 1619.La prospérité de la mine d’or et de diamants de Minas a entraîné une forte vague de migration interne Nord-Est .L ‘industrie de l’or connut son apogée vers 1750 avec une production de l’ordre de 15 tonnes par an, une performance qui n’a cessé de diminué ultérieurement .Les transferts liés aux profits des mines d’or portaient en moyenne sur 5,23 millions de milreis par an ( 1,4 million de livre sterling ) ,, les recettes royales identifiables se situant autour de 18% de ce moment (Alden , 1973 , p.331) Au XVIII siècle entre 800 et 850 tonnes d’or quittèrent le Brésil (Morineau, 1985).A l’indépendance en 1822, l ‘effondrement de la production de l’or a fait que le Brésil a de nouveau concentré ses exportations sur le coton , le sucre et le café, ceci au profits et sous inspiration de l’empire colonial portugais .
En Asie , l’Indonésie une ancienne colonie Hollandaise a été aussi un cas semblable marqué par la mainmise de l’empire colonial sur le système économique des colonies .Ainsi , entre 1868-1972 et de 1926-1930 l’excèdent commercial de l’Indonésie représente respectivement 5,5% et 8,9 % du PIB de l’empire hollandaise soit 7,4% et 10,3% de son PIB ( Indonésie )[9].Cet excèdent commercial montre bel et bien la ponction coloniale de l’empire au détriment de l’Indonésie.

[1] Frédéric Poulon et treize économistes, «Les écrits de Keynes », Dunod , 1985.
[2] In Frédéric Poulon et treize économistes, Ferrandier Robert, p.158-174.
[3] Ibid ,1985, p.162
[4] In Frédéric Poulon et treize économistes, les écrits de Keynes, Dunod , 1985.
[5] Keynes JM. Indian currency and finace , The collected writtings of J.M.Keynes. Vol.I ,Macmillan , 1971; 1ère ed; 1913. Cité par Ferrandier Robert in Frédéric Poulon , 1985.,p.165.
[6] Frédéric Poulon , «La pensée économique de Keynes» ,2004 , Dunod.
[7] Voire aussi Gérard . M. Henry , Les combats de Keynes , 2005.
[8]Chiffres tirés in Madisson Angus , L’économie mondiale :une perspective millénaire , OCDE , 2001 , p.38.
[9] Chiffres tirés in Madisson , 2001,p.92.

SUITE 1: SURVOL HISTORIQUE DES RAPPORTS FINANCIERS

1-1-2-Tutelle financière renforcée par la zone franc de 1939 à 1949
La création de la zone franc a renforcé encore la mainmise de la France sur ses colonies .Si pendant la période de la guerre 1939 -1945, la mise en marche de la zone franc n’était pas encore effective, la période 1946-1949 a été marquée par des reformes institutionnelles et administratives qui concrétisent son effectivité. En effet , la zone franc a été crée le 09 septembre 1939 c ‘est à dire quelques jours après le déclenchement de la deuxième guerre mondiale .A partir de cette date le contrôle des changes est instauré, une mesure qui officialise sur le plan économique la création d’une union monétaire .Cette union monétaire autorise la liberté des transferts au sein de la zone et installe le contrôle des changes en dehors .Ces mesures de contrôle de change obligent chaque individu à déclarer tout avoir à l’étranger et à céder les devises acquises lors des transactions avec des non résidents. Le gouvernement de Vichy de 1940 va encore renforcer ces mesures pendant la période de guerre. L’évolution de la guerre et ses répercussions vont beaucoup influencer le mécanisme de fonctionnement de la zone franc .Des changements d’ordres institutionnels, économiques et administratifs se sont succédés. La politique monétaire des membres a été commune s’ajoutent les contrôles exercés sur le commerce extérieure .Après la guerre, l’intégration monétaire fut consolidée suite à la conférence de Brazzaville[1] qui s’est tenue le 30/01 au 08/02/1944.L’emprise de la France sur son empire a été réaffirmé après la libération .Comme l’ Affirme Leduc (M.Leduc , 1965, p.41) le 26 décembre 1945, un communiqué du ministère des finances comprend une partie intitulée : « Constitution de la zone franc », ce sont bien des décisions monétaires qui provoquent la création officielle de la zone franc.
Les années qui suivent ont été marquée par des reformes en profondeur du système monétaire et financier qui lient la métropole avec les colonies. Quelques unes de ces reformes reflètent encore l’empreinte des mesures précédentes tandis que d’autres font preuve de ruptures. Les contrôles de changes et du commerce extérieure ont été ainsi maintenus .Les conditions de base de création d’une zone monétaire ont été de nouveau respectées telles sont la liberté des transferts (rétablie en juin 1646) ; les contrôles de changes, la gestion des ressources en devises par le fonds Français de stabilisation des changes, la fixité des parités des monnaies circulant dans la zone franc.
Mais quels sont les fondements politique et économique de la création de cette zone monétaire?Suite à la conférence de Brazzaville , pour faire face à la dévaluation du Franc français qui menace l’économie d’outre-mer, pour renforcer son tutelle financière et monétaire sur les colonies, la France a décidé de créer des zones monétaires dans son empire . Sur la base de deux rapports d’André Postel-Vinay[2] et de Brunet[3] , adressés au ministre des finances le 20 décembre 1945, la zone franc a été crée. Le décret du 26 décembre 1945 a décidé de former deux Zones Monétaires [4] basées sur le critère géographique. Ce sont les Colonies Françaises d’Afrique (CFA) et les Colonies Française du Pacifique (CFP).
La dévaluation du franc français du 26 décembre 1945 a beaucoup influencé la parité entre le franc français et le CFA.
Le CFA a cour légal dans les colonies d’Afrique subsaharienne. Sa parité est fixée à 1,7 FF en 1946 puis 2 FF en 1948 et 0,02 FF en 1960 (création du nouveau Franc Français). Dans une certaine mesure, la création des francs coloniaux peuvent être considérée comme une autonomie monétaire attribuée aux pays membres mais en réalité elle était un moyen de renforcer la maîtrise du système monétaire des colonies .En effet l’exécution de la politique monétaire de ces pays était toujours inspirée de la Métropole. Les avantages avancés par la conférence de Brazzaville n’étaient alors que des avantages superficiels pour ces pays .D ‘un coté, la parité des monnaies et son changement relèvent encore de la compétence de la métropole et de l’autre coté la personnalité monétaire de ces pays a été conçue dans un cadre régional hérité de la colonisation.. Le changement de parité a eu des conséquences diverses. Si en Afrique occidentale française, le Sénégal n’a été vraiment pas touché par ce changement de parité, dans les autres pays, ce changement a fortement secoué l’économie nationale en renchérissant les marchandises importées, et accentuant par là la pénurie inhérente au lendemain de la guerre. Ce qui a amené le gouverneur du Dahomey à conclure : « Force est de constater que le consommateur colonial ne profite en aucune manière de la différence de la valeur entre CFA et le franc métropolitain»[5].Des évènements similaires ont été observés dans des colonies comme Madagascar, et l’essentiel des pays de l’Afrique centrale.
La dévaluation du CFA qui suivait celle du franc français du 26 janvier 1948 (sur la parité de 2franc CFA contre) n ‘est autre que le reflet de la mainmise de la France sur le système monétaire des pays membres. La dévaluation successive du CFA lui a accordé une valeur plus élevée qu’à celle de la France, malgré les forces économiques de cette dernière. Parallèlement, dans les colonies anglaises en Afrique de l’ouest, l’unité de monnaie coloniale valait la moitié de la livre sterling[6] , ce qui tenait en compte des fondamentaux de l’économie.
Au sens de F. Bloch-Laine (1956, p.347) après quatre années d’ajustements monétaires (1945-1949), « l’unité de la zone franc était complètement rétablie, cependant les monnaie d’outre –mer ne sont plus que des multiples du franc métropolitain».La France a réussi d’affirmer son autorité monétaire sur ces pays au cours de cette période .Mais elle va étendre encore cette domination visant les instituts d’émission de ces pays.
1-1-3- Tutelle financière renforcée par l’emprise sur les instituts d’émissions de 1949 à 1960
Avant la guerre, la France n ‘a pris qu’une faible part de participation dans le capital des banques coloniales, ce qui n’était plus le cas après la guerre. Malgré les donnes politiques de l’ époque avec les mouvements de contestation indépendantistes dans la majorité des territoires colonisés ,la France va faire de tous ses moyens conserver leur emprise sur le système monétaire et financier de ces pays .La nationalisation a été l’une des principales mesures adoptées .Elle voulait mettre en œuvre une organisation mieux adaptée aux besoins de l’ économie, de telle sorte que la fonction d’émission ne corresponde plus à l’exercice d’un privilège mais représente un véritable service public(Ibid,p.65).
Les institutions monétaires nationales furent nationalisées, transformées en sociétés d’économie mixte ou remplacées par des organismes publics nouveaux (René Sandretto, 1994, p.35).
Des mesures fondamentales ont été prises dans les territoires français d’Afrique membre de la zone franc. Mais force est de signaler que jusqu’en 1955 les mesures prises n’ont été que des mesures superficielles ne permettant pas vraiment de réaménager d’une manière significative la zone franc.
La création des instituts d’émissions en Afrique centrale et en Afrique de l’ouest, puis dans la région de l’océan indien, la transformation de la banque d’Algérie en Banque d’Algérie et de la Tunisie sont les changements marquant de ce rapport monétaire entre la France et les pays membre de la zone CFA.
-En Afrique de l’ouest en 1955, l’Institut d’émission. de l’Afrique Occidentale Française (AOF) et du Togo a été crée pour devenir Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest(BCEAO) en 1959.
-En Afrique centrale la même année, l’Institut d’émission de l’Afrique centrale et du Cameroun été crée qui sera l’ancêtre du Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale(BCEAC) crée en 1959.
Ces deux instituts ont le même statut du point de vue de leur mode de fonctionnement, leur statut juridique mais aussi de leur structure .Ils sont tous les deux établissement publics français ; siégés à paris avec un capital de 500 millions de francs métropolitains doté par l’ Etat ; le tiers des membres du conseil d’administration représentait la région concernée , ils disposent d’un directeur général et d’un président .Il est crucial de noter que ces instituts d’émissions n’ont pas eu le privilège d’exercer les opérations de banques de prêt ou d’escomptes .Ils disposaient quand même les principales attributions d’instituts d’émission( transferts extérieurs, opération de réescompte, avance sur effets publics, centralisation des risques bancaires).
-Dans l’Océan indien en 1950, la réorganisation de la Banque de Madagascar
(Crée en 1925) a transformé cette banque en société d’économie mixte et a pris l’appellation Banque de Madagascar et des Comores .L ‘augmentation du capital de cette banque a fait que les pouvoirs publics détenaient la majorité du capital et les deux pays concernés furent représentés dans le conseil d’administration.
-En Afrique du Nord, la Banque d’Algérie nationalisée en 1946 a été transformée en Banque d’Algérie et de la Tunisie en 1949 .Ces deux pays détenaient 50% du capital de cette banque.
Afin d’assurer une coordination monétaire adéquate dans les instituts d’émissions et de la zone, la France a pris quelques dispositifs d’ordre monétaire et administratifs .Ainsi en 1951, la première institution qui confère à la zone franc un caractère structuré a été crée. C’est également en 1951 qu’une loi du 24 mai prévoit l’ouverture dans les livres du Trésor français d’un compte de compensation des monnaies de la zone franc ou compte d’opérations(Célestin Monga et Jean claude Tchathhouang, 1996,p.21).Le décret du 05 février 1952 a transformé le « comité technique de coordination » en « Comité monétaire de la zone franc » qui regroupe des représentants des ministères des finances , des banques centrales et commerciales .Mais ce comité n‘a pas vraiment fonctionné comme prévue car la France l’a utilisé à sa manière au détriment des pays membres .A titre d’exemple la dévaluation du Franc français de 1958 a été décidé sans consultation de ce comité.
Les mouvements de contestation dans les colonies françaises d’Afrique vont beaucoup influencer la suite du fonctionnement de la zone franc mais aussi de la tutelle financière de la France sur ses colonies .Il est quand même important de rappeler que quelques pays de la zone franc ont déjà quitté la zone après leur indépendance. C’était le cas du Liban en 1948, la Syrie en 1949, le Maroc et la Tunisie en 1956, la Guinée en 1958, l’Algérie en 1962. Après l’indépendance politique, il n’y plus que quelques pays africains qui feront parti de la zone franc CFA. Ce qui nous ramène à la période post- coloniale qui n’est plus dans le cadre temporel de notre étude. Il est aussi capital de rappeler que la caisse centrale de la France d’outre-mer qui a remplacé la caisse centrale de la France d’outre –mer, le 02 février 1944 a beaucoup contribué au renforcement de la coopération entre la Métropole et ses colonies, avec des résultats plus que mitigés.
1-2-Les autres colonies françaises
Contrairement aux pays africains, la mainmise de la France dans le système financier et monétaire des autres colonies d’Asie et du pacifique n’ont pas duré. .Un constat qui s’explique à deux égards .D’abord ces pays là ont eu leur indépendance politique plus vite que les pays africains, ensuite ils ont quitté la zone franc après leur indépendance. Comme dans les autres colonies , la France a toujours exercé son tutelle financière dans ces pays mais la non appartenance à la zone franc ou son abandon précoce les distinguent des pays africains .Les autres colonies françaises d’outre-mer regroupent entre autre la Guadeloupe, la Guyane , la nouvelle Calédonie , l’ Indochine , la Polynésie française, Wallis et Futuna .Ces pays là n’ont pas échappé aux ingérences de la France .Le secteur bancaire et monétaire a été organisé de tel sorte que la France ou les entrepreneurs français puissent dégagent des avantages considérables. Ainsi les banques de Guadeloupe en 1851, de la Guyane en 1854, de la Nouvelle Calédonie en 1874, de l’Indochine en 1875 ont été crée dans le but de maximiser les apports financiers et commerciaux des colonies envers la Métropole. Des dispositifs juridiques et financiers ont été pris dans les années qui suivent pour renforcer cette tendance de domination .Ainsi depuis 1888, la banque d’Indochine exerça le plein pouvoir sur les autres banques de la Nouvelle Calédonie et l’Océanie. Mais une loi du 25 septembre 1948 devait modifier cette situation .Selon ses termes, la banque d'Indochine perdait le privilège de l'émission dans l'ensemble des territoires où il lui avait été confié, à des dates fixées pour chaque territoire par un décret particulier. En attendant ces décrets, elle continuerait toutefois à observer les règles statutaires prévues en 1931 dans ses rapports avec le Trésor et la nature de ses opérations. Le pouvoir de la banque d’Indochine était limité car ne pouvait pas exercer vraiment le rôle de la banque d’émission. La création du CFP(Colonie Française du Pacifique devenue Communauté Financière du Pacifique depuis le 26 décembre 1945) va encore confirmer cette sphère de domination déjà en place depuis des décennies.
Le CFP circula dans les colonies françaises des caraïbes et du Pacifique. Sa parité a été de 2,4 FF en 1946 et 5,5 FF en septembre 1949.
Suite à leur indépendance politique, les Etats de l’ancienne Indochine se dotaient de leur propre monnaie en décembre 1954 créant par là la piastre vietnamienne, le kip laotien et le riel cambodgien. Dans le territoire d’outre –mer du Pacifique, l'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM) a été créé par l’art 30 de la loi de finance rectificative de 1966 pour succéder à la Banque de l'Indochine.
Dans l’ensemble, ces pays n’ont pas pu exercer ni leur souveraineté monétaire ni leur autonomie financière car ils étaient toujours sous le giron politique et financier de la France L’Indochine (Cambodge, Vietnam, Laos) a eu quand même une certaine souplesse par rapport aux pays africains dans la conduite de leur politique monétaire.

Pendant l’ère coloniale la France a toujours essayé par tous les moyens de maîtriser le secteur financier et monétaire de ses colonies .Les dispositifs monétaires et financiers pris ont toujours renforcé sa tutelle financière sur ses colonies. Mais qu’en est –il de la Grande Bretagne et ses colonies
2-Les colonies Britanniques

La grande Bretagne est sans aucun doute avec la France l’une des grandes puissances coloniales de la planète. La conquête coloniale n’a cessé de s’intensifier surtout depuis la dernière moitié du XIX siècle .En effet si en 1876 , l’empire colonial britannique comptait 25,9 millions d’habitants dans un espace de 22,5 millions km² , il va compter 393,5 millions d’habitants en 1914 pour un espace de 33,5 millions km².Sur le plan économique l’ hégémonie économique et financière de la Grande Bretagne a beaucoup facilité son tutelle financière sur ses colonies .La création de la zone Sterling en 1931 va encore renforcer cette tendance de domination des systèmes économiques et financier des colonies .

2-1-Tutelle financière renforcée par l’hégémonie financière britannique
Depuis le XVIIème siècle jusqu’au tournant du XX ème siècle, l’Angleterre a été considéré comme la première puissance économique et militaire du monde. Une puissance qui trouve ses sources dans le modernisme du système économique et financier via la création de la banque d’Angleterre en 1694, l’attractivité de la place financière de Londres, l’étendu de son empire colonial, les reformes administratives, etc. Un pays qui a beaucoup opté pour le système économique mercantile et s’est orienté vers le libéralisme économique à partir du milieu du XVIIIème siècle, l’Angleterre est considéré comme le berceau de la finance moderne .Cette hégémonie économique et financière de la Grande Bretagne a conféré un statut de monnaie internationale à la Livre Sterling. Malgré alors les débats virulents entre les bullionistes qui favorisent la théorie de currency school (base de la théorie quantitative de la monnaie de Fisher) comme chef de file Ricardo et les anti-bullionistes qui optent vers la théorie de banking school ( base de la théorie monétaire keynésienne ) inspirée par T.Tooke et J.Fullarton[1] , la livre sterling a pu imposer ses forces dans le système monétaire international. Le système d’étalon-or en vigueur de 1870-1914 va beaucoup contribuer à la domination de la Livre Sterling dans les transactions financières internationales et lui confère par la suite le statut de monnaie internationale .Les autres grandes puissance vont officialiser ce fait vers 1870.Paraphrasons Jean Pierre Delas (1994, p.103) sur ce point : « L ‘étalon-or a été découvert par hasard. Lorsqu’aux environs de 1870, la France , l’ Allemagne qui vient de réaliser son unification, l’ Italie et l’ Espagne, se joignent à l’ Angleterre, aux pays de l’ Europe du Nord et aux Etats-Unis , pour adopter de jure ou de facto ce qu’on appelle le monométallisme-or( par opposition au bimétallisme or et argent) tous les pays développés se trouvent avoir une définition en un poids d’or de leur monnaie[2] .La puissance de la place financière de Londres et des banques britanniques vont faire la livre une monnaie aussi bonne que l’or .La balance sterling va corroborer encore cette tendance dans la mesure où les monnaies ont été gagées sur le livre non plus sur l’or .Meyer ,comme Brown ou Ragnar Nurkse insistent sur le fait que les nations commerçantes du XIX ème siècle étaient naturellement portées à maintenir la stabilité de leur change sur Londres .Aussi rattachèrent-elle leur monnaie à l’or car le Sterling était lié à ce métal . Les mésaventures de l’ Inde dont la devise fut liée à l’ argent jusqu’en 1893 et dont Keynes nous a conté l’ histoire montre combien cette précaution était justifiée[3].La livre devint ainsi une monnaie de réserve que les opérateurs préfèrent plus que le métal jaune jusqu’en 1914 année pendant laquelle la convertibilité était suspendue par les belligérants pour entrer dans le système de gold exchange standard entre les deux guerre et le système de Bretton woods de 1944 à 1973.

2-2-Tutelle financière qui s’exerce à travers la zone sterling

Les désordres économiques causés par la crise de 1929 ne vont pas tarder à influencer et déstabiliser le système économique des grandes puissances et ses pays satellites .Pour l’Angleterre, la dévaluation de 1931 couplé avec l’abandon de l’étalon- or en vigueur depuis 1924 furent les principales mesures prises par le gouvernement en place .La Zone sterling fut crée dans ce contexte là.
En effet, en septembre 1931 la livre même si encore convertible en or cessa d’être convertible à parité fixe contre l’or, une situation qui va déboucher sur une dépréciation de l’ordre de 30% de sa valeur quelques mois plus tard. Cette évolution marque la fin d’une longue période d’hégémonie financière et monétaire de la l’Angleterre, sur le plan mondial. Cette situation catastrophique de l’économie britannique a beaucoup suscité des débats dans les sphères académique et politique. Dans ce sens Keynes (1972, p.109-110) [4]d’avancer : « A Londres, la City se considérait comme tenue d’honneur de faire tous les efforts possibles pour préserver la valeur de la monnaie telle qu’elle était lorsque furent acceptés les vastes dépôts effectués par les étrangers, et ce même le résultat devait en être une autre tension intolérable imposée à l’industrie britannique. A partir de quel seuil avions –nous le droit de donner priorité à nos propres intérêts ? ».Si de 1932 à 1945 la zone sterling (bloc sterling pour certains auteurs jusqu’en 1939) se met en place, de 1945 à 1972 elle va trouver son apogée avant de disparaître définitivement à la suite des crises du système de Bretton woods de 1971. Pendant cette époque l’empreinte de l’empire Britannique a été toujours visible au grand dame de ses colonies.
Au début, la zone sterling regroupe la grande Bretagne, les Pays du Commonwealth sauf Canada, et à différente époques Islande, Irlande Jordanie , Koweït, Libye , Pakistan .La création du Commonwealth lors de la conférence d’ Ottawa ( 1932) constitue la base fondamentale de la zone monétaire sterling. Une zone par laquelle l’Angleterre va renforcer son emprise financier et monétaire sur son empire colonial mais aussi prendre des mesures protectrices pour faire face à son déclin économique. En réalité, la zone sterling n ‘a pas été vraiment effective avant la deuxième guerre mondiale, c ‘est la période de l’après guerre qui marque un véritable changement effectif .La réticence des pays membres à soutenir la livre quelques mois avant la guerre vue la forte dépréciation de cette dernière, el la décision des autorités monétaires britanniques en septembre 1939 de suspendre la convertibilité-or de la livre vont transformer vraiment le bloc Sterling en Véritable zone sterling dans laquelle les contrôles des changes étaient devenu de règle.
Les errements de la deuxième guerre mondiale, la puissance économique et financière des Etats- Unis, les défis de l’après guerre vont contraindre le gouvernement Britannique à prendre des dispositifs de contrôle de change vis à vis de ses partenaires. Ces mesures ont été pris pour maîtriser l’hémorragie des capitaux dans les pays membre de la zone sterling .Mais l’accession à l’indépendance de certains pays membres vont déstabiliser la zone ce qui ne va pas influencer d’une manière significative son mode de fonctionnement. Ces pays indépendants vont quitter définitivement la zone. Il en est ainsi de le l’Egypte le 14fevrier 1947 et la Palestine le 22fevrier 1948.
Comme l’ affirme J.de Sailly (1957,p.14) : « De 1945 à 1965 , la zone sterling se définissait comme un système coopératif de contrôle des changes pratiqué par une association de pays divers sur la base d’une monnaie qui a cessé d’être librement convertible et avec la mise en commun des ressources en or et en devises.
Comme la zone franc son fonctionnement fut attribué à une zone monétaire organisée autour d’un pays dominant. Quelques règles fondamentales ont été ainsi mises en place à savoir :
-la liberté des transferts de capitaux entre les Etats membres
-le contrôle des changes
-la fixité de change avec la livre
La centralisation de la zone en métropole accentua encore la mainmise de l’Angleterre sur cette zone monétaire .Un avantage qui constitue la pierre angulaire de l’ingérence financière britannique sur ses colonies. Dans ce sens J P Dellas (1953, p.861) d’avancer « Les pays de la zone sterling utilisaient en outre la place financière de Londres et le marché monétaire britannique pour y effectuer une grande partie de leur placements : l’organisation de la Livre sterling tend, d’une part à développer au maximum l’usage de la livre dans le monde, d’autre part à réaliser une économie de devises aussi stricte que possible.
Mais force est de constater que même si la zone sterling conférait des pouvoirs étendus aux autorités monétaires et financières britanniques , la conduite de la politique monétaire et les grandes décisions y afférentes ont été un peu souple par rapport à la zone franc et s’inspiraient des conférences du Commonwealth lesquelles n’étaient pas périodiques .Cette zone monétaire a fonctionné alors avec moins de dirigisme qui conférait une certaine autonomie monétaire aux banques centrales des Etat membres jusqu’ à leur indépendance .
Dans les faits si la stabilité des changes et la convertibilité des monnaies pouvaient être considérées comme des avantages et des points forts de la zone pour les pays membres, la centralisation des réserves de change à Londres a été perçue comme un avantage majeur attribué à la Grande Bretagne. L’explosion de la balance sterling de 1932à 1937 du fait de la politique de « stock piling » des partenaires de la Grande Bretagne marque en tout état de cause l’implication des Etats membres dans ce système .Quoi que l’on dise, le but de la zone sterling était de faire régner à une échelle limitée la stabilité monétaire que le gold standard assurait mécaniquement à l’échelle quasi mondiale (Meyer, 1952).La convertibilité de la Livre qui se profilait à l’horizon après des crises de change successives des années 1947, 1949, 1957 constitua un grand tournant dans la conduite de la politique économique Britannique mais aussi sa relation avec les pays membres de la zone. En effet après la deuxième guerre mondiale, le gouvernement travailliste en place voulait instaurer un Etat providence pour assurer la reconstruction via une politique de faible taux d’intérêts .Mais l’ hésitation des Etats –Unis pays créditeur , la non convertibilité de la livre , la faiblesse des réserves extérieures de l’Angleterre seront des obstacles majeurs pour la réalisation de ce projet ce qui a amené presque à son abandon .Le marasme économique qui secoua l’ économie britannique de l’ après guerre a conduit le gouvernement à dévaluer la livre de 30% en 1949.Mais l’ accumulation et l’ explosion des stocks monétaires des pays membre de la zone de 1947-1953 seront un avantage considérable pour l’empire dans la mesure où ces réserves vont diminuer de moitié les déficits courants britannique .Gerold Krozewski (1996,p.600) précise ce fait : « Son stock monétaire a augmenté de façon exorbitante: il est passé de moins d’un quart du stock total de la zone à environ de moitié , ie de £ 400 millions à £ 1400 millions de 1947à 1953 »[5].Il est crucial de préciser ici , dans un contexte mondial prédominé par le multilatéralisme que ce stock monétaire a suscité beaucoup de débat entre les économistes pendant la période ultérieure. .Les uns considéraient ces stocks comme une menace les autres comme un atout. Le premier souci était que la structure de liquidité des stocks ne permettrait pas d’honorer les retraits sollicités par les membres à un moment donné et que l’institution gérant les fonds, les « Crowns Agents » deviendraient insolvable. En fait les retraits étaient moins importants que prévus et les liquidités générées par les stocks (balance sterling) suffisaient pour satisfaire les demandes. Force est aussi de constater qu’après la crise de Suez, le gouvernement britannique n’était plus en mesure d’encourager les exportations des capitaux vers l’outre-mer et a pris des mesures qui concordent avec le contexte multilatéralisme de l’époque. Le retour à la convertibilité de la livre fut l’objectif principal du gouvernement conservateur depuis 1951, chose faite en 1958 lorsque la livre après des crises diverses d’ordre interne et externe comme la crise du canal de suez de 1956 a retrouvé son statut de monnaie internationale mais ne pouvait plus surpasser le statut international du dollar américain. Dans les années 1960, la réticence de la Grande Bretagne à poursuivre les accords passés avec les membres, l’attirance des propriétaires des capitaux à s’investir en Europe et aux Etats- Unis, couplé avec l’indépendance récente des colonies vont créer une nouvelle donne de la zone sterling qui va s’éclipser définitivement en 1972.Les crises de la Livre sterling qui se profilaient depuis 1966 , passées par sa dévaluation de 1968 conjuguées aux crises du système des Bretton woods de 1971 , mais aussi l’indépendance politique de quelques colonies vont déboucher à la dislocation de la zone sterling le 23 juin 1972[6].A partir de 1972 les contrôles des changes furent alors étendus à tous les pays sauf l'Irlande et, après 1973, à Gibraltar. La zone sterling a cessé d'exister quand le contrôle des changes a été établi en octobre 1979.La grande Bretagne a renforcé son mainmise sur le système financier et monétaire de ses colonies d’abord par son hégémonie économique jusqu’en 1914 mais aussi par la zone sterling de 1931 à l’indépendance
[1] Responsables de la Banques d’Angleterre
[2] A rappeler que la Banque centrale des Etats-Unis ne verra le jour qu’en 1913.
[3] F Meyer ,Britain the sterling area and Europe, Cambridge , Bowes ans Bowes , 1952 , in 8° , p.150-William Adams Brown Jr ,The international gold standard reinterpreted- Ragnar Nurkse, l’ experience monétaire internationale , SDN.
[4] Keynes J.M. , Essais sur la monnaie et l’économie, Les cris de cassandre, Payot, Paris, 1972.
[5] Gerold Krozewski , La zone sterling dans les relations Grande Bretagne-Outre-mer ,p 599-614 , in La France et l’outre-mer : un siècle de relations monétaires et financières , Comité pour l’ histoire économique et financière de la France , colloque tenu à Bercy les 13,14 et 15 novembre 1996,Imprimerie nationale.
[6] Successivement ces pays ont quitté la zone sterling .le 08 avril 1957 pour le soudan,23 juin 1959 l p l’ Irak, le 31 décembre 1963 la fédération centrafricaine, le 29 octobre 1964 la Somalie ,le 11 novembre 1965 la Rhodésie, 17 octobre 1966 la Birmanie,06 janvier 1971 la Vanuatu,15 décembre 1971 la Libye, le 23 juin 1972 pour les pays suivants l’ Australie, Bahrain, Bangladesh, Botswana, Brunei, Chypre, Fiji, Gambie , Ghana, Hong Kong ,Inde ,Jordanie ,Kenya, Kiribati ,Koweït ,Lesotho Malawi , Malaisie, Maldives, Iles Maurice, Namibie , Nauru ,Népal ,Nouvelle Zélande, Nigeria, Oman, Pakistan ,Papouasie- Nouvelle guinée, Qatar, Samoa, Seychelles, Sierra Leone ,Singapore, Afrique du sud, Sri Lanka , Swaziland , Tanzanie , Ouganda, Emirat Arabes Unis, Zambie ,Ireland le 30 mars 1979.

[1] La Conférence de Brazzaville a crée les bases de l’union française qui se substitua à l’empire colonial suite à la reconnaissance par le Général De Gaulle des rôles joués par les colonies dans la libération de la France.
[2] Directeur de la Caisse Centrale de la France d’Outre-mer (CCFOM).

[3] Directeur du trésor.
[4] Dans les autres territoires non membre de ces deux zones monétaires, la monnaie métropolitaine continua toujours à avoir cour légal.
[5] CARAN, 200 Mi 1874 , rapport économique annuel du Dahomey , 1946 , p.3- Cité par Hélène d’Almeida-Topor , in La France et l’outre-mer ,1996, p.527.
[6] A.G.Hopkins , An Economic History of west Africa , Londres , Oxford University press , 1973.

mardi 13 mars 2007

SURVOL HISTORIQUE DES RAPPORTS FINANCIERS ENTRE LES PUISSANCES COLONIALES ET LES COLONIES : UNE VERITE DANS LES FAITS

SURVOL HISTORIQUE DES RAPPORTS FINANCIERS ENTRE LES PUISSANCES COLONIALES ET LES COLONIES : UNE VERITE DANS LES FAITS

Introduction

Le bilan colonial de la colonisation est un sujet qui a toujours passionné pas mal d’économistes, historiens, politiciens mais aussi simples citoyens. Notre intention n’est pas ici d’apporter un jugement là dessus mais de se questionner sur l’effectivité des rapports financiers entre colons et les colonies pendant l’ère coloniale. Sans aucun doute se referant à l’histoire , les PED dans son ensemble ont été tous ( sauf quelques uns ) colonisés par les puissances coloniales essentiellement européennes à un moment ou à un autre .Une colonisation qui a duré pendant des siècles pour les uns quelques décennies pour les autres mais a toujours laissé des empruntes indélébiles mitigés .Quelles surprises nous réserve-t-elle l’histoire ?Les faits historiques corroborent-ils vraiment aux récits de l’ histoire ?Les réponses relatives à ces questions nécessitent l’analyse des mécanismes financier et monétaire par lesquels les puissances coloniales ont exercé leur pouvoir sur les colonies.

I- La tutelle financière des puissances coloniales

Comment les puissances coloniales ont-elles entrepris leur tutelle financière vis-à-vis de leurs colonies ? Quelles ont été les faits marquants de cette tutelle financière ? Voilà deux questions qui méritent d’être éclairées ici. Si les colonies françaises et britanniques d’Afrique ont été mis sous tutelle par un système financier centralisé en métropole et un mécanisme de zone monétaire non effective, les pays d’Amérique latine et d’Asie ont été dirigé avec des mécanismes plus ou moins souples qui priorisent toujours la plus value financière des puissances coloniales et surtout les rubriques commerciales. Une analyse rétrospective de l’histoire de la colonisation focalisée sur l’aspect économique constitue une démarche analytique cohérente et efficace pour appréhender ce problème .Ce qui ne veut pas dire forcement qu’on va refaire ici toute l’histoire économique de la colonisation qui est à la fois un domaine vaste et complexe pouvant faire même un sujet de recherche tout entier.

1-Les colonies françaises
La France vers la deuxième moitié du XVIII ème siècle a essayé par tous les moyens de renforcer et élargir son empire colonial .La conquête coloniale a été plus ou moins dure suivant les pays à conquérir .Comme le note Jules Ferry [1]: « Les colonies sont pour les pays riches , un placement de capitaux des plus avantageux .Au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes , la fondation d’une colonie c’est la création d’un débouché».En effet[2] , si en 1876 l’empire colonial Français comptait 6 millions d’habitants pour une superficie de 0,9 millions km² , il comptait 55,5 millions d’habitants en 1913 pour un espace de 10,6 millions km². L’empire colonial a été presque multiplié par dix, la population par neuf en trente sept ans .De quoi à rentabiliser de toute sorte la machine coloniale française.
1-1-Les colonies françaises d’Afrique[3]
La France comme toutes puissances coloniales a ses propres raisons qui l’a incité dans cette aventure coloniale. Sans négliger les dimensions politiques et culturelles, la dimension économique mérite une attention particulière.
Cette dimension s’explique principalement par trois raisons :
-la recherche des matières premières à bon marché ;
-la recherche de main d’œuvre à bon marché ;
-la recherche de partenaire économique et commercial durable.

1-1-1-Tutelle financière qui passe par la domination du système financier et bancaire des colonies
L’année 1848 marque une tournure importante dans la relation politique et économique de la France avec ses colonies et ses futures colonies.
C’est l’année de l’abolition de l’esclavage mais aussi l’année de création d’une banque coloniale. L’abolition de l’esclavage se traduit par l’arrêt des traites négrières qui pendant des siècles ont été considérés comme des fonds de commerces importants pour les trafiquants .L’Ile de Gorée en est un exemple parfait. Il s’ensuivait de ce fait la création d’une banque coloniale qui a été faite dans le but d’étendre le pouvoir économique et financier de la France vis-à-vis de ses colonies. Un fait qui se justifie à deux égards :
-Accroître les échanges avec les colonies
-Définir et appliquer une politique monétaire commune aux territoires colonisés .
Si pendant longtemps, la monnaie française a assuré les échanges dans ces territoires, ca n’a pas empêché les autres monnaie de circuler .L’introduction de la monnaie française et la création de la banque coloniale dans des économies peu monétarisées a beaucoup contribué au renforcement de la domination française dans ces pays et a renforcé leur dépendance vis-à-vis de la France. Progressivement, leur économie ont tourné vers l’ extérieur pour satisfaire les besoins de la Métropole. La fin de l’esclavage a contribué aussi dans une certaine mesure à la mise en marche de cette banque dans la mesure où une partie des indemnités des anciens propriétaires d’esclave y a été affecté. Plusieurs instituts d’émission ont été crée pour renforcer ce cercle de domination et faciliter une cohérence de la politique monétaire dans tous les territoires de l’empire. Ainsi en Afrique, on a assisté à la création de :
-de la Banque d’Algérie (étendue à la Tunisie en 1904),
- de la Banque de la Réunion en juillet 1851 ;
-de la Banque du Sénégal (qui deviendra en 1901 la Banque de l’Afrique Occidentale, ancêtre de la BAO) en 1853 ;
-de la Banque d’Etat du Maroc en 1907 ;
-de la Banque de Madagascar en 1925(devenue Banque de Madagascar et des Comores en mars 1950).
Si le système de fonctionnement et la structure de ces banques ont reflété l’empreinte du pouvoir public colonial, quelques une d’entres elles ont fonctionné avec un statu des banques privées (Banque du Sénégal, Banque d’Indochine) ou mixtes (Banque d’ Algérie).
En plus du monopole d’émission de la monnaie légale, elles assurent également des fonctions de banques de prêt, d’escompte et de crédit.
Dans l’ensemble, les différentes reformes monétaire et financières dans ces pays ont priorisé avant tout les intérêts financiers de la France mais aussi les entrepreneurs français qui ont investis dans les secteurs porteurs de l ‘économie des colonies.
Quelques notes relatives aux régimes financiers des colonies méritent une attention particulière ici .On peut citer :
-le décret du 20/11/1882 portant sur le régime financier des colonies et va s’étendre à l'exécution des budgets des colonies, les règles applicables au niveau de l'État métropolitain.
-la loi du 18/04/1900 dote chaque colonie ou chaque groupement de colonies, de la personnalité civile, tout en lui accordant une certaine autonomie administrative et financière
-la loi du 13/07/1911 institue les modalités du contrôle juridictionnel des comptables exerçant dans les colonies;
-le décret du 30 /12/1912 à propos du régime financier des colonies (1912-1945) dont les principaux axes sont : l’autonomie administrative et financière des colonies ;la cohabitation du système financier de l’ Etat colonial avec le système financier territorial local ; .la mise en œuvre effective de l’organisation du système financier territorial local.
Le discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885, suite à la conférence de Berlin organisée par le Chancelier Bismarck, entre les principaux Etats européens, relative au problème du commerce dans le bassin du Congo va renforcer encore cette sphère de domination financière et politique déjà en place .Ce discours de Jules Ferry devant les parlementaires français vise une expansion de -l’empire coloniale française.
Le 1 octobre 1936 la loi monétaire qui abolit la définition –or du Franc Poincaré et qui créa le fonds de stabilisation des changes a été décrété .Cette loi autorise les banques coloniales à considérer le franc français comme une devise étrangère dans les encaisses qu’elles étaient tenues de conserver, un système qualifié par L.Bourcier de Carbon (1959, p.20) de « Franc Exchange Standard », alors que le franc flottant tendait à devenir un franc sterling (R.Sedillot, 1953, p.318).

[1] Jules Ferry, Discours devant la chambre des députés 29 juillet 1885.
[2] Chiffres tirés in Lénine , 1917, p.145.
[3] Les colonies françaises d’Afrique peuvent être décomposées en trois sous groupe. Ceux de l’Afrique occidentale qui regroupent le Benin, Burkina Faso, Cote d’Ivoire ,Guinée Bissau, Mali Niger Sénégal ,Togo ceux de l’Afrique centrale :Cameroun ,Congo , ,Gabon ,Guinée Equatoriale ,République centrafricaine, Tchad ; ceux de l’Afrique australe et de l’Océan Indien : Djibouti, Madagascar , Comores , La Réunion.
Asuivre

vendredi 9 mars 2007

L'ELECTION PRESIDENTIELLE EN FRANCE: SUSPENS VERSUS REALITE


Simple reflexion pas plus.

A une quarantaine de jours du premier tour de l' election presidentielle en France ,d'après les derniers sondages à notre disposition , les tiercés de tete qui ont acquis l'intention de vote des français à savoir Sarkozy (26 % ° ) ;Segolene ( 25%) ;Bayrou ( 24%) ne menagent pas leur force , par tous les moyens pour succeder le président sexagenaire Chirac vers le moi de mai.Les débats sont toujours virulents entre ces trois trios de tete , mais l'extremiste le Pen affiche toujours sa forte determination malgré son probleme de recolte de parrainage des maires ( il lui manque encore environ 50 signatures ).Les petits candidats de tout bord allant de l' Altermondiliste Bové ,au LCR Besancenot, du vert Voynet, l'ultranationaliste MPF De villiers ,etc totalistent ensemble à peine 10% des intentions de vote , ce qui ne les exclut pas de participer activement dans cette pre-campagne electorale qui a dejà l'allure d'une quasi -campagne officielle.
L ' intention n'est pas ici de faire un procès d'intention à ces candidats mais d'expliquer, d'aprehender , de decortiquer les faits à notre manière.

1-Quelles différences entre les programmes des trois candidats pelotons de tete ?

En matière économique ,si le candidat Sarkozy avance une mesure globale de reduction d'impot et une nouvelle mesure qui va couter environ 60 milliards d' euros , Segolene emboite le pas avancant une mesure supplementaire estimée à 35 milliards d'euros ( à vrai dire plus de 50 milliards d'euros ).Le centriste Bayrou de son coté n'est pas du tout favorable à cette mesure de reduction d'impot et avance ce qu'il appelle " une interdiction de deficit de fonctionnement dans le budget " ,avec une mesure qui coute environ 25 miliards d'euros.
Profondement , on ne voit pas vraiment les différences qui distinguent ces cadidats , ils se demarquent l'un de l'autre par leur dicours de politique politicienne qui n'est pas du tout nouveau dans un pays reputé par sa superiorité democratique où la liberté est de règle.
Ce qui attire l'attention de chacun , c'est leur vision sur la maitrise de l'endettement public de la France estimé à 1260 milliards de dollars cette année 2007 soit environ 64 % de son PIB
(110 % du PIB pour le Japon ,120 % pour l' Italie, 65 % pour les Etats-Unis) qui fait un endettement individuel de 17000 euros pour chaque citoyen français.Parmi ces trois candidats seul Bayrou a avancé une idée claire la dessus .Projeter une maitrise de l'endettement n'est pas mal en soit , mais faire face à la realité est une autre vue les revendications de tout bord ( syndicats , étudiants , fonctionnaires ) qui caracterisent le système français ,et constituent meme l'un des blocages de toutes reformes en profondeur envisagées par les responsables compétants. Le déficit budgetaire chronique qui date dejà de quelques années en s'etablissant à 2,9% du PIB soit 38 milliards d'Euros en 2006 en est la preuve tangible .Les discussions von bon train quant aux reformes fiscales envisageables .Parmi les quelles les debats sur l' impot sur la fortune ( pour des gens qui ont une patrimoine excedant le seuil de 750000 euros ).Si Sarkozy ( depuis l' année dernière avec une patrimoine de 1,4 millions d'euros ) et Segolène (un peu plus de 800000 euros ) sont assujetis à l'impot sur la fortune , Bayrou ne l' est pas.Ce qu'on peut avancer l'ISF ne constitue qu'une infime part des recettes fiscales de l' Etat ( 1 , 2 % des recettes totales ).L'impot sur les revenus et l'impot sur les benefices des sociétés et taxes professionnels y contribuent respectivement à la hauteur de 17 % et 14 % chacun.Le TUPP , le TVA , l'impot indirect y contribuent respectivement à 6,4% ; 42% et 5% du totale.Ce qui fait en tout un total de 225 milliards d'euros de recettes fiscalles en 2006 ,soit environ 18 % du PIB.A la lumière de ces chiffres , on ne voit pas vraiment la portée d'une reforme en profondeur de l' ISF sur l'enveloppe financière totale des recettes fiscales .Les TVA ,TUPP, sont dejà presque intouchables , il ne reste plus que l'impot sur le revenu ( qui assure l'equivalent des charges de la dette chaque année ) ,ou l'impot sur les sociétés qui vont les penaliser encore .Il n'y a plus beaucoup de marge de manoeuvre à vrai dire d'autant plus que les dépenses salariales ( 45% du budget total ), , les dépenses d'investissement (5 %) , les dépenses de fonctionnement( 12 % du budget total) sont presque incompressibles .Les dépenses relatives à l' aide de tout genre ( allocation , securité sociale , RMI, etc ) qui constituent 23 % du budget total aussi à priori ne sont intouchables .Les differents rapports de la cours des comptes ( presidé par le Magistrat sevroné Philippe Seguin) avancent des recommandation d'une bonne gestion de l' argent des contribuables ,mais l'enveloppe financière y relative c'est à dire l' économie fait de cette rationalisation budgetaire n'est qu'une goutte d'eau par rapport aux besoins futures et actuels de la France.
Force est aussi de constater que ces trois candidats essaient d'attirer les salariés dans les différents secteurs industriels , les salons , les différentes organisations syndicales ou agricoles où ils se rendent , EN TOUT ,LE OUI JE VAIS FAIRE CA , D' ACCORDS JE VAIS REGLER CA prend le dessus devant des citoyens longtemps marqué par le desespoir total vues les concurrences accrus des pays asiatiques et les autres pays émergents qui minent leur stabilité .Les differends existant entre les dirigenats de l' Airbus et les salariés relatifs aux licenciments de 10000 salariés (dont environ 4000 en France) ces derniers temps sont des exemples palpables la dessus . Les uns après les autres viennent rencontrer les salariés ( des electeurs ) comme s'ils vont amèner une baguette magique à la restructuration financière de la dite compagnie.Oui , c'est leur role de veiller à l'inteter de tous : societés , salariés , etc par leur qualité de dirigeant ( je me suis trompé , future dirigeant !!! ).

2-Les questions du pouvoir d'achat

Les questions relatives au pouvoir d'achat reste aussi l'un des grands sujet polemique de cette pre-campagne presidentielle.Si Segolène avance un Smic brut à 1500 euros ( actuellement environ 1000 euros ) , Sarkozy insiste sur l'instauration d'un seul contrat à durée indeterminé qui selon lui constitue l'une des principales sources de la vulnarabilité des salariés français .Il prone la flexibilité du temps de travail donnant l'opportunité à ceux qui veulent travailler plus de gagner plus (On se souvient ici la fameuse théorie d' Adam Smith le père de l' Economie politique [1776] et et du liberalisme économique selon laquelle le travail constitue la veritable source de la richesse d'une nation .Par extention individuellement qui travail plus gagne plus).Bayrou quant à lui n'est pas du tout favorable à l'augmentation du Smic .Pour lui le veritable probleme du pouvoir d'achat réside dans la chereté de la vie mail il n'avance presque rien pour y remedier.
Pour ces trois candidats, la chereté de l'Euro pèse beacoup sur la dynamique de l' économie francaise et ils n'hesitent pas à leur manière de critiquer les pratiques orchestrées par la Banque centrale Européenne ( dirigée par le Français- ancien gouverneur de la banque de France- Jean Claude Trichet actuellement qui a remplacé Wim Deuisenberg vers 2004).
Ce qu'on peut avancer , la France n'est pas bien placé en matière de pouvoir d'achat en Europe.En effet , cette année 2007 elle est classée au 14 ème rang en termes de salaire moyen dans l' Europeet des 27 , faisant que le salaire median en France est estimé 1400 euros ( c'est à dire la moitié des francais ne touche pas plus que 1400 euros ).Dans la mesure où environ 17 % des français sont des smicards , un des grands defis qui attend le future prèsident sera la revalorisation de ce Smic qui constitue le cheval de bataille principal des candidats de l' extreme gauche ( LCR , Communiste ).

-Quelles solutions envisageables ( de ma part )!!!

A noter qu'une augamentation de l'ordre de 0,5% ( source ministère du budget et des finances de la France ) des salaires des fonctionnaires coute environ 800 millions d'Euros à l' Etat , une augmentation de l'ordre de 10 % va couter 16 milliards d'Euros ( 24% du budget de l' Education nationale -67 milliards d'euros ).Dans la mèsure oùil y a 5 millions des fonctionnaires en France et environ 16 millions des travailleurs privés, une transposition de cette mesure ( augmantation de salaires de 10% ) va couter environ 48 milliards d'Euros pour le secteur privés , ce fair en tout un cout supplementaire de 64 milliards d'euros.

3-Autres programmes
Les autres rubriques des programmes des grands candidats ( éduction , securité , environnement , etc ) n'affichent pas vraiment des diffférences fondamentales entre eux ) à part la question de l'immigration surlaquelle ces derniers temps Sarkozy a fait preuve encore de sa determination en integrant la création d'un Ministère cargé de l' immigration dans son programme qui corrobore bien avec sa politique d'immigration choisit.

4- Les Etrangers dans tous ca ?

Le Pen lui meme le dit regulièrement : " la veritable cause du problème de la France , c'est l'ouveture des frontières aux immigrés et ces derniers temps à l' Europe ".Ce qui est sur , la France , à l'ère de la mondialisation de nos jours , n a pas interet à vivre enfermée sur elle meme . Peur etre envisage-t-il une autarcie à la Francaise dans un monde en perpetuel évolution?Keynes avancant dans sa théorie generale de 1936 ( théorie generale de la monnaie , de l' interet et de l' emploi ) :" Le libre échange marche droit à la lumière du jour , parlant à tous les passant tandis que le priotectionnisme grogne dans son coin"a été l'un des précepteurs modernes du patriotisme économique .Cet économiste de hors paire a incorporer dans son analyse l'idée d'un patriotisme économique stipulant la preference nationale par rapport à celle de l' étranger.Il n' y a pas de mal à celà , mail l'extremisme des gens comme Le Pen et De Villiers n'est pas du tout acceptable , ce qui ne veut pas dire forcement que la France doit ouvrir ses frontières à tout le monde. Heureusement qu'il y a des gens ( politiciens et simples citoyens ) qui n'entrent pas dans cet extremisme de tout genre qui accuse les étrangers de tous les maux de la France remettant meme en cause parfois leur dignité humaine. Ils se trompe largement car ce ne sont pas les étrangers qui ont causé les 7 millions des pauvres ( qui ne touchent pas plus que 670 euros par mois ) et les 14 millions des travailleurs pauvres en France.
Mais y t-il vraiment des différences fondamentales entre Sarkozy et Le PEN en matière d'immigration ? Je crois fort que non .Le propos de Sarkozy est juste masqué , il ne s'affiche pas ouvertement contre les étrangers alors qu'on sait qu'il a des idées precises dans sa tete, lui meme fils d'un immigré hongrois ...........

5-En guise de conclusion

Celui ou celle qui sera elu(e) président aura des grandes taches difficiles à reformer la France de l' Amont à l' Aval et de tout horizon.Sarkozy sera l'enfer pour les étrangers qui ne veulent pas renter( après leur études ) ou ceux qui ne sont pas en règle ,Bayrou et Segolène constituent un gage d ' espoir pour eux( ces deux ne vont pas prendre des mesures drastiques à leur encotre ) , mais dit-on , l'avenir nous reserve toujours des surprises.
Ce qui est fort probable ,Segolène -Sarkozy au Second tour va tourner en faveur de Segolène car Bayrou sera derrière elle , les extremes gauches évidement , les verts aussi .De l' autre coté Le Pen ( qui dispose d'au moins 12 % des intentions de vote ) ne va jamais ( lui meme l' a dejà dit) soutenir Sarkozy.
Etant citoyen malgache et fier de l' etre je ferme la prenthèse ici.J'ai éssayé de décortiquer à ma manière ici les enjeux de cette election qui influencera d'une manière ou d'une autre la condition de vie de chacun, étrangers tout comme les citoyens français.
Bonne chance à eux tous , le combat vient juste de commencer et comme le disait Machievel : " C 'est la fin qui justifie les moyens " . Rendez- vous 2012 pour les perdants.
Un petit message à tous les etrangers et Frères et soeurs malgaches : TANT QU'IL Y DE LA VIE IL Y A DE L'ESPOIR.