Voilà , à quelques jours du sommet du G20 ( G7 plus les principaux pays émergents) , bon nombre d'observateurs, des analystes , politiciens et simples citoyens se demandent sur les réponses que pourront amener les dirigeants de la planète face aux désordres de plus en plus menaçant du disfonctionnement du capitalisme financier de ces dernières années qui constituent la pièce centrale de la crise actuelle .Si pour les uns , il importe de mettre en place un système financier plus règlementé qui fait appel à une coordination supranationale de la finance mondiale .Pour d'autres c 'est le fonctionnement du capitalisme financier qui mérite des reformes tout en avançant que le système libéral de l' économie de marché ne doit pas être remise en cause profondément . Cette position reste ( à l' évidence ) la position des Etats-Unis et d'une certaine manière celle de la Grande Bretagne qui ne trouve pas intérêt à ce que le fonctionnement et le modèle néolibéral de l' économie de marché (cœur du capitalisme financier ) soit remise en cause .Il ne faut pas oublier que Londres est la capitale de la finance où la loi de la finance et la quête de rendement prime avant tout à l'image des principaux centres financiers. La position régulationniste de l’Europe au premier rang se trouve le président pseudo-libéralo-keynésien français Sarkozy (tantôt libéral, tantôt interventionniste on ne sait plus)et la chancelière allemande Merkel doit faire face alors au libéralisme et laisser faire déguisé des américains et des anglais. Evidement, la position des pays émergents et surtout de la Chine sera déterminante mais une chose est sure, c'est le rapport de force entre l'Europe et les Etats-Unis qui va déterminer l'issue de ce sommet qui s'annonce grandiose. L’ampleur de la crise actuelle et ses effets désastreux sur l' économie réelle en termes de croissance et d'emploi montre à quel point le système financier mondial mérite d'être reformée .Mais une reforme mondiale nécessite des concessions de la part des participants .En théorie ( parole) , effectivement on peut imaginer une infinité de solution ( optimale ou non ) pouvant remédier à ce disfonctionnement total du système financier international ( SFI) mais en réalité la faisabilité des reformes avancées reste largement en suspens .Certains observateurs avancent dans ce sens que le FMI est déjà là , il suffit juste de donner un peut de moyen et de pouvoir à cette organisation de Bretton Woods (l'œuvre de Harry Dexter White : ancien secrétaire d'Etat au trésor américain ) qui date de 1944 .Oui , on peut confier un rôle de plus en plus important au FMI pour juguler l'imperfection du fonctionnement de la finance mondiale .Mais pour deux raisons :i)l'effectivité réelle de son pouvoir ;ii)-manque de ressources financières , il ne sera jamais en mesure de réguler et de prendre e charge réellement l'avenir du SFI .
Je m'explique
L'effectivité réelle du pouvoir du FMI est (sera) limitée à une crise qui touche les PED ( pays émergents ou pays pauvres) .Faut-il encore rappeler que même ces dernières années, bon nombre de pays émergents ont pris leur distance par rapport aux Institutions de Bretton Woods et en particulier le FMI . L'Argentine , le Brésil ,l'Uruguay , le Venezuela ,la Malaisie et bien d'autres sont des pays qui ont voulu s'échapper aux politiques néolibérales dans leur pays en remboursant precocement leurs dettes vis à vis de cette institution mais aussi de la Banque mondiale .Le Venezuela de Chavez pour sa part a décidé carrément de rompre sa relation avec les IBW ( Banque Mondiale et FMI ).La gestion des crises financières successives des pays émergents des années 1990 et des années subséquentes ( crise mexicaine de 1994 , asiatique de 1997, russe de 1998 , argentine et turque de 2001 )montre encore les limites de l'effectivité des mesures imposées par le FMI aux pays membres qui demandent son assistance .Que ce soit dans les pays émergents ( à l' exception de la Chine ou quelques pays en désaccords avec le FMI )ou dans les pays pauvres , l'ingérence de plus en plus marquée du FMI dans leur programmation financière et leur politique économique ,les désastres sociaux des Politiques d'Ajustement Structurel ( PAS ) constituent les deux faits majeurs qui l'oblige à changer de cap . Le FMI doit changer de cap alors dit-on d'ici et là et enterrer le culte de l'économie de marché, les rigueurs budgétaire et monétaire pour faire face aux véritables défis des PED (émergents et pauvres ) qui n'est autre que le Développement économique et la stabilité macroéconomique.
Mais il ne faut pas oublier qu'une institution du genre du FMI ne peut pas vraiment exercer un rôle déterminant dans les pays riches à l' allure actuelle des choses .Il est extrêmement impensable d'envisager qu'en cas de crise , les dirigeants et les autorités politiques des pays riches ( même la Chine ou l'Inde) acceptent l'ingérence ou l'imposition voir même le conseil d'une organisation supranationale qui n' a pas de compte à rendre aux électeurs ( souverains potentiels ).L'attitude de ces grands pays riches pendant la période charnière du FMI sur le plan international ( 1944-1973 ) en est l' exemple formel .Certes la mission principale du FMI stipulée dans son statut -en particulier l' article IV est :" la garantie d'une stabilité macroéconomique et d'un régime de change convenable tout en assurant le bon fonctionnement du Système Monétaire International ".Mais à l' exception de quelques pays et c'était d'ordre purement conjoncturel , le FMI n 'a jamais joué un rôle crucial dans la régulation financière des pays riches .Son principal apport a été d'avoir assuré la stabilité de change pendant la trente glorieuse et admettons- le , c'était pas rien quand même .Mais en cas de crise , il est extrêmement difficile d'imaginer que les pays riches vont tourner vers le FMI . A l 'égard des pays riches , le FMI joue le rôle de conseil et pas plus .Les banques centrales respectives de ces pays et leurs ministères de finances , sans oublier les différents organismes spécialisés leur suffisent déjà .L'effectivité réelle du rôle du FMI reste alors à vérifier du coté de quelques pays émergents et des pays pauvres ( qui faute d'accès aux marchés financiers n'ont pas d'autres choix que de demander l'assistance du FMI et de la Banque mondiale ).Il ne faut pas oublier que le flux financier réel net des IBW ( FMI et BM ) vers les PED (par région et dans l'ensemble , pour les principaux pays émergents )est négatif entre 1990 et 2008 à l'exception de quelques pays ( très pauvres) .La crise financière qu'a traversée cette institution ( faute de clients emprunteurs , les recettes diminuent ) a été déjà à l'origine d'un comité spécial censé se pencher sur la situation financière du FMI en 2006 .En effet Monsieur Rodrigo de Rato ( ancien Directeur General du FMI ) a remarqué que la situation financière du FMI est de plus en plus alarmante car les emprunteurs potentiels ( les pays émergents ) n'empruntent plus ce qui constitue un manque à gagner substantiel .Certes , il est indéniable d'avancer que le FMI a encore des rôles à jouer dans un monde de plus en plus financiarisé de nos jours mais sa capacité d'intervention et l' effectivité de son action dépend de la nature , de l'ampleur de la crise à gérer et surtout du poids économique du pays concerné.Tout récemment(il y quelques semaines) , son assistace financière en faveur de la Hongrie , de la Roumanie mais aussi le sauvetage financier en faveur de l' Islande vers le mois de novembre 2008 corrobore ce fait.
ii) La limite des ressources financières du FMI constitue aussi un blocage majeur à ce qu'il joue le rôle de régulateur potentiel du Système Financier International ( SFI).Ces derniers temps , bon nombre d'observateurs avancent que l' augmentation des ressources du FMI constitue la solution la mieux adaptée pour réguler et stabiliser la finance mondiale dans un avenir proche . Evidement , il n'y a pas de mal à ce que l'on augmente les ressources du FMI mais cet effort ne sera jamais à la hauteur de l'enjeux financier du monde actuel .Le budget du FMI est estimé à 338 milliards de dollars US ( 2007) dont environ seulement 150 milliards de dollars US de fonds disponibles ( qu'il peut utiliser immédiatement ).Le doublement de ces ressources ramène le fonds du FMI à environ 700 milliards de dollars US ( dont 300 Milliards de dollars US disponible ) . Il est clair si on se réfère aux enjeux financiers du monde d'aujourd'hui que le FMI ne peut ( ne pourra) pas ( jamais)jouer un rôle déterminant dans la régulation de la finance mondiale en cas de crise . Un rapide coup d'œil des fonds souverains des pays pétroliers et de la Chine suffit à corroborer ce constat .Avec une force de frappe estimée à 943 milliards de dollars US [2007], l’Abu Dhabi Investment Authority (Emirats Arabes Unis ) est le plus grand fonds souverain de la région Moyen -Orient( deuxième après la chine au niveau mondial : 1200 de fonds souverains ). Le « Kuwait Investment Authority » (Koweït) avec 300 milliards de dollars Us de capital, suivi du Qatar Investment Authority (60 milliards), sont les fonds souverains les plus convoités de la région, sans oublier les 400 milliards de dollars de réserves des changes gérées par la Banque centrale de l’Arabie Saoudite.
Encore tout récemment le plan de relance de l'ordre de 783 milliards de dollars US du gouvernement américain ( avec Obama ) , celui de l'ordre de 700 milliards de dollars US ( plan Paulson sous Bush ) de Novembre 2008 ,le plan concerté ou individuel ( par pays ) au niveau européen montre à quel point la force de frappe financière du FMI ne constitue qu'une infime partie par rapport à l 'enjeux financier du monde des pays riches .
Le FMI ne sera jamais alors en mesure de faire face à une quelconque crise financière de grande envergure future .Son effectivité, son pouvoir et surtout ses ressources sont largement en deçà des enjeux politico-économique et financier du monde d’aujourd’hui .
Il appartient alors aux dirigeants du G20 de chercher la solution ailleurs .Une chose est sure, la régulation et la recherche de régulation du Système Financier International ( SFI ) ne sera jamais facile . Mais la défense des intérêts de chacun, et la recherche de compromis (jugé optimal) vont guider impérativement ce sommet du 02 avril.Ici des reformes qui s'inscrvent dans la suite de reglementation relative aux banques ( BALE II:dispositif relatif aux fonds propres des banques , etc ) ou des mesures connexes peuvent etre envisagée . Mais ces genres de reformes ne constituent qu'une partie imergée de l"iceberg . Il est impératif alors de trouver des accords pouvant reguler le fonctionnement du SFI e du SMI dans lensemble , ce qui smble difficile .
A mon sens , il est difficilement concevable que ces dirigeants vont trouver la solution la mieux adaptée à la régulation de la finance mondiale .A défaut d'une institution multinationale dotée d'un pouvoir supranational , ce sommet est déjà voué à l' échec .Cette institution multinationale ( FMI BIS ) doit règlementer le mode fonctionnement du SFI .Là surgit un grand problème , comment va-t-elle intervenir et sur quelle base puisque chaque pays a leurs propres législations et règlementations qui encadrent le fonctionnement de leur système financier .
Formuler les reformes adéquates me parait faisable mail le plus difficile est de passer du parole à l’acte .
En attendant , je pense ( même si sa faisabilité reste encore utopique ) que la création d'un Système de Compensation des Banques Centrales conformément au plan Keynes de 1944 fait figure parmi les principaux pistes alternatives au disfonctionnement du SFI actuel.Ce plan a pour finalité la création d'une monnaie internationale ( Keynes l' appelait le BANCOR ) .
La mise en place de ce plan est difficile à mettre en œuvre car il ( le plan ) remet en cause les avantages des principaux pays riches ( Etats-Unis , Europe ) dans le fonctionnement du monde économique d'aujourd'hui .Dans la mesure où le dollar des Etats -unis assurent respectivement 65 % des transactions internationales et environ 68% des réserves de change des banques centrales ( respectivement 28% et 32% pour l'Europe ( chiffre FMI 2007), il est impensable d'imaginer que ces deux pôles économiques vont accepter ce plan Keynes .Dans un avenir proche , une chose est sure , sur le plan monétaire et financier , ces deux pôles ( Etats-Unis et l' Europe )vont toujours constituer les cœurs de l' économie mondiale .Mais la place et l' hégémonie américaine mettent encore les Etats-Unis largement devant l' Europe .Dans un monde de plus en plus financiarisé de nos jours , le dollars et l'euro jouent un rôle capital .La souveraineté monétaire des PED ( émergents ou les pays pauvres ) à travers les différents régimes monétaires dont la dollarisation ( partielle ou intégrale ) , la zone franc , les currency board ,etc reste encore du domaine du future invisible et incertains .En attendant la solution miracle des dirigeants des pays riches ( eux même dans l' embarras passager ) , les PED sont (seront ) encore obligés de vivre dans une sorte de "soumission monétaire" .Ces dernières années ,malgré , les critiques et menaces de plus en plus dure des Etats-Unis et de l' Europe à l' égard de l'autorité chinoise accusée d'avoir appliqué une politique de "dumping monétaire" en sous -évaluant le yuan ,la Chine tient tête face aux pays riches mettant en avant sa souveraineté monétaire. C’est un bon exemple qui reste encore rare parmi les PED en matière de souveraineté monétaire.
Les membres du G20 ( surtout le G7) via la vitalité de leur système financier et la crédibilité de leur banque centrale disposent encore des forces de frappes non négligeables pour atténuer les effets désastreux de la crise actuelle et celles futures ( politique de relance , injection de liquidité dans les banques , achats d'actifs toxiques des banques ,amortisseurs sociaux comme l’assistance de la CAF en France ) .De l’ autre coté de la pendule bon nombre des PED fautes de munitions suffisantes sont contraints d’attendre les retombées de ces crises sur leur économie ,s’ajoutent les directives de plus en plus dure des IBW dans la conduite de leur politique économique. Récemment ,le Directeur General du FMI Monsieur DSK a reconnu ( émission "à vous de juger" france 2 ) :" désormais la rigueur budgétaire n’est pas la solution la mieux adaptée pour les PED pour faire face aux crises" .Le temps de l’ économie de marché à tout va et Le modèle néolibéral , de la rigueur imposée semble alors révolu du coté des IBW .Mais il ne faut pas oublier qu’en réalité la pratique des préceptes du Consensus de Washington règnent encore surtout dans les pays pauvres .
Dans un monde de plus en plus financiarisé de nos jours , il est utopique d’envisager qu’on pourra éviter des crises futures . Comment serait –il possible d’éviter une crise dans un monde où les actifs financiers ( 200000 Milliards de dollars US ) représentent quatre fois le PIB mondial ( 50000 Milliards de dollars US ). Les crises sont inévitables, mais il appartient aux dirigeants et décideurs politico-économiques de chercher la solution la plus viable pour atténuer les chocs .Pour un budget total de l'ordre de 3500 milliards de dollars , le gouvernement américain table sur un déficit record de 1700 milliards de dollars US cette année 2009 ( soit 12% du PIB) . La France quant à elle prevoit un déficit de 103 milliards d' Euros pour une enveloppe budgetaire de l'ordre de 350 milliards d'euros . Les chiffres dit-on parlent deux-meme , on voit bien comment les mondes des pays riches qui vivent dejà dans un rythme de déficit budgetaire chronique ( deficits jumeaux chroniques pour les USA ) financé par le surplus des PED ( fonds souverains des pays petroliers et surplus des grands pays émergents )et " une économie à découvert" comptent assainir la finance mondiale .
A ce sommet du G20, le dé reste encore pipé (jeux truqué) mais la balance commence déjà à bouger. Une question demeure, la balance va tourner jusqu'où et à quel degré?
A l'image du blocage des cycles de négociations de l' OMC ( Cancun ,Doha ,etc ) , l'issue de ce sommet est déjà presque vouée à l' échec . Evidement, il y aura des déclarations qui font rêver mais leur faisabilité et leur exécution restent encore du domaine de l’incertain.
A JEUDI 02 AVRIL ALORS ET ON VERRA SI LE MONDE DE LA FINANCE VA PRENDRE QUELLE TOURNURE
lundi 30 mars 2009
samedi 10 janvier 2009
SOUVERAINETE MONETAIRE DES PED DANS LE CADRE DE L 'AJUSTEMENT STRUCTUREL
La souveraineté monétaire des PED dans le cadre de la PAS du FMI
Comme l’a noté Edwin Le Heron [2008,p.119] :« la force de la FED est d’avoir pu être keynésienne en 1970 , monétariste après 1979 , originale avec Greenspan et peut être nouvelle keynésienne avec Bernanke sans avoir eu à modifier son cadre institutionnel ».Cette phrase résume bien la signification d’une banque centrale responsable dans un pays souverain monétairement et peut être considérée comme référence en matière d’analyse de la dynamique et de l’effectivité de la souveraineté monétaire d’un pays .
Dans quelle mesure alors les coopérations avec les IBW remettent en cause la souveraineté monétaire des PED sous ajustement ? Les accords de coopération avec les Institutions de Bretton Woods (IBW) influent –ils d’une manière significative la souveraineté et la gestion monétaire des pays sous ajustement ? Voilà les deux questions centrales qui méritent d’être posées ici.
On sait, au centre des relations avec les IBW se trouvent des conditionnalités qui cadrent les négociations avec les Etats membres en besoin de financement. Si dans le cadre général , le FMI est tenu à faire respecter l’équilibre macroéconomique via un cadrage pointu des critères à respecter , la Banque mondiale est traditionnellement tenu à financer le développement dans toutes ses dimensions avec des résultats plus mitigés qu’on connait déjà .A coté de la rigueur budgétaire , des mesures de libéralisation et des autres critères retenus dans les dix commandements du Consensus de Washington , la rigueur monétaire fait figure parmi les critères vedettes de la Politique d’Ajustement Structurel ( PAS).Le FMI en particulier fait de ce critère de rigueur un dogme. Dans toutes les négociations avec les Etats membres, le modèle de l’Approche Monétaire de la Balance des Paiements ( AMBP ) de Polak [ 1957] constitue ,le modèle de référence du FMI . Ce modèle tient compte comme objectif principal la rigueur monétaire pour éviter un dérapage inflationniste d’une politique monétaire expansive. Deux courants ont le plus influencé le FMI ces dernières années : la Nouvelle Economie Classique ( NEC) et la Nouvelle Economie Politique (NEP) .Parmi les chefs de fils de la NEC , on cite J Barro [1974, 1983] , Robert Lucas [ 1995] ,Prescott et Kydland [ 1977] .Parmi les principales propositions de cette approche ,il y a d’abord l’hypothèse de d’anticipation rationnelle de Lucas mais aussi l’incohérence temporelle des politiques discrétionnaires fortement développée par Kydland et Edward Prescott [ 1977] qui leur ont valu le prix Nobel de 2004 .Cette approche s’inscrit dans le sillage du monétarisme de Friedman qui stipule que « l’inflation est partout un phénomène monétaire ».J Barro et David Gordon [1983] ont peaufiné par la suite cette approche introduisant la « notion de réputation de la banque centrale » qui consiste à intégrer les anticipations d’inflation dans l’analyse. La NEP compte parmi elle des économistes reconnus comme Ann Krueger [1993,2002] ou les tenants du public Choice dont fait parti Buchanan ,Tollison et Gordon Tullock [ 1980] .Ce courant met en avant la lecture de l’ environnement politique dans lequel s’insère les prescriptions du Fonds et adopte une conception fonctionnaliste de l’ Etat. La remise en cause de l’efficacité des pouvoirs politique dans la gestion monétaire constitue le principal argument des monétaristes, NEC, NEP parmi lesquels sont issus les principaux responsables du FMI. En 1985 déjà, Rogoff a développé la théorie de « délégation stratégique » qui incite à donner plus d’indépendance à la banque centrale. L’indépendance de la banque centrale apparait pour Rogoff la solution optimale pour éloigner les hommes politiques de la politique monétaire et maitriser par là l’objectif de stabilité des prix .Il est tout à fait normal alors qu’on assiste à une règle stricte de rigueur monétaire dans le cadre de négociation des programmes avec le FMI. De l’accord Stand By ou accord de confirmation des pays émergents au FAS, FASR et FRPC des pays pauvres, il n’est jamais question de laisser la rigueur monétaire .La maitrise de l’inflation reste de fait l’objectif principal des banques centrales des pays sous ajustement au détriment de la croissance. Aux yeux des techniciens du FMI, évidement d’inspiration monétariste, il n’est pas question d’adopter toute forme de relance monétaire sous peine d’alimenter l’inflation. C’est une position radicale dans laquelle aucune négociation n’est plus possible .Dans ce cas de figure , la banque centrale malgré son indépendance stipulée par son statut a pour vocation principale la lutte contre l’inflation et laisse de coté toute sorte d’ajustement jugé capital dans la conduite d’une véritable politique économique responsable mais non pas une politique économique passive qui caractérise ces pays à cause des conditionnalités de la PAS .Se référant à l’ article IV du FMI , Michel Lelart [2007,p.73] résume d’une manière synthétique les contraintes qui pèsent sur les PED dans le cadre de la PAS : « Chaque pays s’efforcera d’orienter sa politique économique… ,il ne doit pas l’orienter mais seulement s’efforcer de le faire ; chaque pays cherchera à promouvoir la stabilité …,il ne doit pas la promouvoir mais seulement chercher à le faire ;enfin, chaque pays évitera de manipuler les taux de change …, il ne lui est pas interdit de manipuler les taux de change , il doit seulement éviter de le faire ».En Afrique , comme dans les pays émergents , le FMI a été toujours présent dans le cadrage de la politique monétaire . La programmation financière (y compris monétaire) des pays sous ajustement doit avoir l’aval du FMI sinon, le déblocage des fonds ultérieurs et des programmes y relatifs pourraient être suspendus. Encore , dans bon nombre de pays, le FMI n’hésite pas à interférer directement dans leur gestion monétaire .L’article IV du FMI stipule qu’un pays peut choisir de définir et de stabiliser sa monnaie par rapport au DTS, à une autre monnaie, à plusieurs monnaies ou de la laisser flotter plus ou moins librement. Il faut seulement que sa politique soit conforme aux objectifs du Fonds. La seule limitation est l’interdiction formelle de toute référence à l’or. Une fois son choix effectué , un pays doit s’y tenir et appliquer le système choisi.[Ibid ,p.72].Le statut du FMI donne alors une certaine liberté aux pays membres en matière de régime monétaire ou régime de change .Mais il doit en même temps exercer une ferme surveillance sur les politiques de change des Etats membres , ce qui justifie son intervention régulière dans le choix des régimes de change des PED .Une des dispositions de l’ article IV adoptée par les administrateurs le 29 avril 1979 stipule : « Tout membre doit s’abstenir de manipuler les taux de change … en vue d’empêcher l’ajustement effectif de sa balance des paiements ou de s’assurer un avantage compétitif inéquitable sur d’autres membres ».[Ibid , p.76] . Ce point montre comment la coopération avec le FMI remet en cause la souveraineté monétaire des pays sous ajustement. Malgré la liberté du choix de régime monétaire et de change que leur offre le statut IV , une autre section de celui-ci contredit ce fait privant les PED de l’ajustement monétaire qui s’impose à un certain moment .Il en ainsi des mesures de dévaluations successives imposées des années 1980 et 1990 mais aussi celles des dernières années dans les pays africains, en Amérique latine ,le changement de régime de change juste à la demande du FMI , les changements de parité dans les pays émergents . A l’exemple de Madagascar, les politiques de dévaluations successives contrairement aux arguments du FMI n’ont pas pu apporter leur fruit .La forte dépréciation du Franc Malgache (le FMG) de l'ordre de 4000% de 1973 (date à la quelle Madagascar a quitté la zone franc) à 2008 reflète évidement le dérapage de la politique monétaire appliquée par les dirigeants qui se sont succédés mais il y aussi une grande part de responsabilité du FMI qui cadre régulièrement la politique monétaire appliquée .Les dépréciations successives du FMG à partir du Shadow programme de 1994 ( exigence du FMI pour que Madagascar passe du change fixe au change flottant) en est l’exemple concret.
La souveraineté monétaire des PED est alors remise en cause dans le cadre de la PAS.L’indépendance de la banque centrale cache une autre réalité bien établie : l’ingérence monétaire du FMI. Cette ingérence monétaire remet en cause pas seulement l’indépendance effective de la banque centrale mais encore et surtout la souveraineté monétaire. Bon nombre des PED sous ajustement souffrent ainsi d’ « une souveraineté monétaire déguisée » au détriment de leur développement. Mais existe –t-il une approche alternative crédible qui renforce la souveraineté monétaire des PED ? Les économistes hétérodoxes, keynésiens, postkeynésiens, marxistes, école de la régulation ou institutionnaliste restent tous attachés au contrôle de l’ensemble des instruments de la politique économique par le gouvernement afin de permettre une meilleure efficacité et légitimité [Le Heron, 2008 p.116]. A part les nouveaux keynésiens ( qui pensent à l’instar des néoclassiques dont les NEC qu’à long terme la monnaie est neutre), les hétérodoxes ne sont pas pour une politique passive de la banque centrale qui accorde beaucoup d’importance à la ciblage d’inflation comme a été le cas depuis 1990 dans une bonne partie des banques centrales .Si leur conception et leurs assises théoriques se différencient les des autres , l’objectif final de leur analyse est le renforcement de la flexibilité de la banque centrale donc de sa capacité d’agir. Parmi les différentes pistes de réflexion qu’on peut avancer ici, l’analyse monétaire postkeynésienne fait figure au premier plan.
Le prolongement de l’œuvre fondateur de J M Keynes de [1930 ,1936] fait suite à un développement considérable de l’analyse monétaire de ses disciples .Keynes pour faire face aux crises des années trente qu’a traversées la Grande Bretagne a préconisé une politique de relance monétaire dans laquelle l’indépendance de la banque centrale figure est une pièce centrale .A ses yeux, l’ingérence des policy maker ( responsables politiques) dans la gestion monétaire peut annuler les effets attendus d’une relance donc il est capital que la banque centrale dispose d’une indépendance réelle .La finalité de l’argumentation de Keynes a été toujours la relance de l’activité économique dans un contexte marquée par la dépression . Aujourd’hui, la situation s’est inversée, l’indépendance de la banque centrale est imposée partout dans les PED pour éviter le dérapage inflationniste si cher aux disciples de Friedman et aux libéraux .La défense de l’indépendance de la banque centrale n’est plus alors comme au temps de Keynes. Cette indépendance est là aujourd’hui, sous l’impulsion des préceptes monétaristes pour juguler au maximum l’inflation qui est jugée partout comme un phénomène monétaire alors que du temps de Keynes elle a été préconisée en vue d’une relance monétaire. La séparation du pouvoir entre le pouvoir politique et la banque centrale n’est pas fondée pour les keynésiens .A travers la théorie endogène de la monnaie, la plupart des postkeynésiens préconisent une banque centrale active et non plus passive apte à faire face aux défis de relance et de l’ajustement monétaire de l’économie. Evidement avec le concours du pouvoir public, cette option est considérée comme une condition primordiale d’une souveraineté monétaire effective aussi bien dans les PED que dans les pays développés.
La théorie monétaire postkeynésienne est fondée essentiellement sur le caractère endogène de l’offre de la monnaie .Les postkeynésiens Américains [ Kregel , Randall Wray, Arestis, Dow] ,les postkeynésiens français du circuit
[ Piegay, Rochon , Poulon, Parguez] ,les postkeynésiens Anglais [Godley, Kaldor,Deleplace ,Nell] , les postkeynésien canadiens [ Marc Lavoie, Gilles Dostaler] s’accordent à dirent que l’offre de monnaie ne peut pas être fixée d’une façon arbitraire par la banque centrale .Elle est déterminée par la demande de crédit et les préférences du public .C’est le fameux aphorisme selon lequel
« Les crédits font les dépôts » note Marc Lavoie [2004, p.55] dans son œuvre intitulé « L’économie postkeynésienne ».La théorie monétaire postkeynésienne inverse la causalité du sens dépôt-crédit chez les néoclassiques. Les banques n’ont pas forcement besoin de dépôts préalables pour consentir des crédits .La création des crédits et des dépôts bancaires se font sur la seule base de crédibilité et des suretés offertes par l’emprunteur [Heinsonhn et Steiger , 2000] .La monnaie banque centrale comme la monnaie bancaire est endogène et ne peut être fixée de façon arbitraire par la banque centrale. Le volume de monnaie banque centrale est lié aux crédits consentis et à la monnaie bancaire par un diviseur de crédit. La monnaie bancaire n’est pas un multiple de la quantité de monnaie banque centrale, c’est la monnaie banque centrale qui est un quotient de la quantité de monnaie bancaire .Un argument majeur qui conforte l’inversion de la causalité dépôt-crédit chez les postkeynésiens est le fait qu’ils réfutent la théorie wickselienne des fonds prêtables que les nouveaux keynésiens [ Stiglitz, Mankiw , Tobin ] acceptent à l’instar des néoclassiques . Les postkeynésiens contrairement aux néoclassiques avancent que c’est l’investissement qui induit l’épargne et non l’inverse. Il suffit alors la mobilisation des ressources nationales car le financement de l’activité ne dépend plus que de la crédibilité de l’emprunteur et des normes financières existantes. La rareté du financement est conventionnelle [Lavoie, 2004, p .55] .Dans cette optique, ils réfutent l’existence d’un taux d’intérêt naturel et que l’inflation ne peut être causée par un taux de croissance de la monnaie, au contraire c’est le taux de croissance des prix et de la production qui va causer la hausse du stock de la monnaie. La théorie endogène de la monnaie accorde beaucoup d’importance entre l’offre de la monnaie et le processus de production. C’est dans ce sens que la théorie monétaire postkeynésienne est assimilée régulièrement à une « Economie monétaire de production » ou « Economie du circuit monétaire ».Dans le cadre pratique de la politique monétaire, l’endogeneité de la monnaie engendre un caractère fondamental de la monnaie sur lequel repose le principal argument des postkeynésiens face aux attaques virulentes des néoclassique : c’est la « non- neutralité de la monnaie ».Les postkeynésiens ne voient dans l’indépendance des banques centrales qu’une tentative des néoclassiques d’imposer une vision dichotomique de l’ économie entre les phénomènes monétaires , telle l’inflation qui relèveraient de la banque centrale et les phénomènes réels qui relèveraient du marché [Le Heron ,2008, p .117] .Pour les keynésiens , la monnaie n’est pas neutre puisqu’elle agit par le crédit et le taux d’intérêt sur la production et l’emploi .L’hypothèse irréaliste de l’ anticipation rationnelle montre que les agents économiques ne vont pas tenir compte de l’horizon long terme comme conséquence , toute décision de relance ou rigueur adoptée par la banque centrale sera incorporée dans les habitudes de consommation et d’investissement local. Edwin Le Heron [2008] montre que la politique monétaire des NEC inspirés du monétarisme de Friedman peut être résumée à travers la théorie de la crédibilité de la banque centrale. Cette crédibilité est mesurable à travers le taux de réalisation de l’objectif établi qui n’est autre que la maitrise de l’inflation. Pour Edwin Le Heron [Ibid, p.116], les deux hypothèses théoriques fondamentales de l’indépendance des banques centrales : le biais inflationniste et les anticipations rationnelles sont contraires à la réalité des faits et sont aujourd’hui largement remises en question .La position de Maurice Allais [1993] converge aussi dans le sens du renforcement d’un Etat vraiment responsable de sa politique monétaire à l’instar des postkeynésiens. Maurice Allais [1993, p.323] affirme ainsi : «Si nous nous considérons non seulement l’histoire de ces dernières décennies, mais également ces des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie. Si, en effet, des conditions monétaires appropriées ne sont pas assurées, l’expérience montre qu’il ne saurait y avoir ni efficacité de l’économie ni équité dans la distribution de revenus ».
Pour toutes ces raisons évoquées, la culte de stabilité de prix, objectif principal des banques centrales des PED sous ajustement ne rime pas forcement avec le défi de développement des PED .Le principe d’indépendance de la banque centrale -source d’une politique monétaire passive doit être alors remplacée par une banque centrale active apte à faire face au problème majeur des PED : la stagnation. Dans un tel cas de figure, la souveraineté monétaire du pays ne doit plus être remise en cause ce qui renforce la crédibilité et l’efficacité de l’action de la banque centrale. Il est alors temps que les PED changent de cap sous peine de nager dans une sorte de « soumission monétaire chronique » qui les caractérise depuis des décennies.
La Chine , un pays qui n’a jamais eu de relation avec les IBW en particulier avec le FMI mérite ici d’être notée .La chine à l’instar des grands pays développés a toujours conduit à sa guise sa politique monétaire .La performance économique de la chine et la stabilité de sa monnaie n’ont jamais été remises en cause jusque là .Au contraire , sa souveraineté monétaire vis-à-vis de l’ extérieur constitue l’une des pièces centrales de son décollage économique .Il en est aussi des pays pétroliers du moyen orient .Malgré l’exigence et les critiques fréquentes des Etats-Unis et de l’ Europe qui accusent l’autorité chinoise d’avoir appliquer régulièrement une politique de dumping monétaire en sous-évaluant le yuan (la monnaie chinoise) ,la chine tient toujours jusque-là à mener sa politique monétaire à sa guise. La souveraineté monétaire de la chine tout comme celle des pays pétroliers du Moyen Orient n’a jamais été remise en cause .D’une part, ils n’ont pas eu des relations durables avec les IBW (ou pas du tout) .D’autre part, leur situation financière leur ont permis d’avoir une politique monétaire autonome sans trop dépendre de l’extérieur. En tout, leur souveraineté monétaire renforce la crédibilité de la politique monétaire de leur banque centrale .Mais dans la réalité ,le sens de causalité entre la crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale et la souveraineté monétaire reste en suspens.
1-2-3-Souveraineté et crédibilité de la Banque centrale : quelle relation ?
Une question se pose alors : y a –il une relation de causalité entre souveraineté monétaire et crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale ?
Autrement dit est ce que la souveraineté monétaire qui précède et influence la crédibilité de la banque centrale ou c’est l’inverse ? Le premier cas, amène à dire que l’efficience de la politique monétaire résulte avant tout de l’existence d’une certaine souveraineté monétaire jugée indispensable dans la conduite de toutes reformes monétaires et financières envisagées afin de garantir l’indépendance financière. Dans ce sens, les conditions précitées qui cadrent la souveraineté monétaire doivent être remplies entièrement ou partiellement .Des conditions qui stipulent les attributs en matière de frappe et création de monnaie, la capacité institutionnelle .Ce cas de figure , peut être envisagé dans le cas des grands pays industrialisés comme les Etats-Unis , les grands pays Européens membre actuellement de la zone Euro , la Grande Bretagne , le Japon , quelques pays pétroliers du moyen orient et la chine. Ces pays ont eu tous leur souveraineté monétaire au sens large du terme qui les ont permis malgré les tensions qui ont pesées sur leur économie à un certains moments de mener à bien leur politique monétaire par l’intermédiaire de leur banque centrale respective. Par contre, le second cas montre que la crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale est une condition sin qua non pour arriver à la souveraineté monétaire. Aucune souveraineté monétaire ne peut être alors envisagée sans cette crédibilité. Mais de quelle crédibilité s’agit-il ici ? La crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale est généralement définie comme la faculté des autorités monétaires à imposer sa politique monétaire vis-à-vis des objectifs tenus dans le cadrage général de la politique monétaire à un moment donné. D’une autre manière, c’est la faculté de la banque centrale à respecter et faire respecter ses objectifs .Des questions se succèdent pour éclairer ce débat .La Banque centrale peut –elle influencer le marché monétaire comme le stipule son statut ? Arrive-t-elle vraiment à maitriser les variables clés de l’économie ? Dans quelle mesure une détente du taux de base de la banque centrale peut-elle influencer les taux primaires des banques de second rang ? La manipulation des réserves obligatoires peut-elle vraiment influencer les comportements des banques par rapport à leur politique de crédit ? Les réponses à ces questions peuvent être trouvées en analysant les mécanismes de transmission de la politique monétaire mais la crédibilité de la banque centrale est un paramètre à ne pas négliger dans l’analyse. Une crédibilité qui résulte de la combinaison de deux facteurs à savoir le bien fondé de la politique monétaire et la compétence des autorités monétaires. Ce sont principalement les cas des pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, les pays Africains. Quelques-uns d’entre eux ont pu reformer leur secteur financier et monétaire avec ou sans assistance des institutions de Bretton woods .Il en ainsi des pays comme , la Malaisie , la Corée du sud , Afrique du Sud .Les autres pays émergents ou non sont toujours à la recherche de la potion magique leur permettant de renforcer la crédibilité de leur banque centrale dans la conduite de leur politique monétaire .
Il est tout à fait difficile alors de se prononcer sur cette question souveraineté monétaire amène-t-elle la crédibilité de la banque centrale ou l’inverse ? Ce qu’on peut avancer, la finalité de toute reforme monétaire et financière est le décollage économique et l’amélioration du sort de la population qui nécessairement vont passer par la croissance économique sans négliger les autres dimensions humaines de l’économie. Logiquement , souveraineté et crédibilité peuvent aller de paire mais il est capital que souveraineté précède crédibilité car, la crédibilité de la banque centrale peut être passagère si le pays en question n’ a pas vraiment sa propre souveraineté monétaire .Les pays émergents d’Amérique latine et d’Asie victimes des crises financières des années 1990 et des années récentes sont des exemples concrets en la matière .
La souveraineté monétaire pour la plupart des PED reste encore une utopie Qu’ils commencent alors à entreprendre les reformes monétaires adéquates pour arriver à ce stade en vue de faire valoir leur indépendance financière. Des reformes qui nécessitent avant tout des projections solides et cohérentes dans l’ensemble mais non pas des reformes à l’aveuglette qui ont prédominé depuis les années 1980 dans ces pays.
Comme on l’a démontré précédemment, la théorie monétaire postkeynésienne offre une alternative prometteuse pour que les PED dans son ensemble puissent reconquérir leur souveraineté monétaire longtemps bafouée par la PAS et par l’asymétrie monétaire au niveau mondial. En tout état de cause, la recherche d'un régime monétaire optimal des PED dépend de deux choses :i) la volonté ou non de ces pays de s'approprier leur souveraineté monétaire, ii) les contextes économiques et les structures économiques de chaque pays. L'essentiel n'est pas alors le fait d'avoir sa souveraineté monétaire mais de maitriser les défis qui en résultent dont la stabilisation monétaire (ce qui n'est pas toujours le cas) et l’utilisation des marges de manœuvre possibles qu’elle offre dans la conduite une politique monétaire vraiment responsable.
Comme l’a noté Edwin Le Heron [2008,p.119] :« la force de la FED est d’avoir pu être keynésienne en 1970 , monétariste après 1979 , originale avec Greenspan et peut être nouvelle keynésienne avec Bernanke sans avoir eu à modifier son cadre institutionnel ».Cette phrase résume bien la signification d’une banque centrale responsable dans un pays souverain monétairement et peut être considérée comme référence en matière d’analyse de la dynamique et de l’effectivité de la souveraineté monétaire d’un pays .
Dans quelle mesure alors les coopérations avec les IBW remettent en cause la souveraineté monétaire des PED sous ajustement ? Les accords de coopération avec les Institutions de Bretton Woods (IBW) influent –ils d’une manière significative la souveraineté et la gestion monétaire des pays sous ajustement ? Voilà les deux questions centrales qui méritent d’être posées ici.
On sait, au centre des relations avec les IBW se trouvent des conditionnalités qui cadrent les négociations avec les Etats membres en besoin de financement. Si dans le cadre général , le FMI est tenu à faire respecter l’équilibre macroéconomique via un cadrage pointu des critères à respecter , la Banque mondiale est traditionnellement tenu à financer le développement dans toutes ses dimensions avec des résultats plus mitigés qu’on connait déjà .A coté de la rigueur budgétaire , des mesures de libéralisation et des autres critères retenus dans les dix commandements du Consensus de Washington , la rigueur monétaire fait figure parmi les critères vedettes de la Politique d’Ajustement Structurel ( PAS).Le FMI en particulier fait de ce critère de rigueur un dogme. Dans toutes les négociations avec les Etats membres, le modèle de l’Approche Monétaire de la Balance des Paiements ( AMBP ) de Polak [ 1957] constitue ,le modèle de référence du FMI . Ce modèle tient compte comme objectif principal la rigueur monétaire pour éviter un dérapage inflationniste d’une politique monétaire expansive. Deux courants ont le plus influencé le FMI ces dernières années : la Nouvelle Economie Classique ( NEC) et la Nouvelle Economie Politique (NEP) .Parmi les chefs de fils de la NEC , on cite J Barro [1974, 1983] , Robert Lucas [ 1995] ,Prescott et Kydland [ 1977] .Parmi les principales propositions de cette approche ,il y a d’abord l’hypothèse de d’anticipation rationnelle de Lucas mais aussi l’incohérence temporelle des politiques discrétionnaires fortement développée par Kydland et Edward Prescott [ 1977] qui leur ont valu le prix Nobel de 2004 .Cette approche s’inscrit dans le sillage du monétarisme de Friedman qui stipule que « l’inflation est partout un phénomène monétaire ».J Barro et David Gordon [1983] ont peaufiné par la suite cette approche introduisant la « notion de réputation de la banque centrale » qui consiste à intégrer les anticipations d’inflation dans l’analyse. La NEP compte parmi elle des économistes reconnus comme Ann Krueger [1993,2002] ou les tenants du public Choice dont fait parti Buchanan ,Tollison et Gordon Tullock [ 1980] .Ce courant met en avant la lecture de l’ environnement politique dans lequel s’insère les prescriptions du Fonds et adopte une conception fonctionnaliste de l’ Etat. La remise en cause de l’efficacité des pouvoirs politique dans la gestion monétaire constitue le principal argument des monétaristes, NEC, NEP parmi lesquels sont issus les principaux responsables du FMI. En 1985 déjà, Rogoff a développé la théorie de « délégation stratégique » qui incite à donner plus d’indépendance à la banque centrale. L’indépendance de la banque centrale apparait pour Rogoff la solution optimale pour éloigner les hommes politiques de la politique monétaire et maitriser par là l’objectif de stabilité des prix .Il est tout à fait normal alors qu’on assiste à une règle stricte de rigueur monétaire dans le cadre de négociation des programmes avec le FMI. De l’accord Stand By ou accord de confirmation des pays émergents au FAS, FASR et FRPC des pays pauvres, il n’est jamais question de laisser la rigueur monétaire .La maitrise de l’inflation reste de fait l’objectif principal des banques centrales des pays sous ajustement au détriment de la croissance. Aux yeux des techniciens du FMI, évidement d’inspiration monétariste, il n’est pas question d’adopter toute forme de relance monétaire sous peine d’alimenter l’inflation. C’est une position radicale dans laquelle aucune négociation n’est plus possible .Dans ce cas de figure , la banque centrale malgré son indépendance stipulée par son statut a pour vocation principale la lutte contre l’inflation et laisse de coté toute sorte d’ajustement jugé capital dans la conduite d’une véritable politique économique responsable mais non pas une politique économique passive qui caractérise ces pays à cause des conditionnalités de la PAS .Se référant à l’ article IV du FMI , Michel Lelart [2007,p.73] résume d’une manière synthétique les contraintes qui pèsent sur les PED dans le cadre de la PAS : « Chaque pays s’efforcera d’orienter sa politique économique… ,il ne doit pas l’orienter mais seulement s’efforcer de le faire ; chaque pays cherchera à promouvoir la stabilité …,il ne doit pas la promouvoir mais seulement chercher à le faire ;enfin, chaque pays évitera de manipuler les taux de change …, il ne lui est pas interdit de manipuler les taux de change , il doit seulement éviter de le faire ».En Afrique , comme dans les pays émergents , le FMI a été toujours présent dans le cadrage de la politique monétaire . La programmation financière (y compris monétaire) des pays sous ajustement doit avoir l’aval du FMI sinon, le déblocage des fonds ultérieurs et des programmes y relatifs pourraient être suspendus. Encore , dans bon nombre de pays, le FMI n’hésite pas à interférer directement dans leur gestion monétaire .L’article IV du FMI stipule qu’un pays peut choisir de définir et de stabiliser sa monnaie par rapport au DTS, à une autre monnaie, à plusieurs monnaies ou de la laisser flotter plus ou moins librement. Il faut seulement que sa politique soit conforme aux objectifs du Fonds. La seule limitation est l’interdiction formelle de toute référence à l’or. Une fois son choix effectué , un pays doit s’y tenir et appliquer le système choisi.[Ibid ,p.72].Le statut du FMI donne alors une certaine liberté aux pays membres en matière de régime monétaire ou régime de change .Mais il doit en même temps exercer une ferme surveillance sur les politiques de change des Etats membres , ce qui justifie son intervention régulière dans le choix des régimes de change des PED .Une des dispositions de l’ article IV adoptée par les administrateurs le 29 avril 1979 stipule : « Tout membre doit s’abstenir de manipuler les taux de change … en vue d’empêcher l’ajustement effectif de sa balance des paiements ou de s’assurer un avantage compétitif inéquitable sur d’autres membres ».[Ibid , p.76] . Ce point montre comment la coopération avec le FMI remet en cause la souveraineté monétaire des pays sous ajustement. Malgré la liberté du choix de régime monétaire et de change que leur offre le statut IV , une autre section de celui-ci contredit ce fait privant les PED de l’ajustement monétaire qui s’impose à un certain moment .Il en ainsi des mesures de dévaluations successives imposées des années 1980 et 1990 mais aussi celles des dernières années dans les pays africains, en Amérique latine ,le changement de régime de change juste à la demande du FMI , les changements de parité dans les pays émergents . A l’exemple de Madagascar, les politiques de dévaluations successives contrairement aux arguments du FMI n’ont pas pu apporter leur fruit .La forte dépréciation du Franc Malgache (le FMG) de l'ordre de 4000% de 1973 (date à la quelle Madagascar a quitté la zone franc) à 2008 reflète évidement le dérapage de la politique monétaire appliquée par les dirigeants qui se sont succédés mais il y aussi une grande part de responsabilité du FMI qui cadre régulièrement la politique monétaire appliquée .Les dépréciations successives du FMG à partir du Shadow programme de 1994 ( exigence du FMI pour que Madagascar passe du change fixe au change flottant) en est l’exemple concret.
La souveraineté monétaire des PED est alors remise en cause dans le cadre de la PAS.L’indépendance de la banque centrale cache une autre réalité bien établie : l’ingérence monétaire du FMI. Cette ingérence monétaire remet en cause pas seulement l’indépendance effective de la banque centrale mais encore et surtout la souveraineté monétaire. Bon nombre des PED sous ajustement souffrent ainsi d’ « une souveraineté monétaire déguisée » au détriment de leur développement. Mais existe –t-il une approche alternative crédible qui renforce la souveraineté monétaire des PED ? Les économistes hétérodoxes, keynésiens, postkeynésiens, marxistes, école de la régulation ou institutionnaliste restent tous attachés au contrôle de l’ensemble des instruments de la politique économique par le gouvernement afin de permettre une meilleure efficacité et légitimité [Le Heron, 2008 p.116]. A part les nouveaux keynésiens ( qui pensent à l’instar des néoclassiques dont les NEC qu’à long terme la monnaie est neutre), les hétérodoxes ne sont pas pour une politique passive de la banque centrale qui accorde beaucoup d’importance à la ciblage d’inflation comme a été le cas depuis 1990 dans une bonne partie des banques centrales .Si leur conception et leurs assises théoriques se différencient les des autres , l’objectif final de leur analyse est le renforcement de la flexibilité de la banque centrale donc de sa capacité d’agir. Parmi les différentes pistes de réflexion qu’on peut avancer ici, l’analyse monétaire postkeynésienne fait figure au premier plan.
Le prolongement de l’œuvre fondateur de J M Keynes de [1930 ,1936] fait suite à un développement considérable de l’analyse monétaire de ses disciples .Keynes pour faire face aux crises des années trente qu’a traversées la Grande Bretagne a préconisé une politique de relance monétaire dans laquelle l’indépendance de la banque centrale figure est une pièce centrale .A ses yeux, l’ingérence des policy maker ( responsables politiques) dans la gestion monétaire peut annuler les effets attendus d’une relance donc il est capital que la banque centrale dispose d’une indépendance réelle .La finalité de l’argumentation de Keynes a été toujours la relance de l’activité économique dans un contexte marquée par la dépression . Aujourd’hui, la situation s’est inversée, l’indépendance de la banque centrale est imposée partout dans les PED pour éviter le dérapage inflationniste si cher aux disciples de Friedman et aux libéraux .La défense de l’indépendance de la banque centrale n’est plus alors comme au temps de Keynes. Cette indépendance est là aujourd’hui, sous l’impulsion des préceptes monétaristes pour juguler au maximum l’inflation qui est jugée partout comme un phénomène monétaire alors que du temps de Keynes elle a été préconisée en vue d’une relance monétaire. La séparation du pouvoir entre le pouvoir politique et la banque centrale n’est pas fondée pour les keynésiens .A travers la théorie endogène de la monnaie, la plupart des postkeynésiens préconisent une banque centrale active et non plus passive apte à faire face aux défis de relance et de l’ajustement monétaire de l’économie. Evidement avec le concours du pouvoir public, cette option est considérée comme une condition primordiale d’une souveraineté monétaire effective aussi bien dans les PED que dans les pays développés.
La théorie monétaire postkeynésienne est fondée essentiellement sur le caractère endogène de l’offre de la monnaie .Les postkeynésiens Américains [ Kregel , Randall Wray, Arestis, Dow] ,les postkeynésiens français du circuit
[ Piegay, Rochon , Poulon, Parguez] ,les postkeynésiens Anglais [Godley, Kaldor,Deleplace ,Nell] , les postkeynésien canadiens [ Marc Lavoie, Gilles Dostaler] s’accordent à dirent que l’offre de monnaie ne peut pas être fixée d’une façon arbitraire par la banque centrale .Elle est déterminée par la demande de crédit et les préférences du public .C’est le fameux aphorisme selon lequel
« Les crédits font les dépôts » note Marc Lavoie [2004, p.55] dans son œuvre intitulé « L’économie postkeynésienne ».La théorie monétaire postkeynésienne inverse la causalité du sens dépôt-crédit chez les néoclassiques. Les banques n’ont pas forcement besoin de dépôts préalables pour consentir des crédits .La création des crédits et des dépôts bancaires se font sur la seule base de crédibilité et des suretés offertes par l’emprunteur [Heinsonhn et Steiger , 2000] .La monnaie banque centrale comme la monnaie bancaire est endogène et ne peut être fixée de façon arbitraire par la banque centrale. Le volume de monnaie banque centrale est lié aux crédits consentis et à la monnaie bancaire par un diviseur de crédit. La monnaie bancaire n’est pas un multiple de la quantité de monnaie banque centrale, c’est la monnaie banque centrale qui est un quotient de la quantité de monnaie bancaire .Un argument majeur qui conforte l’inversion de la causalité dépôt-crédit chez les postkeynésiens est le fait qu’ils réfutent la théorie wickselienne des fonds prêtables que les nouveaux keynésiens [ Stiglitz, Mankiw , Tobin ] acceptent à l’instar des néoclassiques . Les postkeynésiens contrairement aux néoclassiques avancent que c’est l’investissement qui induit l’épargne et non l’inverse. Il suffit alors la mobilisation des ressources nationales car le financement de l’activité ne dépend plus que de la crédibilité de l’emprunteur et des normes financières existantes. La rareté du financement est conventionnelle [Lavoie, 2004, p .55] .Dans cette optique, ils réfutent l’existence d’un taux d’intérêt naturel et que l’inflation ne peut être causée par un taux de croissance de la monnaie, au contraire c’est le taux de croissance des prix et de la production qui va causer la hausse du stock de la monnaie. La théorie endogène de la monnaie accorde beaucoup d’importance entre l’offre de la monnaie et le processus de production. C’est dans ce sens que la théorie monétaire postkeynésienne est assimilée régulièrement à une « Economie monétaire de production » ou « Economie du circuit monétaire ».Dans le cadre pratique de la politique monétaire, l’endogeneité de la monnaie engendre un caractère fondamental de la monnaie sur lequel repose le principal argument des postkeynésiens face aux attaques virulentes des néoclassique : c’est la « non- neutralité de la monnaie ».Les postkeynésiens ne voient dans l’indépendance des banques centrales qu’une tentative des néoclassiques d’imposer une vision dichotomique de l’ économie entre les phénomènes monétaires , telle l’inflation qui relèveraient de la banque centrale et les phénomènes réels qui relèveraient du marché [Le Heron ,2008, p .117] .Pour les keynésiens , la monnaie n’est pas neutre puisqu’elle agit par le crédit et le taux d’intérêt sur la production et l’emploi .L’hypothèse irréaliste de l’ anticipation rationnelle montre que les agents économiques ne vont pas tenir compte de l’horizon long terme comme conséquence , toute décision de relance ou rigueur adoptée par la banque centrale sera incorporée dans les habitudes de consommation et d’investissement local. Edwin Le Heron [2008] montre que la politique monétaire des NEC inspirés du monétarisme de Friedman peut être résumée à travers la théorie de la crédibilité de la banque centrale. Cette crédibilité est mesurable à travers le taux de réalisation de l’objectif établi qui n’est autre que la maitrise de l’inflation. Pour Edwin Le Heron [Ibid, p.116], les deux hypothèses théoriques fondamentales de l’indépendance des banques centrales : le biais inflationniste et les anticipations rationnelles sont contraires à la réalité des faits et sont aujourd’hui largement remises en question .La position de Maurice Allais [1993] converge aussi dans le sens du renforcement d’un Etat vraiment responsable de sa politique monétaire à l’instar des postkeynésiens. Maurice Allais [1993, p.323] affirme ainsi : «Si nous nous considérons non seulement l’histoire de ces dernières décennies, mais également ces des deux derniers siècles, et sans doute celle de ceux qui les ont précédés, les facteurs monétaires apparaissent certainement comme ayant une importance tout à fait exceptionnelle dans le fonctionnement de toute économie. Si, en effet, des conditions monétaires appropriées ne sont pas assurées, l’expérience montre qu’il ne saurait y avoir ni efficacité de l’économie ni équité dans la distribution de revenus ».
Pour toutes ces raisons évoquées, la culte de stabilité de prix, objectif principal des banques centrales des PED sous ajustement ne rime pas forcement avec le défi de développement des PED .Le principe d’indépendance de la banque centrale -source d’une politique monétaire passive doit être alors remplacée par une banque centrale active apte à faire face au problème majeur des PED : la stagnation. Dans un tel cas de figure, la souveraineté monétaire du pays ne doit plus être remise en cause ce qui renforce la crédibilité et l’efficacité de l’action de la banque centrale. Il est alors temps que les PED changent de cap sous peine de nager dans une sorte de « soumission monétaire chronique » qui les caractérise depuis des décennies.
La Chine , un pays qui n’a jamais eu de relation avec les IBW en particulier avec le FMI mérite ici d’être notée .La chine à l’instar des grands pays développés a toujours conduit à sa guise sa politique monétaire .La performance économique de la chine et la stabilité de sa monnaie n’ont jamais été remises en cause jusque là .Au contraire , sa souveraineté monétaire vis-à-vis de l’ extérieur constitue l’une des pièces centrales de son décollage économique .Il en est aussi des pays pétroliers du moyen orient .Malgré l’exigence et les critiques fréquentes des Etats-Unis et de l’ Europe qui accusent l’autorité chinoise d’avoir appliquer régulièrement une politique de dumping monétaire en sous-évaluant le yuan (la monnaie chinoise) ,la chine tient toujours jusque-là à mener sa politique monétaire à sa guise. La souveraineté monétaire de la chine tout comme celle des pays pétroliers du Moyen Orient n’a jamais été remise en cause .D’une part, ils n’ont pas eu des relations durables avec les IBW (ou pas du tout) .D’autre part, leur situation financière leur ont permis d’avoir une politique monétaire autonome sans trop dépendre de l’extérieur. En tout, leur souveraineté monétaire renforce la crédibilité de la politique monétaire de leur banque centrale .Mais dans la réalité ,le sens de causalité entre la crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale et la souveraineté monétaire reste en suspens.
1-2-3-Souveraineté et crédibilité de la Banque centrale : quelle relation ?
Une question se pose alors : y a –il une relation de causalité entre souveraineté monétaire et crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale ?
Autrement dit est ce que la souveraineté monétaire qui précède et influence la crédibilité de la banque centrale ou c’est l’inverse ? Le premier cas, amène à dire que l’efficience de la politique monétaire résulte avant tout de l’existence d’une certaine souveraineté monétaire jugée indispensable dans la conduite de toutes reformes monétaires et financières envisagées afin de garantir l’indépendance financière. Dans ce sens, les conditions précitées qui cadrent la souveraineté monétaire doivent être remplies entièrement ou partiellement .Des conditions qui stipulent les attributs en matière de frappe et création de monnaie, la capacité institutionnelle .Ce cas de figure , peut être envisagé dans le cas des grands pays industrialisés comme les Etats-Unis , les grands pays Européens membre actuellement de la zone Euro , la Grande Bretagne , le Japon , quelques pays pétroliers du moyen orient et la chine. Ces pays ont eu tous leur souveraineté monétaire au sens large du terme qui les ont permis malgré les tensions qui ont pesées sur leur économie à un certains moments de mener à bien leur politique monétaire par l’intermédiaire de leur banque centrale respective. Par contre, le second cas montre que la crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale est une condition sin qua non pour arriver à la souveraineté monétaire. Aucune souveraineté monétaire ne peut être alors envisagée sans cette crédibilité. Mais de quelle crédibilité s’agit-il ici ? La crédibilité de la politique monétaire de la banque centrale est généralement définie comme la faculté des autorités monétaires à imposer sa politique monétaire vis-à-vis des objectifs tenus dans le cadrage général de la politique monétaire à un moment donné. D’une autre manière, c’est la faculté de la banque centrale à respecter et faire respecter ses objectifs .Des questions se succèdent pour éclairer ce débat .La Banque centrale peut –elle influencer le marché monétaire comme le stipule son statut ? Arrive-t-elle vraiment à maitriser les variables clés de l’économie ? Dans quelle mesure une détente du taux de base de la banque centrale peut-elle influencer les taux primaires des banques de second rang ? La manipulation des réserves obligatoires peut-elle vraiment influencer les comportements des banques par rapport à leur politique de crédit ? Les réponses à ces questions peuvent être trouvées en analysant les mécanismes de transmission de la politique monétaire mais la crédibilité de la banque centrale est un paramètre à ne pas négliger dans l’analyse. Une crédibilité qui résulte de la combinaison de deux facteurs à savoir le bien fondé de la politique monétaire et la compétence des autorités monétaires. Ce sont principalement les cas des pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, les pays Africains. Quelques-uns d’entre eux ont pu reformer leur secteur financier et monétaire avec ou sans assistance des institutions de Bretton woods .Il en ainsi des pays comme , la Malaisie , la Corée du sud , Afrique du Sud .Les autres pays émergents ou non sont toujours à la recherche de la potion magique leur permettant de renforcer la crédibilité de leur banque centrale dans la conduite de leur politique monétaire .
Il est tout à fait difficile alors de se prononcer sur cette question souveraineté monétaire amène-t-elle la crédibilité de la banque centrale ou l’inverse ? Ce qu’on peut avancer, la finalité de toute reforme monétaire et financière est le décollage économique et l’amélioration du sort de la population qui nécessairement vont passer par la croissance économique sans négliger les autres dimensions humaines de l’économie. Logiquement , souveraineté et crédibilité peuvent aller de paire mais il est capital que souveraineté précède crédibilité car, la crédibilité de la banque centrale peut être passagère si le pays en question n’ a pas vraiment sa propre souveraineté monétaire .Les pays émergents d’Amérique latine et d’Asie victimes des crises financières des années 1990 et des années récentes sont des exemples concrets en la matière .
La souveraineté monétaire pour la plupart des PED reste encore une utopie Qu’ils commencent alors à entreprendre les reformes monétaires adéquates pour arriver à ce stade en vue de faire valoir leur indépendance financière. Des reformes qui nécessitent avant tout des projections solides et cohérentes dans l’ensemble mais non pas des reformes à l’aveuglette qui ont prédominé depuis les années 1980 dans ces pays.
Comme on l’a démontré précédemment, la théorie monétaire postkeynésienne offre une alternative prometteuse pour que les PED dans son ensemble puissent reconquérir leur souveraineté monétaire longtemps bafouée par la PAS et par l’asymétrie monétaire au niveau mondial. En tout état de cause, la recherche d'un régime monétaire optimal des PED dépend de deux choses :i) la volonté ou non de ces pays de s'approprier leur souveraineté monétaire, ii) les contextes économiques et les structures économiques de chaque pays. L'essentiel n'est pas alors le fait d'avoir sa souveraineté monétaire mais de maitriser les défis qui en résultent dont la stabilisation monétaire (ce qui n'est pas toujours le cas) et l’utilisation des marges de manœuvre possibles qu’elle offre dans la conduite une politique monétaire vraiment responsable.
PERSPECTIVE RECENTE DE LA SOUVERAINETE MONETAIRE DES PED
Depuis des sicècles et de nos jours ,la sphère monétaire constitue une branche fondamentale de l' économie.Les crises financières recurrentes des pays émergents des années 1990 et des années subséquentes mais aussi la vulnérabilité financière des PMA montre à quel point le régime monétaire des PED constitue le noyau dur de leur système financier .Cet article met en exergue la souveraineté monétaire des PED dans une perspective récente .Je m'excuse d'avance sur les imperfections de cet article aussi bien dans le forme que dans le fonds . Bonne lecture!!!
PERSPECTIVE RECENTE DE LA SOUVERAINETE MONETAIRE DES PED
Le Système Monétaire International (SMI) d’aujourd’hui comme celui d’après guerre est marqué par une forte domination du dollar américain. L’hégémonie du dollar est une évidence malgré les disfonctionnements qu’a traversés l’économie américaine. Les Etats-Unis avec sa monnaie restent le cœur du SMI , alors que de l’ autre coté , il y a la périphérie essentiellement constituée des PED (émergents , et PMA) et les autres pays industrialisés .Des auteurs postkeynésiens dont Arestis et all [2005] dans le Journal Post-keynésian Economics ont mis en évidence la pérennité et la soutenabilité d’un tel système. Une des principales conclusions de cette étude est la création d’une monnaie internationale et d’une chambre de compensation chargée d’assurer l’ajustement des déséquilibres des banques centrales [Keynes , 1944] .Comme l’a bien résumé Michel Lelart [2007 ,p.22-24] : « sur le plan technique , le plan Keynes est un mécanisme de compensation, sur le plan financier c’est une procédure de crédit , sur le plan politique c’est la garantie d’une réelle symétrie ».Si la mise en place ou la faisabilité de ce plan reste en suspens , la domination des pays à monnaie forte ( les USA , la zone euro) sur les pays à monnaie faible (les PED ) restent une évidence .Le déséquilibre croissant des rapports financiers et monétaires au niveau mondial débouche régulièrement à une sorte d’asymétrie monétaire du SMI qui s’explique par la perte progressive ou totale de la souveraineté monétaire des PED . L’effectivité réelle de la souveraineté monétaire peut être appréhendée à travers leur régime monétaire et leur régime de change.
1-Remise en question de la souveraineté monétaire : l’asymétrie monétaire
La souveraineté monétaire est un concept très large et difficile à appréhender. Malgré les multitudes d’études relatives à la monnaie effectuées par des économistes théoriciens et / ou praticiens, ce concept reste toujours mal exploité même si ces études là dans la plupart des cas traitent le sujet d’une manière ou d’une autre. En règle générale , « la souveraineté d’un Etat est la qualité de l’ Etat de n’être obligé ou déterminé que par sa propre volonté dans les limites du principe supérieur du droit et conformément au but collectif qu’il est appelé à réaliser » [Le Fur , 1896] .Pour simplifier dans cette étude, la souveraineté monétaire sera définie comme « la capacité d’ un pays à mener à bien sa politique monétaire sans avoir eu d’une manière ou d’une autre l’ingérence d’autre pays ou organisation extérieure au système monétaire en question et qui ne remet pas en cause la souveraineté de la nation ». Cette définition ramène aux différentes perspectives monétaires des PED qui ont largement changé durant les deux dernières décennies .Il en est ainsi des études relatives au régime de change, la zone monétaire, la dollarisation, les currency board. Ces variantes multifacettes de l ‘économie monétaire font toujours intervenir le concept de souveraineté monétaire mais de degré différent. Dans tous les cas de figure ,l’arbitrage et le rapport de force entre la monnaie cœur (dollar et l’euro) et la périphérie ( la monnaie des PED ) constitue les principaux déterminants de la souveraineté monétaire des PED. Si sur le plan monétaire, les Etats-Unis et la zone euro ne souffrent pas de restrictions de souveraineté monétaire, la plupart des PED en souffre beaucoup et subit régulièrement d’une manière ou d’une autre l’hégémonie des monnaies fortes dont le dollar, l’euro et l’ yen. Ce déséquilibre du rapport monétaire entre le centre et la périphérie est appelé régulièrement « Asymétrie monétaire » qui est la forme la plus visible de la « soumission monétaire » des PED vis-à-vis des pays cœurs dont les Etats-Unis.
Se référant à la définition précédente, la capacité d’un gouvernement (ou autorité monétaire) à gérer librement, sans contrainte ni dépendance extérieure de l’instrument monétaire peut être qualifiée de souveraineté monétaire, une des variantes de la nature et du degré de dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur. Une nation qui émet sa propre monnaie est au moins en partie souveraine. On parle ici de « souveraineté monétaire de fait » .Toutefois, la capacité d’émission de monnaie (et des instruments y relatifs) n’est pas la seule forme de souveraineté monétaire. Il y a ainsi des pays qui ont leur propre monnaie, leur propre banque centrale mais qui sont obligés de fait à recourir à des monnaies étrangères afin de stabiliser leur monnaie ou leur économie (Currency board, dollarisation).Il importe de rappeler qu’entre un Etat pleinement souverain et un Etat qui ne l’est point, il existe une infinité de souveraineté monétaire imparfaite. La définition chartalisme de la monnaie implique qu’une autorité monétaire pleinement souveraine peut jouer sans influence excessive sur la valorisation de l’instrument monétaire [Knapp, 1973 et Schumpeter, 2004].En d’autres termes, c’est le crédit que les utilisateurs de la monnaie confèrent à son émetteur qui détermine sa valeur. A la différence du chartalisme , le « métallisme théorique » nie tout rôle à l’institution émettrice dans l’ établissement des conditions nécessaires à la valorisation de l’ instrument monétaire. Pour ce courant, la monnaie n’a ni valeur intrinsèque, ni la valeur dérivée que lui confère l’institution émettrice. Elle ne vaut que par la garantie associée, c'est-à-dire par exemple une certaine quantité de métal ou d’une monnaie. L’existence du péché originel [Eichengereen ,1999] ou la dollarisation des dettes en est l’exemple concret. La traduction moderne de la monnaie est la monnaie souveraine et obéit à une définition chartaliste. Sa valeur lui est conférée ainsi par l’institution émettrice. Cependant, plus ce crédit diminue, plus le « métallisme pratique » dévient nécessaire pour rétablir une valorisation suffisante de la monnaie nationale. Le pouvoir économique local est ainsi obligé de fait à restreindre sa souveraineté monétaire même s’il dispose encore certaines prérogatives. L’assemble et l’ accumulation des restrictions contraintes de souveraineté monétaire amènent les pays qui les subissent dans la périphérie monétaire , c'est-à-dire dans une sorte de dépendance vis-à-vis d’une ou plusieurs monnaies représentatives dont le dollar , l’ euro et le Yen .Cette situation est sans aucun doute la preuve tangible de l’ asymétrie monétaire entre les pays du centre et les PED qui évidement montre la perte progressive ou totale de leur souveraineté monétaire .La dollarisation et la zone franc CFA en sont des exemples formels.
2-La dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire des PED
Ici, dans un premier temps, dans un premier temps , on va aborder la relation existante entre la dollarisation et la souveraineté monétaire. Ensuite, les faits stylisés de la dollarisation vont corroborer notre hypothèse selon laquelle la dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire des PED.
2-1-Dollarisation et souveraineté monétaire : quelle relation ?
La dollarisation est un instrument de politique monétaire très en vogue en Amérique latine vers le début des années 1980 et y a pris de l’ampleur vers les années 1990 avant de s’élargir par la suite vers d’autres pays d’Asie et d’Afrique .Ce terme est devenu familier dans le cercle des économistes ces derniers temps et constitue même un thème brulant des conférences, études et séminaires économiques. Au sens strict, la dollarisation désigne « l’abandon d’une monnaie nationale au profit du dollar américain ». Salama [ 1998 , p.8] définit la dollarisation comme « l’ évolution selon laquelle le dollar s’impose de plus en plus comme réserve de valeur , unité de compte et parfois intermédiaire des échanges pour certains produits ».Bourguinat et Dohni [2002,p.59] reformulent une définition voisine puisqu’ils la désignent comme « le processus de remplacement par le dollar des Etats-unis des monnaies nationales préexistantes en tant qu’unité de fixation des prix des biens , d’instrument des paiements et de détention de l’épargne ».Au sens large du terme ,la dollarisation peut être définie comme « un système en vertu duquel un pays renonce entièrement ou partiellement à utiliser sa propre monnaie et adopte comme moyen légal ou moyen de paiement une devise mondiale stable ( le dollar ,l’ euro ») . Plusieurs typologies de dollarisation peuvent être envisagées suivant le degré de pénétration, d’utilisation et d’officialisation de la devise en question dans le pays concerné. On distingue ainsi la dollarisation intégrale et officielle de la dollarisation partielle et officieuse .La dollarisation intégrale et officielle est assimilée à un processus de substitution d’une monnaie étrangère à la monnaie nationale , ce sont alors les modèles de substitution qui sont privilégiés comme outils d’analyse .La dollarisation partielle et officieuse quant à elle articule la réflexion sur l’ analyse de cout/ avantages de la décision de faire disparaitre la monnaie nationale au profit d’une monnaie étrangère[Ponsot ,2003]. Qu’on soit dans un régime de dollarisation totale ou partielle, la souveraineté monétaire du pays concerné est en jeu. La question n’est pas ici alors de savoir quelle régime favoriser mais de savoir comment et dans quelle mesure la dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire du pays dollarisé.
Si la dollarisation officielle et intégrale via l’abandon de l’exclusivité monétaire s’apparente comme une perte totale de la souveraineté monétaire du pays concerné, la dollarisation partielle et de facto se traduit par une crise de légitimité de l’unité de compte domestique qui érode progressivement la souveraineté monétaire. L’analyse fonctionnaliste de la monnaie qui privilégie l’approche en termes de substitution d’actifs et de substitution monétaire permet de connaitre le degré de dollarisation d’une économie alors que l’approche institutionnelle qui met en avant son identité qui caractérise un pays ou une région quelconque renvoie au concept de souveraineté monétaire. Dans cette étude, l’approche institutionnaliste (chartaliste) est mise en avant sans oublier l’apport de l’approche fonctionnaliste.
La dollarisation est un phénomène qui date déjà plus d’un siècle. En effet, jusqu’à une date récente, seul le Panama parmi les pays de taille significative avait opté dès 1904 pour une dollarisation officielle. Or, l’Equateur et le Timor oriental en 2000, le Salvador en 2001 ont choisi à leur tour la monnaie américaine comme moyen de paiement sur leur territoire, renonçant ainsi à toute souveraineté monétaire. Le Nicaragua et le Costa-Rica pourraient se laisser séduire dans un avenir plus ou moins proche. Si l’Argentine a hésité de franchir le pas à maintes hésitations, on notera qu’il existe une double circulation incluant le dollar au Guatemala [Minda ,2005] .Cette amplification de la dollarisation totale reflète le souci des dirigeants latino-américains à stabiliser leur monnaie après les fortes secousses financières qui caractérisent les années 1990 .L’adoption d’un régime de dollarisation totale est un choix lourd de conséquence. L’abandon d’une monnaie nationale au profit d’une monnaie étrangère est un choix presque irréversible sinon nécessite un long processus de dédollarisation. Comme le note Minda [2005] : « Combien de monnaie des pays indépendants ont retrouvé leur pouvoir libératoire après avoir perdu leur cours légal ? A part le Liberia dans la zone dollar, le Botswana et le Swaziland dans la zone rand, l’exemple ne sont pas légion ».
Si dans le passé, la plupart des études relatives à ce régime monétaire se sont orientés à la dollarisation partielle, le questionnement sur le régime de dollarisation intégrale commence à prendre de l’ampleur ces dernières années. Ce changement de cap a été opéré dans le cadre de la recherche des « solutions en coins » ou « corner solutions » qui commence à prendre de l’ampleur après les crises financières successives des années 1990 dans les pays émergents durant lesquelles l’Amérique latine et l’Asie du Sud Est ont été les principaux victimes .Bon nombre d’éminents économistes ont ainsi essayé de rompre avec les régimes dites intermédiaires. Entre le choix d’un flottement libre et d’un ancrage total, ils ont préféré adopté un autre régime qu’est la dollarisation totale ou intégrale supposée capable d’enrayer l’instabilité monétaire de ces pays.
Une question cruciale qui mérite d’être posée est ainsi de savoir si la dollarisation intégrale constitue un régime monétaire optimal pour la stabilité monétaire et le décollage économique des pays latino-américains en particulier et les PED dans l’ensemble ?
Peser le pour et le contre de la dollarisation n’est pas chose facile .Les partisans de la dollarisation mettent en avant les avantages suivants :crédibilité renforcée des gouvernements face aux crises de change d’où une baisse des taux d’intérêt par diminution de la prime de risque ;réduction de l’inflation et baisse des couts de transaction d’où une plus grande intégration commerciale , financière et fiscale ;abandon du financement par création monétaire ce qui favorise le secteur bancaire , meilleure prévention des crises d’endettement, approfondissement des systèmes financiers .En tout état de cause , la dollarisation est considérée comme source de stabilité monétaire et financière du pays dollarisé. Les pays qui entretiennent des relations commerciales et financières très étroites avec les Etats-unis sont le premier groupe de pays qui mérite d’être dollarisé totalement .Le Panama en est l’exemple concret. Le deuxième groupe concerne les pays qui souffrent d’un désordre politique de grande ampleur comme l’Equateur et le Salvador, le Timor et les pays en décomposition.
Les opposants à la dollarisation totale tournent leur objection autour de cinq types d’arguments : la perte d’indépendance de la politique monétaire, abandon de la politique de change, perte du droit de seigneuriage, disparition du prêteur en dernier ressort et limitation des instruments contra-cycliques. Ici, c’est la perte de la souveraineté monétaire qui est en jeu. La dollarisation est percue ici comme symptômes de malaise profond, celui de la perte de la légitimité de la monnaie domestique. Elle est la crise de l’institution-monnaie et met mal la souveraineté monétaire. Comme l’a noté Théret [1998, p.27] : « La monnaie est un symbole fort d’appartenance à une même entité politique, économique et sociale » .Pour Anderson [1991] : « Elle est vecteur d’indentification au sein d’une communauté imaginaire au même titre que le drapeau, les emblèmes, les langues, l’hymne, etc ».La dimension symbolique et identitaire de la monnaie nécessite que celle-ci soit avant tout unité de compte et plus précisément unité de compte unique. Keynes [ 1930] et Knapp sont les deux auteurs de la première moitié du XXème siècle qui ont mis l’ accent sur « le primat de l’ unité de compte ».Cette conception est aujourd’hui largement développée par des auteurs postkeynésiens en particulier l’ approche néo-chartaliste de Wray ou celle qui privilégie les questions de souveraineté monétaire .Dès la première ligne de son traité sur la monnaie [ 1930] , Keynes explique que l’unité de compte ( money of account) ,c'est-à-dire dans laquelle les dettes , les prix ; le pouvoir d’achat général sont exprimés est le concept premier de la théorie de la monnaie [Keynes ,1971, p . 3] .La dollarisation entraine un détachement de l’unité de compte domestique par les agents économiques. Comme l’Affirme Aglietta
[2001] : « Un régime monétaire viable dépend de la persistance dans le temps de la confiance placée dans l’unité de compte et sa stabilité constitue le point essentiel de cette confiance ». En bref, suivant le cas (dollarisation partielle ou intégrale), la dollarisation prive les pays dollarisés de leur autonomie monétaire et /ou leur exclusivité monétaire qui sont les attributs essentiels de la souveraineté monétaire d’un Etat.
Dans un régime de dollarisation totale, ces situations évoquées doivent être alors vérifiées, tandis que dans un système de dollarisation partielle, elles seront accomplies partiellement suivant le cas qui se présente. Pour revenir à nos moutons, il convient de rappeler qu’il est extrêmement difficile de faire un bilan objectif des avantages et couts de la dollarisation intégrale .D’une part , le Panama est officiellement le seul pays qui a une longue expérience en matière de dollarisation ( depuis 1904) .En plus , le lien de plus en plus étroit entre ce pays et les Etats-unis biaise toute tentative d’analyse en termes de couts- avantages .D’autre part, l’expérience récente des pays officiellement dollarisés comme l’ Equateur [1999] ,le Salvador[ 2001] , le Timor [2000] ne permettent pas vraiment d’avoir une vision large pour une appréhension réelle de ce phénomène . En tout état de cause, l’évaluation des avantages et couts de la dollarisation intégrale nécessite la prise en compte des structures économiques, sociales et politiques des pays candidats .Toutefois, il importe de noter que malgré les avantages que procurent la dollarisation intégrale, ce régime monétaire ne doit pas être adopté qu’en dernier recours. L’utilisation du dollar pour les transactions réelles et financières est souvent une réaction des citoyens ou des pouvoirs publics d’un pays à l’instabilité de la monnaie nationale. Malgré la stabilité monétaire qu’elle apporte, la dollarisation peut rendre le système financier plus vulnérable aux crises de liquidités et de solvabilité et surtout source de la perte de la souveraineté monétaire du pays en question. Dans un pays dollarisé, la perte de la souveraineté monétaire prive les autorités monétaires à prendre des mesures alternatives aux chocs extérieurs sans oublier la perte de l’identité monétaire considérée comme un symbole fort d’un Etat souverain moderne [Théret, 2003].La dollarisation favorise alors la dépendance financière du pays concerné au pays émetteur de la xénomonnaie (le dollar).
En raison de son cout d’opportunité, l’abandon d’une monnaie nationale pour une devise étrangère constitue une solution de dernier recours à l’instabilité financière et monétaire des pays latino-américains. Malgré quelques avantages spécifiques, il est illusoire d’envisager ce régime monétaire comme un miracle pour réduire l’instabilité monétaire des pays émergents et de surcroit du SMI. La gestion passive du dollar par les autorités américaines corrobore ce constat. Une dollarisation partielle des PED en particulier des pays émergents ( ce qui est un fait pour bon nombre de pays) est alors inévitable vue l’hégémonie du dollar américain et la puissance économique des Etats-unis .La limite de la soutenabilité des déficits jumeaux américains (depuis 2000) est de l’autre coté un signe avant coureur des risques d’une dollarisation totale. La gestion du dollar par la FED avec les conséquences qui s’ensuivent ne vont pas suffir à limiter les dégâts d’une dollarisation intégrale dans les pays qui souhaitent l’appliquer. D’autant plus que la FED n’a jamais décidé de coopérer pour atténuer les effets désastreux de la dollarisation dans les pays dollarisés. Encore, la nouvelle configuration du SMI, résultat de la crise financière actuelle ne permet plus les Etats-unis à se comporter comme avant.
2-2-Faits stylisés de la dollarisation :la dollarisation partielle
L’appréhension de la dollarisation peut être analysée à deux niveaux :la dollarisation intégrale et la dollarisation partielle .Si dans la plupart des cas , la dollarisation intégrale est assimilée à la dollarisation officielle et de jure ,la dollarisation partielle quant à elle fait référence à la dollarisation officieuse et de facto. Dans le fait, cette délimitation peut être contrariée par des pratiques et des réalités tout à fait différentes de ce que l’on pense ou de ce que l’on croit. Dans ce qui suit, la dollarisation partielle sera mise en avant vue l’importance capitale de ce régime monétaire dans bon nombre des PED. La dollarisation intégrale sera laissée de coté dans la mesure où il n’y a qu’un nombre limité de pays dont le Panama, l’Equateur, le Salvador, le Guatemala, le Timor Oriental qui l’ont adopté. En plus, la souveraineté monétaire de ces pays est déjà entièrement bafouée par ce régime. On ne voit plus alors l’intérêt d’accorder trop d’importance à ce régime monétaire d’autant plus que cette question est déjà presque traitée auparavant.
La dollarisation partielle se réfère à une approche fonctionnaliste de la monnaie (Money is what money does) et invite à assimiler la dollarisation à un processus de substitution .Dans cette optique, la dollarisation ne décrit rien d’autre que la substitution par les résidents de la monnaie interne par une monnaie externe dans ses trois fonctions : unité de compte, intermédiaire des échanges (moyen de paiement), réserve de valeur. Ce régime de dollarisation privilégie le modèle de substitution qui se traduit par la volonté des agents de diversifier et de protéger leurs actifs contre les risques de dévaluation de la monnaie nationale. Il convient à cet égard de faire une distinction entre les deux motifs de la demande de monnaie étrangère : la substitution monétaire et la substitution d’actifs financiers. Les modèles de substitution monétaire (currency substitution) renvoient aux situations dans lesquelles existe une demande de monnaie étrangère pour assurer les fonctions d’unité de compte et de moyen de paiement. La xénomonnaie (le dollar) devient le principal instrument de la circulation monétaire. Ce cas de figure se manifeste dans une situation d’hyperinflation qui rend les couts d’utilisation de la monnaie nationale trop élevés pour réaliser les transactions et incitent les agents à trouver des instruments monétaires alternatifs [Balino, 1999, p.5] .Cette forme de dollarisation a connu un développement notable dans les pays d’Amérique latine et certains pays d’Asie après la stabilisation de l’inflation.
La substitution d’actifs financiers (assets substitution) quant à elle est une tendance qui découle de l’évaluation du risque et des possibilités de rendement des actifs libellés en monnaie nationale et en devise. Les actifs libellés en monnaie étrangère protègent leurs détenteurs des risques macroéconomiques à l’ exemple de l’instabilité des prix et des longues périodes de dépression qui ont ébranlé bon nombre des PED .Ce modèle fait ainsi l’ arbitrage entre la portefeuille des actifs domestiques et les actifs étrangers.
L’analyse en termes de substitution monétaire et de substitution d’actifs permet d’apprécier le degré de pénétration du dollar dans un pays donné. Jusqu’à une période récente, les mesures du degré de dollarisation se sont polarisées essentiellement sur les phénomènes de substitution d’actifs, plus particulièrement les dépôts dans les banques domestiques. Aujourd’hui, le principal indice utilisé pour mesurer la dollarisation est celui qui donne un aperçu de la dollarisation des dépôts (ratio foreign currency deposits /broad money) [Ponsot, 2003] .Il ressort de l' étude de Socorro [2006] sur la période 1996 à 2001 qu'à l’ exception des caraïbes et des pays développés , les autres régions assistent à une hausse notable du ratio relatif à la dollarisation en termes de dépôts .Cette hausse est manifeste que ce soit en Amérique du sud , dans l’ économie en transition ,au Moyen Orient , en Afrique ou en Asie .Une tendance à la dollarisation du monde est ainsi observée ces dernières années si on se réfère à cet indicateur. A titre d’illustration, en Amérique latine dans les pays comme l’Argentine, le Pérou et le Chili, les dépôts en dollars excédent même les dépôts en monnaie nationale (supérieure à 65%).Une des conséquences néfastes de la dollarisation partielle est le risque de liquidité et de solvabilité. La non- évaluation de ces risques peut être source des retraits massifs de dépôts bancaires et de crise financière .Comme l’a expliqué Socorro [2006], le risque de liquidité s’explique par la non-couverture des passifs en dollars des banques. Une augmentation supposée du risque-pays ou de risque bancaire pourrait pousser les déposants ou autre créanciers à convertir leurs dépôts ou ligne de crédit en dollars liquides ou à les transférer à l’étranger. Les passifs en dollars doivent être réglés au pair contre des monnaies étrangères. Cette situation peut déboucher à un épuisement total des réserves de change de la banque centrale dans le cas où les actifs liquides en dollars à l’étranger ne couvrent pas les passifs en dollars. C’est le cas de l’ Argentine et du Pérou où la dollarisation des dépôts est beaucoup plus faible que la dollarisation des prêts accordés par le système bancaire domestique .La tendance inverse est observée en Turquie et en Uruguay. Certains pays sont alors plus exposés et vulnérables en cas de dévaluation. La peur de la dévaluation (fear offloating) s’accentue ainsi au fur et à mesure que la dollarisation de la dette augmente [ Calvo ,Reinhart].Une détérioration de la situation économique peut provoquer aussi des ruées bancaires comme a été le cas du Mexique en 1982 ,l’ Argentine et l’ Uruguay en 2001 et la Bolivie en 2003 .
Dans les pays dollarisés, les risques de liquidité résultent d’un déséquilibre entre les actifs et les passifs en monnaies étrangères, ainsi que les effets d’une forte dépréciation de la monnaie nationale. Quand les passifs en monnaie étrangères d’une banque excédent ses actifs en ces monnaies, une dépréciation de la monnaie nationale réduira sa valeur nette et pourrait compromettre sa solvabilité. C’est ce se passe lorsqu’une banque accepte des dépôts en monnaies étrangers et accorde des prêts en monnaie nationale.
Orienter l’analyse de la dollarisation en termes de substitution d’actifs se traduit par une priorisation de la fonction de réserve de valeur de la monnaie aux détriments des deux autres fonctions de la monnaie (moyen de paiement, unité de compte).Des études récentes ont essayé de remédier à cette restriction donnant plus de priorité à la substitution monétaire c'est-à-dire le rôle relatif de la xénomonnaie par rapport à la circulation monétaire locale. Une des questions fondamentales qui mérite d’être élucidée ici est de savoir quel indicateur et quelle variable d’analyse utiliser ?Une considération de la monnaie au sens strict du terme revient à considérer l’agrégat monétaire M1 comme variable d’analyse. L’analyse du rapport de la monnaie étrangère ( xénomonnaie) au sens strict sur l’ensemble de cet agrégat monétaire donne le degré de dollarisation monétaire au sens strict d’un pays .L’extension de cette approche à l’ Agrégat M3-M1 permet de connaitre le degré de dollarisation financière d’un pays. L’analyse qui se réfère à l’ agrégat monétaire M3 c'est-à-dire la monnaie au sens large met en évidence la dollarisation monétaire au sens large du pays concerné .Dans cette analyse , l’agrégat M3 sera considéré comme la variable la plus apte à expliquer la dollarisation monétaire .De cet fait ,la dollarisation monétaire peut être appréhender en observant l’ évolution et la valeur de l’ indicateur dm3.
dm3= Billets et pièces dollarisés+ total des dépôts dollarisés/Masse monétaire en monnaies nationales et étrangère au sens de M3
Tableau 22: La dollarisation monétaire de l’Amérique latine au sens de M3
Argentine 1993Q1-2001Q3 Bolivie 1992Q4-2005Q3 Brésil 1996Q4-2005Q3 Chili 1995Q4-2005Q4 Colombie 1995Q1-2005Q4 Costa Rica 1993Q1-2005Q3 Mexique 1992Q4-2005Q4 Pérou 1993Q4-2005Q3
Déb pério 0,39 0,84 0,1 0,26 0,06 0,52 0,07 0,76
Fin pério 0,6 0,77 0,1 0,2 0,06 0,61 0,07 0,63
Minimum 0,39 0,77 0,09 0,19 0,03 0,49 0,06 0,61
Maximum 0,6 0,88 0,14 0,27 0,06 0,62 0,23 0,77
Moyenne 0,48 0,85 0,1 0,23 0,04 0,57 0,08 0,71
EcartType 0,05 0,03 0,01 0,01 0,01 0,04 0,03 0,03
Source :Colliac Stéphane [2006,p.133] .
Trois groupes de pays peuvent être formulés en matière de dollarisation monétaire au sens large en Amérique latine .Le premier groupe formé par les pays à faible dollarisation composé du Brésil ,de la Colombie et du Mexique .Dans ces trois pays ,l’ essentiel de la monnaie étrangère détenue l’est sous forme de billets et pièces .Ceci est normal au Brésil puisque les dépôts en monnaie étrangères sont proscrits. De fortes restrictions sur la détention de dépôts en monnaie étrangère explique également le résultat colombien .Le deuxième groupe est formé par des pays à dollarisation moyen dont fait parti l’Argentine et le Costa Rica .On remarque aussi que la dollarisation monétaire au sens de M3 est en augmentation dans ces deux pays. Le troisième groupe est formé par des pays à forte dollarisation monétaire. Il en est ainsi de la Bolivie et du Pérou. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que ces deux pays connaissent une concurrence monétaire à tous les niveaux. Toutefois, on remarque que la dollarisation monétaire suit une tendance baissière dans ces deux pays. Au Pérou, cela s’explique par l’adoption d’une politique de dédollarisation progressive par voie incitative. Cette stratégie à plusieurs piliers a pour but d’ancrer des anticipations de faible inflation au travers d’un ciblage direct et de favoriser l’endogénéisation du risque de change dans le calcul économique [ Colliac ,2006] .
Si la dollarisation a permis la stabilisation économique de certains pays et les a amené au régime de dédollarisation, elle ne l’est point pour d’autres. La Bosnie-Herzégovine, l’Israël, le Mexique, la Pologne et la Slovénie ont dédollarisé leur économie après avoir appliqué une politique crédible de lutte contre l’inflation. Dans certains de ces pays, la dédollarisation a été soutenue par des règlementations et même par une conversion forcée en monnaie nationale des actifs ou passifs en dollars. La persistance de la dollarisation après la stabilisation de la monnaie nationale amène bon nombre d’économistes à s’interroger sur l’effectivité réelle de ce régime monétaire .Par contre , les pays tentés par la dédollarisation forcée ont été victimes de la fuite des capitaux considérable .En 1982 au Mexique , elle a été estimée à 6,5 milliards de dollars. La Bolivie en 1982 et le Pérou en 1985 emboitent le pas du Mexique. Dans la mesure. Alan Greenspan a avertit à plusieurs reprises les candidats à la dollarisation intégrale que la Réserve Fédérale (FED) ne prendra pas en compte leur situation spécifique dans la conduite de sa politique monétaire .Cette position de Greenspan confirme évidement la position hégémonique du dollar américain sur le plan international. La dollarisation (voulue ou subit) par les PED marque ainsi une sorte de « soumission monétaire » vis-à-vis des Etats-Unis .C’est la manifestation la plus concrète de la dépendance financière des PED vis-à-vis de l’extérieur, en particulier vis-à-vis des Etats-Unis.
La dollarisation est l’une des formes apparentes de la perte de souveraineté monétaire des PED .L’expérience des pays de la zone franc CFA l’est aussi mais s’explique par un régime de domination monétaire différent.
3-La zone franc remet en cause la souveraineté monétaire des pays membres
Les pays dans la zone franc sont aussi concernés par le problème de souveraineté monétaire à travers l’accord de coopération monétaire avec la France. La zone Franc est le prolongement de l’accord de coopération entre la France et ses colonies intervenue en 1939 .Elle traduit la coopération entre quinze pays africains entre eux et la France , comprend huit pays d’Afrique de l’ Ouest ( Bénin , Burkina Faso , Cote d’Ivoire ,Guinée Bissau , Mali , Niger , Sénégal et Togo ) , six pays d’Afrique centrale ( Cameroun , Centrafrique, Congo ,Gabon ,Guinée équatoriale et Tchad) et les Comores .Comme le note Claveranne [ 2005, p .1] : « Simple union monétaire à l’origine , la zone franc s’est déployée depuis dans des nombreux autres domaines .Elle interpelle d’abord par son efficacité , celle d’avoir fait la stabilité monétaire une réalité vivace. Elle impressionne également par sa longévité , fruit de sa capacité d’adaptation , puisqu’elle est la seule de toutes les unions monétaires crées dans les années 1930 à avoir survécu ».Au delà de la coopération monétaire entre les Etas , la zone Franc reflète aussi une sorte de « tutelle monétaire » de la France à l’ égard des pays membres .Pour Certains [Samir Amin ,Mamadou Diara ,Kerlfalla Yanasé, Stanley Fisher ,Celestin Monga [1996] , etc] , elle constitue un frein au développement économique des pays de la zone , via l’ingérence monétaire de le France et leur perte de souveraineté monétaire .Pour d’autres , la stabilité monétaire , fruit de la zone franc reflète la nécessite de la pérennité de ce système .Une chose est sûre , la zone franc remet en cause la souveraineté monétaire des pays membres. Mais l’abandon de la zone franc comme le préconise certains économistes offre –t-il un avenir radieux aux pays de la zone franc ? Voilà la question qui mérite d’être posée et qui va attirer notre attention ici. Michel Lelart [ 2007] décrit la zone franc comme un Système Monétaire Franco-Africain (SMFA) . Pour Michel Lelart [Ibid , p .105-107] , le SMFA ( la zone Franc) est régit par trois principes :i)c’est un système de changes ; ii) c’est un système de règlements ;iii) c’est un système de crédits .En sa qualité de système de change , la zone franc assure la stabilité monétaire des membres des deux Banques centrales de la zone ( la BEAC et la BCEAO).La pérennité de la stabilité du CFA est assurée par la zone franc malgré la dévaluation de 50% de 1994 .La zone franc est aussi un système de règlements qui repose sur la convertibilité totale du franc CFA .Cette convertibilité est assurée par le compte d’opérations détenu par le trésor français. Par ce mécanisme de compte d’opérations ,les excédents et les déficits en position extérieure des pays de la zone sont assurés par la le Trésor français .Comme le note Michel Lelart [ Ibid, p.106] :« Cette convertibilité n’est pas limitée aux soldes d’interventions puisque les banques centrales n’interviennent pas sur les marchés mais à l’ensemble des opérations » . La zone franc est aussi un système de crédits dans la mesure où le compte d’opérations n’est pas ouvert à chaque Etat mais à chaque Banque centrale. Son solde reflète alors les positions excédentaires ou déficitaires des pays membres. Ils se financement mutuellement alors .Une position extérieure nette de l’ensemble de la zone se traduit par un compte d’opération créditeur qui va alimenter les réserves de changes de la France et non pas celles des pays membres (puisque, c’est la France qui détient ces réserves). Dans le cas contraire, si le solde du compte d’opérations est déficitaire (débiteur), c’est la France qui doit alimenter les devises nécessaires pour financer le trou et le financement de ce solde est illimité. Le découvert permanent et illimité est complété par des prêts à long terme accordés par la Caisse Française de Développement qui consent plus de 60% de ses crédits aux pays de la zone [ Ibid ,p ;107].Se référant aux trois principes de la zone franc évoqués par Michel Lelart ,la stabilité de la monnaie et la convertibilité de la zone franc doivent être considérés comme les deux arguments essentiels qui confortent encore le maintien de la zone franc .
Mais, la zone franc remet en cause aussi la souveraineté monétaire des pays membres, alors que la souveraineté monétaire est considérée comme un attribut essentiel d’un Etat souverain. La souveraineté est définie comme : « la qualité de l'État de n'être obligé ou déterminé que par sa propre volonté dans les limites du principe supérieur du droit et conformément au but collectif qu'il est appelé à réaliser » . La souveraineté monétaire comme nous l’ avons définie précédemment se traduit par : « la capacité de l’autorité monétaire à gérer sa politique monétaire sans avoir eu l’influence d’une autre entité au système monétaire en question ».Même si par leur statut ,les pays de la zone franc sont libres de choisir la parité de leur monnaie , dans la pratique , la France ne va pas les laisser prendre des mesures à son encontre car elle aussi tire profit de cet accord de coopération monétaire via les relations commerciales et financières entretenues avec les pays de la zone .Il serait alors , complètement utopique de penser que les pays de la zone franc pourraient prendre des mesures monétaires qui ne cadrent pas avec l’intérêt du pays sur lequel le franc CFA est gagée (la France ).Encore et pas la moindre , certes la stabilité est une bonne chose pour ces pays mais la durée et la pérennité de l’accord monétaire avec la France peut prendre fin à un certains moments. Jusque là , cette situation a été toujours évitée mais l’avenir n’assure pas forcement la pérennité de ce modèle de coopération monétaire .Si un jour pour des causes diverses : politique , économique , et ou financière , la France décide de mettre fin l’accord relatif à la zone franc , les pays membres seront dans une situation délicate .Encore , la responsabilité politique , économique et financière de ces pays doit être mise en avant .On se demande ainsi pourquoi des pays qui ont eu leur indépendance depuis près de cinquante ans n’arrivent pas encore à assurer leur propre destin et confiant une grande partie de leur gestion monétaire à l’ancienne puissance coloniale ? Cette situation se traduit évidement pas une sorte d’irresponsabilité des pays africains .Enfin, la plupart des études économiques qui essaient d’évaluer la différence entre les pays membres de la zone franc et ceux non membres ne montent pas vraiment de différences fondamentales entre ces pays. En termes de croissance économique, de développement, ou du cadre institutionnel, jusque-là , les pays de la zone franc malgré la stabilité de leur monnaie ne se détachent pas des autres pays africains comparables ( mis à part l’ Afrique du Sud et l’ Ile Maurice qui sont déjà au dessus du lot ).Cette situation trouve son fondement dans le fait que les pays de la zone franc ne disposent pas de marge de manœuvre d’ajustement de la politique économique
(politique monétaire) en cas de besoin. Les cadres règlementaires qui régissent l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain ( UEMOA) et de la Communauté Economique et Monétaire de l’ Afrique Centrale ( CEMAC) ne permettent pas aux autorités monétaires d’accorder plus de crédit aux gouvernements même en cas de besoin ( limité à 20 % des recettes de l’année précédente) .Les modèles de l’UEMOA et de la CEMAC sont largement inspirés du traité de Maastricht de 1992 .Dans ce sens Michel Lelart [1994] avance que : « c’est l’ expérience communautaire européenne qui a servit de base à l’ établissement de ces deux traités ( UEMOA et CEMAC ) ». Dans le cadre de la zone franc , les pays membres n’ont plus alors la prérogative de flexibilité de la politique monétaire ni budgétaire car ils sont contraints à respecter les critères de convergences qui conditionnent la pérennité de leur union . Pour toutes ces raisons évoquées, l'on peut se poser la question de savoir si les pays de la zone franc sont des pays souverains monétairement puisqu'ils n'ont pas le pouvoir de battre monnaie, un acte politique qui détruit les fondements de cette souveraineté. En plus, ces pays ont en commun une monnaie imposée depuis la période coloniale. Une chose est sûre, cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro (avec le franc français avant 1999) et surtout la liberté des transferts. Dans un système économique mondial guidé par la recherche de profit ,et des intérêts stratégiques ,c’est pas la faute de la France de perpétuer la zone franc quitte à intervenir même dans la gestion monétaire de ces pays via ses administrateurs au niveau de chaque banque centrale de la zone ( BEAC et BCEAO ).Aux pays de la zone alors d’affranchir ce système de « servitude monétaire » s’ils veulent vraiment prendre en main leur propre développement par leurs propres moyens.
Voilà telle est l’effectivité de la souveraineté monétaire des PED dans un monde de plus en plus financiarisé où le risque de crise est de plus en plus grand. A chacun, décideur, chercheur et citoyen alors de prendre en compte cette réalité là pour un monde future et harmonieux des PED.
PERSPECTIVE RECENTE DE LA SOUVERAINETE MONETAIRE DES PED
Le Système Monétaire International (SMI) d’aujourd’hui comme celui d’après guerre est marqué par une forte domination du dollar américain. L’hégémonie du dollar est une évidence malgré les disfonctionnements qu’a traversés l’économie américaine. Les Etats-Unis avec sa monnaie restent le cœur du SMI , alors que de l’ autre coté , il y a la périphérie essentiellement constituée des PED (émergents , et PMA) et les autres pays industrialisés .Des auteurs postkeynésiens dont Arestis et all [2005] dans le Journal Post-keynésian Economics ont mis en évidence la pérennité et la soutenabilité d’un tel système. Une des principales conclusions de cette étude est la création d’une monnaie internationale et d’une chambre de compensation chargée d’assurer l’ajustement des déséquilibres des banques centrales [Keynes , 1944] .Comme l’a bien résumé Michel Lelart [2007 ,p.22-24] : « sur le plan technique , le plan Keynes est un mécanisme de compensation, sur le plan financier c’est une procédure de crédit , sur le plan politique c’est la garantie d’une réelle symétrie ».Si la mise en place ou la faisabilité de ce plan reste en suspens , la domination des pays à monnaie forte ( les USA , la zone euro) sur les pays à monnaie faible (les PED ) restent une évidence .Le déséquilibre croissant des rapports financiers et monétaires au niveau mondial débouche régulièrement à une sorte d’asymétrie monétaire du SMI qui s’explique par la perte progressive ou totale de la souveraineté monétaire des PED . L’effectivité réelle de la souveraineté monétaire peut être appréhendée à travers leur régime monétaire et leur régime de change.
1-Remise en question de la souveraineté monétaire : l’asymétrie monétaire
La souveraineté monétaire est un concept très large et difficile à appréhender. Malgré les multitudes d’études relatives à la monnaie effectuées par des économistes théoriciens et / ou praticiens, ce concept reste toujours mal exploité même si ces études là dans la plupart des cas traitent le sujet d’une manière ou d’une autre. En règle générale , « la souveraineté d’un Etat est la qualité de l’ Etat de n’être obligé ou déterminé que par sa propre volonté dans les limites du principe supérieur du droit et conformément au but collectif qu’il est appelé à réaliser » [Le Fur , 1896] .Pour simplifier dans cette étude, la souveraineté monétaire sera définie comme « la capacité d’ un pays à mener à bien sa politique monétaire sans avoir eu d’une manière ou d’une autre l’ingérence d’autre pays ou organisation extérieure au système monétaire en question et qui ne remet pas en cause la souveraineté de la nation ». Cette définition ramène aux différentes perspectives monétaires des PED qui ont largement changé durant les deux dernières décennies .Il en est ainsi des études relatives au régime de change, la zone monétaire, la dollarisation, les currency board. Ces variantes multifacettes de l ‘économie monétaire font toujours intervenir le concept de souveraineté monétaire mais de degré différent. Dans tous les cas de figure ,l’arbitrage et le rapport de force entre la monnaie cœur (dollar et l’euro) et la périphérie ( la monnaie des PED ) constitue les principaux déterminants de la souveraineté monétaire des PED. Si sur le plan monétaire, les Etats-Unis et la zone euro ne souffrent pas de restrictions de souveraineté monétaire, la plupart des PED en souffre beaucoup et subit régulièrement d’une manière ou d’une autre l’hégémonie des monnaies fortes dont le dollar, l’euro et l’ yen. Ce déséquilibre du rapport monétaire entre le centre et la périphérie est appelé régulièrement « Asymétrie monétaire » qui est la forme la plus visible de la « soumission monétaire » des PED vis-à-vis des pays cœurs dont les Etats-Unis.
Se référant à la définition précédente, la capacité d’un gouvernement (ou autorité monétaire) à gérer librement, sans contrainte ni dépendance extérieure de l’instrument monétaire peut être qualifiée de souveraineté monétaire, une des variantes de la nature et du degré de dépendance financière vis-à-vis de l’extérieur. Une nation qui émet sa propre monnaie est au moins en partie souveraine. On parle ici de « souveraineté monétaire de fait » .Toutefois, la capacité d’émission de monnaie (et des instruments y relatifs) n’est pas la seule forme de souveraineté monétaire. Il y a ainsi des pays qui ont leur propre monnaie, leur propre banque centrale mais qui sont obligés de fait à recourir à des monnaies étrangères afin de stabiliser leur monnaie ou leur économie (Currency board, dollarisation).Il importe de rappeler qu’entre un Etat pleinement souverain et un Etat qui ne l’est point, il existe une infinité de souveraineté monétaire imparfaite. La définition chartalisme de la monnaie implique qu’une autorité monétaire pleinement souveraine peut jouer sans influence excessive sur la valorisation de l’instrument monétaire [Knapp, 1973 et Schumpeter, 2004].En d’autres termes, c’est le crédit que les utilisateurs de la monnaie confèrent à son émetteur qui détermine sa valeur. A la différence du chartalisme , le « métallisme théorique » nie tout rôle à l’institution émettrice dans l’ établissement des conditions nécessaires à la valorisation de l’ instrument monétaire. Pour ce courant, la monnaie n’a ni valeur intrinsèque, ni la valeur dérivée que lui confère l’institution émettrice. Elle ne vaut que par la garantie associée, c'est-à-dire par exemple une certaine quantité de métal ou d’une monnaie. L’existence du péché originel [Eichengereen ,1999] ou la dollarisation des dettes en est l’exemple concret. La traduction moderne de la monnaie est la monnaie souveraine et obéit à une définition chartaliste. Sa valeur lui est conférée ainsi par l’institution émettrice. Cependant, plus ce crédit diminue, plus le « métallisme pratique » dévient nécessaire pour rétablir une valorisation suffisante de la monnaie nationale. Le pouvoir économique local est ainsi obligé de fait à restreindre sa souveraineté monétaire même s’il dispose encore certaines prérogatives. L’assemble et l’ accumulation des restrictions contraintes de souveraineté monétaire amènent les pays qui les subissent dans la périphérie monétaire , c'est-à-dire dans une sorte de dépendance vis-à-vis d’une ou plusieurs monnaies représentatives dont le dollar , l’ euro et le Yen .Cette situation est sans aucun doute la preuve tangible de l’ asymétrie monétaire entre les pays du centre et les PED qui évidement montre la perte progressive ou totale de leur souveraineté monétaire .La dollarisation et la zone franc CFA en sont des exemples formels.
2-La dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire des PED
Ici, dans un premier temps, dans un premier temps , on va aborder la relation existante entre la dollarisation et la souveraineté monétaire. Ensuite, les faits stylisés de la dollarisation vont corroborer notre hypothèse selon laquelle la dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire des PED.
2-1-Dollarisation et souveraineté monétaire : quelle relation ?
La dollarisation est un instrument de politique monétaire très en vogue en Amérique latine vers le début des années 1980 et y a pris de l’ampleur vers les années 1990 avant de s’élargir par la suite vers d’autres pays d’Asie et d’Afrique .Ce terme est devenu familier dans le cercle des économistes ces derniers temps et constitue même un thème brulant des conférences, études et séminaires économiques. Au sens strict, la dollarisation désigne « l’abandon d’une monnaie nationale au profit du dollar américain ». Salama [ 1998 , p.8] définit la dollarisation comme « l’ évolution selon laquelle le dollar s’impose de plus en plus comme réserve de valeur , unité de compte et parfois intermédiaire des échanges pour certains produits ».Bourguinat et Dohni [2002,p.59] reformulent une définition voisine puisqu’ils la désignent comme « le processus de remplacement par le dollar des Etats-unis des monnaies nationales préexistantes en tant qu’unité de fixation des prix des biens , d’instrument des paiements et de détention de l’épargne ».Au sens large du terme ,la dollarisation peut être définie comme « un système en vertu duquel un pays renonce entièrement ou partiellement à utiliser sa propre monnaie et adopte comme moyen légal ou moyen de paiement une devise mondiale stable ( le dollar ,l’ euro ») . Plusieurs typologies de dollarisation peuvent être envisagées suivant le degré de pénétration, d’utilisation et d’officialisation de la devise en question dans le pays concerné. On distingue ainsi la dollarisation intégrale et officielle de la dollarisation partielle et officieuse .La dollarisation intégrale et officielle est assimilée à un processus de substitution d’une monnaie étrangère à la monnaie nationale , ce sont alors les modèles de substitution qui sont privilégiés comme outils d’analyse .La dollarisation partielle et officieuse quant à elle articule la réflexion sur l’ analyse de cout/ avantages de la décision de faire disparaitre la monnaie nationale au profit d’une monnaie étrangère[Ponsot ,2003]. Qu’on soit dans un régime de dollarisation totale ou partielle, la souveraineté monétaire du pays concerné est en jeu. La question n’est pas ici alors de savoir quelle régime favoriser mais de savoir comment et dans quelle mesure la dollarisation remet en cause la souveraineté monétaire du pays dollarisé.
Si la dollarisation officielle et intégrale via l’abandon de l’exclusivité monétaire s’apparente comme une perte totale de la souveraineté monétaire du pays concerné, la dollarisation partielle et de facto se traduit par une crise de légitimité de l’unité de compte domestique qui érode progressivement la souveraineté monétaire. L’analyse fonctionnaliste de la monnaie qui privilégie l’approche en termes de substitution d’actifs et de substitution monétaire permet de connaitre le degré de dollarisation d’une économie alors que l’approche institutionnelle qui met en avant son identité qui caractérise un pays ou une région quelconque renvoie au concept de souveraineté monétaire. Dans cette étude, l’approche institutionnaliste (chartaliste) est mise en avant sans oublier l’apport de l’approche fonctionnaliste.
La dollarisation est un phénomène qui date déjà plus d’un siècle. En effet, jusqu’à une date récente, seul le Panama parmi les pays de taille significative avait opté dès 1904 pour une dollarisation officielle. Or, l’Equateur et le Timor oriental en 2000, le Salvador en 2001 ont choisi à leur tour la monnaie américaine comme moyen de paiement sur leur territoire, renonçant ainsi à toute souveraineté monétaire. Le Nicaragua et le Costa-Rica pourraient se laisser séduire dans un avenir plus ou moins proche. Si l’Argentine a hésité de franchir le pas à maintes hésitations, on notera qu’il existe une double circulation incluant le dollar au Guatemala [Minda ,2005] .Cette amplification de la dollarisation totale reflète le souci des dirigeants latino-américains à stabiliser leur monnaie après les fortes secousses financières qui caractérisent les années 1990 .L’adoption d’un régime de dollarisation totale est un choix lourd de conséquence. L’abandon d’une monnaie nationale au profit d’une monnaie étrangère est un choix presque irréversible sinon nécessite un long processus de dédollarisation. Comme le note Minda [2005] : « Combien de monnaie des pays indépendants ont retrouvé leur pouvoir libératoire après avoir perdu leur cours légal ? A part le Liberia dans la zone dollar, le Botswana et le Swaziland dans la zone rand, l’exemple ne sont pas légion ».
Si dans le passé, la plupart des études relatives à ce régime monétaire se sont orientés à la dollarisation partielle, le questionnement sur le régime de dollarisation intégrale commence à prendre de l’ampleur ces dernières années. Ce changement de cap a été opéré dans le cadre de la recherche des « solutions en coins » ou « corner solutions » qui commence à prendre de l’ampleur après les crises financières successives des années 1990 dans les pays émergents durant lesquelles l’Amérique latine et l’Asie du Sud Est ont été les principaux victimes .Bon nombre d’éminents économistes ont ainsi essayé de rompre avec les régimes dites intermédiaires. Entre le choix d’un flottement libre et d’un ancrage total, ils ont préféré adopté un autre régime qu’est la dollarisation totale ou intégrale supposée capable d’enrayer l’instabilité monétaire de ces pays.
Une question cruciale qui mérite d’être posée est ainsi de savoir si la dollarisation intégrale constitue un régime monétaire optimal pour la stabilité monétaire et le décollage économique des pays latino-américains en particulier et les PED dans l’ensemble ?
Peser le pour et le contre de la dollarisation n’est pas chose facile .Les partisans de la dollarisation mettent en avant les avantages suivants :crédibilité renforcée des gouvernements face aux crises de change d’où une baisse des taux d’intérêt par diminution de la prime de risque ;réduction de l’inflation et baisse des couts de transaction d’où une plus grande intégration commerciale , financière et fiscale ;abandon du financement par création monétaire ce qui favorise le secteur bancaire , meilleure prévention des crises d’endettement, approfondissement des systèmes financiers .En tout état de cause , la dollarisation est considérée comme source de stabilité monétaire et financière du pays dollarisé. Les pays qui entretiennent des relations commerciales et financières très étroites avec les Etats-unis sont le premier groupe de pays qui mérite d’être dollarisé totalement .Le Panama en est l’exemple concret. Le deuxième groupe concerne les pays qui souffrent d’un désordre politique de grande ampleur comme l’Equateur et le Salvador, le Timor et les pays en décomposition.
Les opposants à la dollarisation totale tournent leur objection autour de cinq types d’arguments : la perte d’indépendance de la politique monétaire, abandon de la politique de change, perte du droit de seigneuriage, disparition du prêteur en dernier ressort et limitation des instruments contra-cycliques. Ici, c’est la perte de la souveraineté monétaire qui est en jeu. La dollarisation est percue ici comme symptômes de malaise profond, celui de la perte de la légitimité de la monnaie domestique. Elle est la crise de l’institution-monnaie et met mal la souveraineté monétaire. Comme l’a noté Théret [1998, p.27] : « La monnaie est un symbole fort d’appartenance à une même entité politique, économique et sociale » .Pour Anderson [1991] : « Elle est vecteur d’indentification au sein d’une communauté imaginaire au même titre que le drapeau, les emblèmes, les langues, l’hymne, etc ».La dimension symbolique et identitaire de la monnaie nécessite que celle-ci soit avant tout unité de compte et plus précisément unité de compte unique. Keynes [ 1930] et Knapp sont les deux auteurs de la première moitié du XXème siècle qui ont mis l’ accent sur « le primat de l’ unité de compte ».Cette conception est aujourd’hui largement développée par des auteurs postkeynésiens en particulier l’ approche néo-chartaliste de Wray ou celle qui privilégie les questions de souveraineté monétaire .Dès la première ligne de son traité sur la monnaie [ 1930] , Keynes explique que l’unité de compte ( money of account) ,c'est-à-dire dans laquelle les dettes , les prix ; le pouvoir d’achat général sont exprimés est le concept premier de la théorie de la monnaie [Keynes ,1971, p . 3] .La dollarisation entraine un détachement de l’unité de compte domestique par les agents économiques. Comme l’Affirme Aglietta
[2001] : « Un régime monétaire viable dépend de la persistance dans le temps de la confiance placée dans l’unité de compte et sa stabilité constitue le point essentiel de cette confiance ». En bref, suivant le cas (dollarisation partielle ou intégrale), la dollarisation prive les pays dollarisés de leur autonomie monétaire et /ou leur exclusivité monétaire qui sont les attributs essentiels de la souveraineté monétaire d’un Etat.
Dans un régime de dollarisation totale, ces situations évoquées doivent être alors vérifiées, tandis que dans un système de dollarisation partielle, elles seront accomplies partiellement suivant le cas qui se présente. Pour revenir à nos moutons, il convient de rappeler qu’il est extrêmement difficile de faire un bilan objectif des avantages et couts de la dollarisation intégrale .D’une part , le Panama est officiellement le seul pays qui a une longue expérience en matière de dollarisation ( depuis 1904) .En plus , le lien de plus en plus étroit entre ce pays et les Etats-unis biaise toute tentative d’analyse en termes de couts- avantages .D’autre part, l’expérience récente des pays officiellement dollarisés comme l’ Equateur [1999] ,le Salvador[ 2001] , le Timor [2000] ne permettent pas vraiment d’avoir une vision large pour une appréhension réelle de ce phénomène . En tout état de cause, l’évaluation des avantages et couts de la dollarisation intégrale nécessite la prise en compte des structures économiques, sociales et politiques des pays candidats .Toutefois, il importe de noter que malgré les avantages que procurent la dollarisation intégrale, ce régime monétaire ne doit pas être adopté qu’en dernier recours. L’utilisation du dollar pour les transactions réelles et financières est souvent une réaction des citoyens ou des pouvoirs publics d’un pays à l’instabilité de la monnaie nationale. Malgré la stabilité monétaire qu’elle apporte, la dollarisation peut rendre le système financier plus vulnérable aux crises de liquidités et de solvabilité et surtout source de la perte de la souveraineté monétaire du pays en question. Dans un pays dollarisé, la perte de la souveraineté monétaire prive les autorités monétaires à prendre des mesures alternatives aux chocs extérieurs sans oublier la perte de l’identité monétaire considérée comme un symbole fort d’un Etat souverain moderne [Théret, 2003].La dollarisation favorise alors la dépendance financière du pays concerné au pays émetteur de la xénomonnaie (le dollar).
En raison de son cout d’opportunité, l’abandon d’une monnaie nationale pour une devise étrangère constitue une solution de dernier recours à l’instabilité financière et monétaire des pays latino-américains. Malgré quelques avantages spécifiques, il est illusoire d’envisager ce régime monétaire comme un miracle pour réduire l’instabilité monétaire des pays émergents et de surcroit du SMI. La gestion passive du dollar par les autorités américaines corrobore ce constat. Une dollarisation partielle des PED en particulier des pays émergents ( ce qui est un fait pour bon nombre de pays) est alors inévitable vue l’hégémonie du dollar américain et la puissance économique des Etats-unis .La limite de la soutenabilité des déficits jumeaux américains (depuis 2000) est de l’autre coté un signe avant coureur des risques d’une dollarisation totale. La gestion du dollar par la FED avec les conséquences qui s’ensuivent ne vont pas suffir à limiter les dégâts d’une dollarisation intégrale dans les pays qui souhaitent l’appliquer. D’autant plus que la FED n’a jamais décidé de coopérer pour atténuer les effets désastreux de la dollarisation dans les pays dollarisés. Encore, la nouvelle configuration du SMI, résultat de la crise financière actuelle ne permet plus les Etats-unis à se comporter comme avant.
2-2-Faits stylisés de la dollarisation :la dollarisation partielle
L’appréhension de la dollarisation peut être analysée à deux niveaux :la dollarisation intégrale et la dollarisation partielle .Si dans la plupart des cas , la dollarisation intégrale est assimilée à la dollarisation officielle et de jure ,la dollarisation partielle quant à elle fait référence à la dollarisation officieuse et de facto. Dans le fait, cette délimitation peut être contrariée par des pratiques et des réalités tout à fait différentes de ce que l’on pense ou de ce que l’on croit. Dans ce qui suit, la dollarisation partielle sera mise en avant vue l’importance capitale de ce régime monétaire dans bon nombre des PED. La dollarisation intégrale sera laissée de coté dans la mesure où il n’y a qu’un nombre limité de pays dont le Panama, l’Equateur, le Salvador, le Guatemala, le Timor Oriental qui l’ont adopté. En plus, la souveraineté monétaire de ces pays est déjà entièrement bafouée par ce régime. On ne voit plus alors l’intérêt d’accorder trop d’importance à ce régime monétaire d’autant plus que cette question est déjà presque traitée auparavant.
La dollarisation partielle se réfère à une approche fonctionnaliste de la monnaie (Money is what money does) et invite à assimiler la dollarisation à un processus de substitution .Dans cette optique, la dollarisation ne décrit rien d’autre que la substitution par les résidents de la monnaie interne par une monnaie externe dans ses trois fonctions : unité de compte, intermédiaire des échanges (moyen de paiement), réserve de valeur. Ce régime de dollarisation privilégie le modèle de substitution qui se traduit par la volonté des agents de diversifier et de protéger leurs actifs contre les risques de dévaluation de la monnaie nationale. Il convient à cet égard de faire une distinction entre les deux motifs de la demande de monnaie étrangère : la substitution monétaire et la substitution d’actifs financiers. Les modèles de substitution monétaire (currency substitution) renvoient aux situations dans lesquelles existe une demande de monnaie étrangère pour assurer les fonctions d’unité de compte et de moyen de paiement. La xénomonnaie (le dollar) devient le principal instrument de la circulation monétaire. Ce cas de figure se manifeste dans une situation d’hyperinflation qui rend les couts d’utilisation de la monnaie nationale trop élevés pour réaliser les transactions et incitent les agents à trouver des instruments monétaires alternatifs [Balino, 1999, p.5] .Cette forme de dollarisation a connu un développement notable dans les pays d’Amérique latine et certains pays d’Asie après la stabilisation de l’inflation.
La substitution d’actifs financiers (assets substitution) quant à elle est une tendance qui découle de l’évaluation du risque et des possibilités de rendement des actifs libellés en monnaie nationale et en devise. Les actifs libellés en monnaie étrangère protègent leurs détenteurs des risques macroéconomiques à l’ exemple de l’instabilité des prix et des longues périodes de dépression qui ont ébranlé bon nombre des PED .Ce modèle fait ainsi l’ arbitrage entre la portefeuille des actifs domestiques et les actifs étrangers.
L’analyse en termes de substitution monétaire et de substitution d’actifs permet d’apprécier le degré de pénétration du dollar dans un pays donné. Jusqu’à une période récente, les mesures du degré de dollarisation se sont polarisées essentiellement sur les phénomènes de substitution d’actifs, plus particulièrement les dépôts dans les banques domestiques. Aujourd’hui, le principal indice utilisé pour mesurer la dollarisation est celui qui donne un aperçu de la dollarisation des dépôts (ratio foreign currency deposits /broad money) [Ponsot, 2003] .Il ressort de l' étude de Socorro [2006] sur la période 1996 à 2001 qu'à l’ exception des caraïbes et des pays développés , les autres régions assistent à une hausse notable du ratio relatif à la dollarisation en termes de dépôts .Cette hausse est manifeste que ce soit en Amérique du sud , dans l’ économie en transition ,au Moyen Orient , en Afrique ou en Asie .Une tendance à la dollarisation du monde est ainsi observée ces dernières années si on se réfère à cet indicateur. A titre d’illustration, en Amérique latine dans les pays comme l’Argentine, le Pérou et le Chili, les dépôts en dollars excédent même les dépôts en monnaie nationale (supérieure à 65%).Une des conséquences néfastes de la dollarisation partielle est le risque de liquidité et de solvabilité. La non- évaluation de ces risques peut être source des retraits massifs de dépôts bancaires et de crise financière .Comme l’a expliqué Socorro [2006], le risque de liquidité s’explique par la non-couverture des passifs en dollars des banques. Une augmentation supposée du risque-pays ou de risque bancaire pourrait pousser les déposants ou autre créanciers à convertir leurs dépôts ou ligne de crédit en dollars liquides ou à les transférer à l’étranger. Les passifs en dollars doivent être réglés au pair contre des monnaies étrangères. Cette situation peut déboucher à un épuisement total des réserves de change de la banque centrale dans le cas où les actifs liquides en dollars à l’étranger ne couvrent pas les passifs en dollars. C’est le cas de l’ Argentine et du Pérou où la dollarisation des dépôts est beaucoup plus faible que la dollarisation des prêts accordés par le système bancaire domestique .La tendance inverse est observée en Turquie et en Uruguay. Certains pays sont alors plus exposés et vulnérables en cas de dévaluation. La peur de la dévaluation (fear offloating) s’accentue ainsi au fur et à mesure que la dollarisation de la dette augmente [ Calvo ,Reinhart].Une détérioration de la situation économique peut provoquer aussi des ruées bancaires comme a été le cas du Mexique en 1982 ,l’ Argentine et l’ Uruguay en 2001 et la Bolivie en 2003 .
Dans les pays dollarisés, les risques de liquidité résultent d’un déséquilibre entre les actifs et les passifs en monnaies étrangères, ainsi que les effets d’une forte dépréciation de la monnaie nationale. Quand les passifs en monnaie étrangères d’une banque excédent ses actifs en ces monnaies, une dépréciation de la monnaie nationale réduira sa valeur nette et pourrait compromettre sa solvabilité. C’est ce se passe lorsqu’une banque accepte des dépôts en monnaies étrangers et accorde des prêts en monnaie nationale.
Orienter l’analyse de la dollarisation en termes de substitution d’actifs se traduit par une priorisation de la fonction de réserve de valeur de la monnaie aux détriments des deux autres fonctions de la monnaie (moyen de paiement, unité de compte).Des études récentes ont essayé de remédier à cette restriction donnant plus de priorité à la substitution monétaire c'est-à-dire le rôle relatif de la xénomonnaie par rapport à la circulation monétaire locale. Une des questions fondamentales qui mérite d’être élucidée ici est de savoir quel indicateur et quelle variable d’analyse utiliser ?Une considération de la monnaie au sens strict du terme revient à considérer l’agrégat monétaire M1 comme variable d’analyse. L’analyse du rapport de la monnaie étrangère ( xénomonnaie) au sens strict sur l’ensemble de cet agrégat monétaire donne le degré de dollarisation monétaire au sens strict d’un pays .L’extension de cette approche à l’ Agrégat M3-M1 permet de connaitre le degré de dollarisation financière d’un pays. L’analyse qui se réfère à l’ agrégat monétaire M3 c'est-à-dire la monnaie au sens large met en évidence la dollarisation monétaire au sens large du pays concerné .Dans cette analyse , l’agrégat M3 sera considéré comme la variable la plus apte à expliquer la dollarisation monétaire .De cet fait ,la dollarisation monétaire peut être appréhender en observant l’ évolution et la valeur de l’ indicateur dm3.
dm3= Billets et pièces dollarisés+ total des dépôts dollarisés/Masse monétaire en monnaies nationales et étrangère au sens de M3
Tableau 22: La dollarisation monétaire de l’Amérique latine au sens de M3
Argentine 1993Q1-2001Q3 Bolivie 1992Q4-2005Q3 Brésil 1996Q4-2005Q3 Chili 1995Q4-2005Q4 Colombie 1995Q1-2005Q4 Costa Rica 1993Q1-2005Q3 Mexique 1992Q4-2005Q4 Pérou 1993Q4-2005Q3
Déb pério 0,39 0,84 0,1 0,26 0,06 0,52 0,07 0,76
Fin pério 0,6 0,77 0,1 0,2 0,06 0,61 0,07 0,63
Minimum 0,39 0,77 0,09 0,19 0,03 0,49 0,06 0,61
Maximum 0,6 0,88 0,14 0,27 0,06 0,62 0,23 0,77
Moyenne 0,48 0,85 0,1 0,23 0,04 0,57 0,08 0,71
EcartType 0,05 0,03 0,01 0,01 0,01 0,04 0,03 0,03
Source :Colliac Stéphane [2006,p.133] .
Trois groupes de pays peuvent être formulés en matière de dollarisation monétaire au sens large en Amérique latine .Le premier groupe formé par les pays à faible dollarisation composé du Brésil ,de la Colombie et du Mexique .Dans ces trois pays ,l’ essentiel de la monnaie étrangère détenue l’est sous forme de billets et pièces .Ceci est normal au Brésil puisque les dépôts en monnaie étrangères sont proscrits. De fortes restrictions sur la détention de dépôts en monnaie étrangère explique également le résultat colombien .Le deuxième groupe est formé par des pays à dollarisation moyen dont fait parti l’Argentine et le Costa Rica .On remarque aussi que la dollarisation monétaire au sens de M3 est en augmentation dans ces deux pays. Le troisième groupe est formé par des pays à forte dollarisation monétaire. Il en est ainsi de la Bolivie et du Pérou. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que ces deux pays connaissent une concurrence monétaire à tous les niveaux. Toutefois, on remarque que la dollarisation monétaire suit une tendance baissière dans ces deux pays. Au Pérou, cela s’explique par l’adoption d’une politique de dédollarisation progressive par voie incitative. Cette stratégie à plusieurs piliers a pour but d’ancrer des anticipations de faible inflation au travers d’un ciblage direct et de favoriser l’endogénéisation du risque de change dans le calcul économique [ Colliac ,2006] .
Si la dollarisation a permis la stabilisation économique de certains pays et les a amené au régime de dédollarisation, elle ne l’est point pour d’autres. La Bosnie-Herzégovine, l’Israël, le Mexique, la Pologne et la Slovénie ont dédollarisé leur économie après avoir appliqué une politique crédible de lutte contre l’inflation. Dans certains de ces pays, la dédollarisation a été soutenue par des règlementations et même par une conversion forcée en monnaie nationale des actifs ou passifs en dollars. La persistance de la dollarisation après la stabilisation de la monnaie nationale amène bon nombre d’économistes à s’interroger sur l’effectivité réelle de ce régime monétaire .Par contre , les pays tentés par la dédollarisation forcée ont été victimes de la fuite des capitaux considérable .En 1982 au Mexique , elle a été estimée à 6,5 milliards de dollars. La Bolivie en 1982 et le Pérou en 1985 emboitent le pas du Mexique. Dans la mesure. Alan Greenspan a avertit à plusieurs reprises les candidats à la dollarisation intégrale que la Réserve Fédérale (FED) ne prendra pas en compte leur situation spécifique dans la conduite de sa politique monétaire .Cette position de Greenspan confirme évidement la position hégémonique du dollar américain sur le plan international. La dollarisation (voulue ou subit) par les PED marque ainsi une sorte de « soumission monétaire » vis-à-vis des Etats-Unis .C’est la manifestation la plus concrète de la dépendance financière des PED vis-à-vis de l’extérieur, en particulier vis-à-vis des Etats-Unis.
La dollarisation est l’une des formes apparentes de la perte de souveraineté monétaire des PED .L’expérience des pays de la zone franc CFA l’est aussi mais s’explique par un régime de domination monétaire différent.
3-La zone franc remet en cause la souveraineté monétaire des pays membres
Les pays dans la zone franc sont aussi concernés par le problème de souveraineté monétaire à travers l’accord de coopération monétaire avec la France. La zone Franc est le prolongement de l’accord de coopération entre la France et ses colonies intervenue en 1939 .Elle traduit la coopération entre quinze pays africains entre eux et la France , comprend huit pays d’Afrique de l’ Ouest ( Bénin , Burkina Faso , Cote d’Ivoire ,Guinée Bissau , Mali , Niger , Sénégal et Togo ) , six pays d’Afrique centrale ( Cameroun , Centrafrique, Congo ,Gabon ,Guinée équatoriale et Tchad) et les Comores .Comme le note Claveranne [ 2005, p .1] : « Simple union monétaire à l’origine , la zone franc s’est déployée depuis dans des nombreux autres domaines .Elle interpelle d’abord par son efficacité , celle d’avoir fait la stabilité monétaire une réalité vivace. Elle impressionne également par sa longévité , fruit de sa capacité d’adaptation , puisqu’elle est la seule de toutes les unions monétaires crées dans les années 1930 à avoir survécu ».Au delà de la coopération monétaire entre les Etas , la zone Franc reflète aussi une sorte de « tutelle monétaire » de la France à l’ égard des pays membres .Pour Certains [Samir Amin ,Mamadou Diara ,Kerlfalla Yanasé, Stanley Fisher ,Celestin Monga [1996] , etc] , elle constitue un frein au développement économique des pays de la zone , via l’ingérence monétaire de le France et leur perte de souveraineté monétaire .Pour d’autres , la stabilité monétaire , fruit de la zone franc reflète la nécessite de la pérennité de ce système .Une chose est sûre , la zone franc remet en cause la souveraineté monétaire des pays membres. Mais l’abandon de la zone franc comme le préconise certains économistes offre –t-il un avenir radieux aux pays de la zone franc ? Voilà la question qui mérite d’être posée et qui va attirer notre attention ici. Michel Lelart [ 2007] décrit la zone franc comme un Système Monétaire Franco-Africain (SMFA) . Pour Michel Lelart [Ibid , p .105-107] , le SMFA ( la zone Franc) est régit par trois principes :i)c’est un système de changes ; ii) c’est un système de règlements ;iii) c’est un système de crédits .En sa qualité de système de change , la zone franc assure la stabilité monétaire des membres des deux Banques centrales de la zone ( la BEAC et la BCEAO).La pérennité de la stabilité du CFA est assurée par la zone franc malgré la dévaluation de 50% de 1994 .La zone franc est aussi un système de règlements qui repose sur la convertibilité totale du franc CFA .Cette convertibilité est assurée par le compte d’opérations détenu par le trésor français. Par ce mécanisme de compte d’opérations ,les excédents et les déficits en position extérieure des pays de la zone sont assurés par la le Trésor français .Comme le note Michel Lelart [ Ibid, p.106] :« Cette convertibilité n’est pas limitée aux soldes d’interventions puisque les banques centrales n’interviennent pas sur les marchés mais à l’ensemble des opérations » . La zone franc est aussi un système de crédits dans la mesure où le compte d’opérations n’est pas ouvert à chaque Etat mais à chaque Banque centrale. Son solde reflète alors les positions excédentaires ou déficitaires des pays membres. Ils se financement mutuellement alors .Une position extérieure nette de l’ensemble de la zone se traduit par un compte d’opération créditeur qui va alimenter les réserves de changes de la France et non pas celles des pays membres (puisque, c’est la France qui détient ces réserves). Dans le cas contraire, si le solde du compte d’opérations est déficitaire (débiteur), c’est la France qui doit alimenter les devises nécessaires pour financer le trou et le financement de ce solde est illimité. Le découvert permanent et illimité est complété par des prêts à long terme accordés par la Caisse Française de Développement qui consent plus de 60% de ses crédits aux pays de la zone [ Ibid ,p ;107].Se référant aux trois principes de la zone franc évoqués par Michel Lelart ,la stabilité de la monnaie et la convertibilité de la zone franc doivent être considérés comme les deux arguments essentiels qui confortent encore le maintien de la zone franc .
Mais, la zone franc remet en cause aussi la souveraineté monétaire des pays membres, alors que la souveraineté monétaire est considérée comme un attribut essentiel d’un Etat souverain. La souveraineté est définie comme : « la qualité de l'État de n'être obligé ou déterminé que par sa propre volonté dans les limites du principe supérieur du droit et conformément au but collectif qu'il est appelé à réaliser » . La souveraineté monétaire comme nous l’ avons définie précédemment se traduit par : « la capacité de l’autorité monétaire à gérer sa politique monétaire sans avoir eu l’influence d’une autre entité au système monétaire en question ».Même si par leur statut ,les pays de la zone franc sont libres de choisir la parité de leur monnaie , dans la pratique , la France ne va pas les laisser prendre des mesures à son encontre car elle aussi tire profit de cet accord de coopération monétaire via les relations commerciales et financières entretenues avec les pays de la zone .Il serait alors , complètement utopique de penser que les pays de la zone franc pourraient prendre des mesures monétaires qui ne cadrent pas avec l’intérêt du pays sur lequel le franc CFA est gagée (la France ).Encore et pas la moindre , certes la stabilité est une bonne chose pour ces pays mais la durée et la pérennité de l’accord monétaire avec la France peut prendre fin à un certains moments. Jusque là , cette situation a été toujours évitée mais l’avenir n’assure pas forcement la pérennité de ce modèle de coopération monétaire .Si un jour pour des causes diverses : politique , économique , et ou financière , la France décide de mettre fin l’accord relatif à la zone franc , les pays membres seront dans une situation délicate .Encore , la responsabilité politique , économique et financière de ces pays doit être mise en avant .On se demande ainsi pourquoi des pays qui ont eu leur indépendance depuis près de cinquante ans n’arrivent pas encore à assurer leur propre destin et confiant une grande partie de leur gestion monétaire à l’ancienne puissance coloniale ? Cette situation se traduit évidement pas une sorte d’irresponsabilité des pays africains .Enfin, la plupart des études économiques qui essaient d’évaluer la différence entre les pays membres de la zone franc et ceux non membres ne montent pas vraiment de différences fondamentales entre ces pays. En termes de croissance économique, de développement, ou du cadre institutionnel, jusque-là , les pays de la zone franc malgré la stabilité de leur monnaie ne se détachent pas des autres pays africains comparables ( mis à part l’ Afrique du Sud et l’ Ile Maurice qui sont déjà au dessus du lot ).Cette situation trouve son fondement dans le fait que les pays de la zone franc ne disposent pas de marge de manœuvre d’ajustement de la politique économique
(politique monétaire) en cas de besoin. Les cadres règlementaires qui régissent l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain ( UEMOA) et de la Communauté Economique et Monétaire de l’ Afrique Centrale ( CEMAC) ne permettent pas aux autorités monétaires d’accorder plus de crédit aux gouvernements même en cas de besoin ( limité à 20 % des recettes de l’année précédente) .Les modèles de l’UEMOA et de la CEMAC sont largement inspirés du traité de Maastricht de 1992 .Dans ce sens Michel Lelart [1994] avance que : « c’est l’ expérience communautaire européenne qui a servit de base à l’ établissement de ces deux traités ( UEMOA et CEMAC ) ». Dans le cadre de la zone franc , les pays membres n’ont plus alors la prérogative de flexibilité de la politique monétaire ni budgétaire car ils sont contraints à respecter les critères de convergences qui conditionnent la pérennité de leur union . Pour toutes ces raisons évoquées, l'on peut se poser la question de savoir si les pays de la zone franc sont des pays souverains monétairement puisqu'ils n'ont pas le pouvoir de battre monnaie, un acte politique qui détruit les fondements de cette souveraineté. En plus, ces pays ont en commun une monnaie imposée depuis la période coloniale. Une chose est sûre, cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro (avec le franc français avant 1999) et surtout la liberté des transferts. Dans un système économique mondial guidé par la recherche de profit ,et des intérêts stratégiques ,c’est pas la faute de la France de perpétuer la zone franc quitte à intervenir même dans la gestion monétaire de ces pays via ses administrateurs au niveau de chaque banque centrale de la zone ( BEAC et BCEAO ).Aux pays de la zone alors d’affranchir ce système de « servitude monétaire » s’ils veulent vraiment prendre en main leur propre développement par leurs propres moyens.
Voilà telle est l’effectivité de la souveraineté monétaire des PED dans un monde de plus en plus financiarisé où le risque de crise est de plus en plus grand. A chacun, décideur, chercheur et citoyen alors de prendre en compte cette réalité là pour un monde future et harmonieux des PED.
mercredi 13 février 2008
L'ABOLITION DES FRONTIERES : UN GRAND PAS DE L'HUMANITE ?
On va traiter cet article comme si on est entrain de manger ( un peu d'humour !!!! avec plaisir)
1-Entrée
L'article 13 de la declaration universelle des droits de l'homme ( ONU ).
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
2- Plat de résistance
Je sort un peu ici d'un domaine sur lequel je me suis toujours penché regulièrement : l' économie .Cet article est juste lancé pour reflechir sur un sujet d'actualité , qui reste et fera partie des préoccupations majeures du monde du 21 ème siècle : c 'est l'ABOLTITION DES FRONTIERES.Victime d'une insomnie passagère ( qui peut arriver à tout le monde ) ,En zappant sur la chaine de television Arte ( France chaine n 7 ) aujourd'hui 13 fevrier 2008 vers 4h 30 , je suis tombé sur une émission intitulée :"L 'Abolition des frontières... ".C'est une fausse emission car en fait c'est pas vrai c 'est une sorte d' " emission spectacle ".Les présentateurs ont essayé tout au long de l' émission de montrer qu'on est en direct , on est entrain d'attendre la validation ou non par l ' Assemblée Generale de l' ONU reunie aux Etats-Unis l' ABOLITION DES FRONTIERES A L 'ECHELLE PLANETAIRE.En attendant le vote effectif des delegués qui representent leur pays respectif , il y a eu des courts reportages de par le monde pour voir comment les professionnelles ( tourismes , sociétés speccialisées , etc ) voient -ils cette nouvelle qui est entrain de marquer le 21 ème siècle si elle sera validée .Il y a eu aussi les reportages dans des pays comme l' Inde , le Japon , Afrique , etc.C'est l' ancien Directeur General de l' ONU KOFFI ANNAN lui meme qui est à la tete de la commission des nations unis chargée de perfectionner ce projet .Il y eu ainsi des visites de part le monde ( par Koffi Annan ) , mais c'est en Europe qu'il a terminé ses voyages y rellatifs .Le moment venu , Koffi Annan a fait un petit discours de quelque minute devant l' Assemblée Generale de l' ONU et le vote commence.Dommage l' abolition des frontières n' était pas validée par les delegués , reportée plus tard .L'histoire , est terminée , ce n'est qu'un jeu qui cache des verités bien établies sur lesquelles tout etre humain qu'il soit intelo ou non , noir ou blanc , croyant ou athé doit ( et peut ) reflechir.
Voilà on est là ,on se demande pourquoi pas abolir les frontières ?Oui , j' accepte quelle absurdité , quelle connerie ce type là il est entrain de dire .Avant d'entrer dans un débat polémique qui s'annonce rude , ce serait un grand plaisir pour moi (avec modestie ) de presenter les conséquences directes d'une abolition des frontières
Une abolition des frontières veut dire :
i)-Suppression des limites geographiques qui delimites un pays à un autre ( un Etat à un autre : dans le langage juridique et geographique il y a prfois une différence entre un Etat et un pays , c est pas notre problème principal ici ....);
ii)-Libre circulation des personnes qui veulent entrer ou sortir dans un territoire ( un pays ) donc suppression des visas ( pas plus besoin de passeport ) Il suffira juste de faire une formalité administrative pour enter dans un pays;
iii)-Quasi disparition du concept et du fondement meme de citoyenneté ( à part les avantages sociaux accordés aux citoyens comme dans le cas des pays à forte protection sociale : France , pays scandinave )
iv)-Risque de Submerssion Démographique ( la population du pays d'acceuil est submergée par les immigrés qui la depasse en nombre : par exemple en France il y aura plus d'immigrés que des francais , Madagascar plus des africains que des malgaches. Là la chine et l' Inde ont quelque chose à dire .
v)-Assouplissement des barrièrres tarrifaires et les formalités d'instalation des investisseurs là où ils veulent travailler.
Voilà de ma part les 5 principales conséquences de la suppression des frontières.Parmi ces 5 conséquences ce sont la 2 ème ( libre circulation des personnes ) et la 4 ème ( risque de submerssion demographique ) qui meritent une attention particulière.
A-Les souverainistes ( les nationalistes ) en Afrique , Asie , Europe , Etats-unis , Amerique latine évidement ne vont jamais accepter ce genre de mesure.Ils vont dire , nous on est fier de notre situation .Là les valeurs culturelles ,le patriotisme , l'amour de la patrie viennent surmonter les arguments économiques .
B-Les moderés vont dire , oui c 'est faisable mais ne l' appliquaons pas betement .Il vaut mieux prendre le temps et prendre les mesures qui conviennent progressivement.
C-Les mondialistes ( pour eviter le terme liberal) vont dire oui, c 'est sera un grand pas de l' humanité .Il y aura le transfert de savoir faire , transfert des pouvoirs d'achats , une grande complementarité entre les hommes , en tout ce sera presque le monde partfait... c'est sera le grand defi du 21 èeme siècle ....POUR UN VRAI GRAND PAS DE L 'HUMANITE .
Je ferme la prenthèse là et je vous laisse chacun de reflechir là dessus .
Moi , ma position si vous voulez savoir je suis dans la position B.
3-Dessert
ALAIN : La liberté commence là où s'arrete celle des autres
PASCAL:La pensée fait la grandeur de l'homme
KEYNES: Le libre échange marche droit à la lumière du jour parlant à tous les passants tandis que le protectionnisme grogne dans son coin.
1-Entrée
L'article 13 de la declaration universelle des droits de l'homme ( ONU ).
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
2- Plat de résistance
Je sort un peu ici d'un domaine sur lequel je me suis toujours penché regulièrement : l' économie .Cet article est juste lancé pour reflechir sur un sujet d'actualité , qui reste et fera partie des préoccupations majeures du monde du 21 ème siècle : c 'est l'ABOLTITION DES FRONTIERES.Victime d'une insomnie passagère ( qui peut arriver à tout le monde ) ,En zappant sur la chaine de television Arte ( France chaine n 7 ) aujourd'hui 13 fevrier 2008 vers 4h 30 , je suis tombé sur une émission intitulée :"L 'Abolition des frontières... ".C'est une fausse emission car en fait c'est pas vrai c 'est une sorte d' " emission spectacle ".Les présentateurs ont essayé tout au long de l' émission de montrer qu'on est en direct , on est entrain d'attendre la validation ou non par l ' Assemblée Generale de l' ONU reunie aux Etats-Unis l' ABOLITION DES FRONTIERES A L 'ECHELLE PLANETAIRE.En attendant le vote effectif des delegués qui representent leur pays respectif , il y a eu des courts reportages de par le monde pour voir comment les professionnelles ( tourismes , sociétés speccialisées , etc ) voient -ils cette nouvelle qui est entrain de marquer le 21 ème siècle si elle sera validée .Il y a eu aussi les reportages dans des pays comme l' Inde , le Japon , Afrique , etc.C'est l' ancien Directeur General de l' ONU KOFFI ANNAN lui meme qui est à la tete de la commission des nations unis chargée de perfectionner ce projet .Il y eu ainsi des visites de part le monde ( par Koffi Annan ) , mais c'est en Europe qu'il a terminé ses voyages y rellatifs .Le moment venu , Koffi Annan a fait un petit discours de quelque minute devant l' Assemblée Generale de l' ONU et le vote commence.Dommage l' abolition des frontières n' était pas validée par les delegués , reportée plus tard .L'histoire , est terminée , ce n'est qu'un jeu qui cache des verités bien établies sur lesquelles tout etre humain qu'il soit intelo ou non , noir ou blanc , croyant ou athé doit ( et peut ) reflechir.
Voilà on est là ,on se demande pourquoi pas abolir les frontières ?Oui , j' accepte quelle absurdité , quelle connerie ce type là il est entrain de dire .Avant d'entrer dans un débat polémique qui s'annonce rude , ce serait un grand plaisir pour moi (avec modestie ) de presenter les conséquences directes d'une abolition des frontières
Une abolition des frontières veut dire :
i)-Suppression des limites geographiques qui delimites un pays à un autre ( un Etat à un autre : dans le langage juridique et geographique il y a prfois une différence entre un Etat et un pays , c est pas notre problème principal ici ....);
ii)-Libre circulation des personnes qui veulent entrer ou sortir dans un territoire ( un pays ) donc suppression des visas ( pas plus besoin de passeport ) Il suffira juste de faire une formalité administrative pour enter dans un pays;
iii)-Quasi disparition du concept et du fondement meme de citoyenneté ( à part les avantages sociaux accordés aux citoyens comme dans le cas des pays à forte protection sociale : France , pays scandinave )
iv)-Risque de Submerssion Démographique ( la population du pays d'acceuil est submergée par les immigrés qui la depasse en nombre : par exemple en France il y aura plus d'immigrés que des francais , Madagascar plus des africains que des malgaches. Là la chine et l' Inde ont quelque chose à dire .
v)-Assouplissement des barrièrres tarrifaires et les formalités d'instalation des investisseurs là où ils veulent travailler.
Voilà de ma part les 5 principales conséquences de la suppression des frontières.Parmi ces 5 conséquences ce sont la 2 ème ( libre circulation des personnes ) et la 4 ème ( risque de submerssion demographique ) qui meritent une attention particulière.
A-Les souverainistes ( les nationalistes ) en Afrique , Asie , Europe , Etats-unis , Amerique latine évidement ne vont jamais accepter ce genre de mesure.Ils vont dire , nous on est fier de notre situation .Là les valeurs culturelles ,le patriotisme , l'amour de la patrie viennent surmonter les arguments économiques .
B-Les moderés vont dire , oui c 'est faisable mais ne l' appliquaons pas betement .Il vaut mieux prendre le temps et prendre les mesures qui conviennent progressivement.
C-Les mondialistes ( pour eviter le terme liberal) vont dire oui, c 'est sera un grand pas de l' humanité .Il y aura le transfert de savoir faire , transfert des pouvoirs d'achats , une grande complementarité entre les hommes , en tout ce sera presque le monde partfait... c'est sera le grand defi du 21 èeme siècle ....POUR UN VRAI GRAND PAS DE L 'HUMANITE .
Je ferme la prenthèse là et je vous laisse chacun de reflechir là dessus .
Moi , ma position si vous voulez savoir je suis dans la position B.
3-Dessert
ALAIN : La liberté commence là où s'arrete celle des autres
PASCAL:La pensée fait la grandeur de l'homme
KEYNES: Le libre échange marche droit à la lumière du jour parlant à tous les passants tandis que le protectionnisme grogne dans son coin.
mercredi 6 février 2008
LE SECTEUR FINANCIER DES PED A L’AUBE DU XXIème SIECLE : ETAT DE LIEU DES TENDENCES RECENTES
LE SECTEUR FINANCIER DES PED A L’AUBE DU XXIème SIECLE : ETAT DE LIEU DES TENDENCES RECENTES
Introduction
L’accession à l’indépendance et la prise en main par des nationaux du contrôle de la machine politique constitue la première étape de la décolonisation des PED .Avant de songer à l’indépendance économique, la principale préoccupation financière du nouvel Etat a été d’équilibrer le budget dont la partie fonctionnement est lourdement obérée par la création de services indispensable à sa souveraineté. La faiblesse des ressources propres dont disposent les PED à l’aube de leur indépendance les a contraint de recourir auprès de leur ancienne puissance coloniale. Mais face aux défis de développement inspirés par des programmes de développement national très ambitieux, le mécanisme de financement de ces pays n’a cessé de changer durant la période postérieure .La faiblesse de leurs ressources intérieures (financement par fonds propres) les a obligé de recourir auprès des organismes internationaux ou des Etats pour obtenir des aides ou des emprunts, emprunter auprès des banques pour financer leur économie. Le recours prolongé aux fonds extérieurs a conduit bon nombre des PED dans un système de néocolonialisme dans toutes ses formes remettant même en cause leur souveraineté nationale.
Après leur indépendance politique respective, les PED ont chacun essayé de faire face aux défis de développement longtemps bafoués par le système colonial. Cet article essaie de decortiquer d'une manière synthètique les tendances récentes du secteur financier des Pays en Développement( PED ) dont l'objectif principal est d'apprehender l'Etat , le niveau et la tendance de leur indépendance financière-objet d'un ( des ) autres articles ultérieurs.
1-1- Vue d’ensemble du secteur financier des PED
1-1-Le dualisme financier dans les PED
L’analyse du niveau et de l’évolution de l’indépendance financière nécessite une connaissance approfondie des paramètres jugés indispensables dans le fonctionnement de l’économie d’un pays tout comme pour l’ensemble des PED. C’est l’objet de notre étude ici.
Depuis l’indépendance, des multitudes de reformes se sont succédées dans les PED, pour faire face au défi de développement longtemps revendiqué par la population locale mais aussi et surtout en vue de réduire les risques de vulnérabilité financière qui les secouent régulièrement (crise de la dette, crise financière, etc.) .Ces reformes ont débouché à quelques changements majeurs de leur secteur financier.
On note ainsi :
- des changements dans le secteur bancaire (création de banque de développement, Institutions financières publiques) ;
- l’instauration de marchés des valeurs mobilières ;
- l’apparition des marchés de la dette intérieure
- la dollarisation de l’économie ;
- le développement des institutions de micro finance.
Comme le note Hugon [2006] :« les pays en développement en particulier connaissent un « sous développement économique lié au sous développement financier .Dans ces pays les marchés monétaires sont peu nombreux et peu actifs , les marchés financiers sont embryonnaires ou inexistants (à l’ exception de quelques pays émergents ) ,les filiales étrangères utilisent pour l’ essentiel des circuits « off shore » liés à leurs maisons mères , les petites entreprises locales ont peu accès aux mécanismes de financement , seuls l’ Etat et les entreprises publiques et les emprunteurs à court terme ( crédit de campagne , import export) sont les principaux bénéficiaires des systèmes financiers ».
Malgré les reformes successives entreprises (libéralisation, assainissement), le secteur financier des PED reste toujours fortement segmenté et dans l’incapacité de financer le développement.
Mais qu’en est –il vraiment du secteur financier des PED ? Quels sont les traits marquant du secteur financier des PED depuis l’indépendance ?
Si le dualisme financier caractérise le système financier des PED dans son ensemble, son niveau d’intermédiation en constitue le noyau dur.
Dans la plupart des PED, les systèmes financiers se caractérisent par la coexistence et le fonctionnement parallèle de deux secteurs financiers, l’un formel et l’autre informel. Ce caractère hétérogène des systèmes financiers, plus couramment appelé « le dualisme financier » est l’un des traits distinctifs des économies en développement. Le secteur financier informel est largement marqué par l’absence de règle réglementaire, l’importance des liens interpersonnels et la souplesse des opérations. Le secteur formel par contre est très réglementé, souvent hérité du système colonial.
Les systèmes financiers des PED font apparaître un important dualisme financier, le marché des fonds prêtables étant partitionné .D’un coté, on trouve les banques, très spécialisées dans le financement d’activités formelles, dont les risques doivent être compensés par l’existence de garanties réelles. De l’autre, on trouve un secteur formel qui finance toutes sortes d’activités tant formelles que souterraines, par l’ allocution de N crédits personnels , davantage fondés sur la confiance vis-à-vis du débiteur que sur la base d’estimations du rendement et risque associés aux créances [C . Eboue, 1990, p.27] .Cette vision de
C. Eboué malgré les changements qui se sont opérés dans le secteur financier des PED depuis 1990 reste de nos jours valable.
Grossomodo , si le secteur formel se réfère à un système institutionnel organisé, axé sur les zones urbaines et répondant aux besoins financiers du secteur moderne monétisé, le secteur informel moins institutionnalisé et moins réglementé s’intéresse de plus en plus aux zones rurales et aux sphères de subsistances de l’ économie. Cependant, cette délimitation informel / formel n’est pas toujours évident car la réalité est de plus en plus complexe et il est difficile de tracer avec précision une ligne de partage entre les deux secteurs.
Comme le note Dimitri Germidis et al [1991, p .12] : « Il est devenu traditionnel d’opposer le secteur financier formel au secteur financier informel . Mais il est également important de reconnaître que chacun des deux secteurs est lui –même très diversifié. Il semble difficile de tracer avec précision une ligne de partage entre ces deux sous-ensembles aux contours flous ( « fuzzy sets » ) ».
Il est évident que la structure et le fonctionnement du secteur financier formel déterminent et influencent la nature et l’importance du secteur financier informel, ce qui n’empêche pas ce dernier d’avoir sa propre dynamique. Suivant le pays et le contexte , ce secteur peut ainsi enregistré 30 % à 60% voir plus du total des crédits ruraux, etc. Les circuits de la finance informelle sont caractérisés par plusieurs traits: prédominance des transactions en espèces, faiblesse ou absence des enregistrements et des règlementations, échelle restreinte des opérations, échanges d'actifs hors des cadres juridiques, rôle des relations personnelles et communautaires d’appartenance ou d’adhésion [Lelart ,2005] ;l’argent chaud créateur de lien l’emporte sur l’ argent froid non créateur d’obligation [Bédart ,1986] .Ces circuits informels permettent de différer la consommation et de réaliser une épargne forcée.
Deux thèses principales sont généralement avancées quant aux causes du dualisme financier .La première considère que le secteur financier informel s’explique par les carences du secteur financier formel lesquelles résultent de la répression financière c'est-à-dire la réglementation stricte du système financier et des diverses contraintes imposées par les autorités publiques sur l’activité des institutions financières. La seconde thèse avance que le dualisme monétaire et financier s’explique par le dualisme intrinsèque des structures économiques et sociales et par l’attachement des populations rurales aux valeurs et coutumes traditionnelles [Ibid, p.14]. Autrement dit, le dualisme peut être imputé aussi bien à la répression financière qu’à l’attachement de la population à des comportements traditionnels.
Le regain d’intérêt pour la micro finance dans les années 1990, suite au succès de la Gramen Bank au Bangladesh comme une alternative efficace contre la pauvreté [Soulama , 2002] a transformé d’une manière radicale les systèmes de financement de certaines catégories de population dans bon nombre des PED .Soulama [2002] argumente ainsi : « A l’alternative de l’ aide improductive, la microfinance substitue l’aide efficace, une aide par l’ intermédiaire de petits prêts adaptés aux besoins de la population, qui leur permet de créer de microentreprises viables ».Mais cette émergence de la micro finance a fait apparaître deux changements majeurs dans ces pays [Michel Lelart, 2002]. C’est d’abord l’ apparition d’un secteur financier intermédiaire entre le secteur financier formel et le secteur financier informel , un système financier officiellement reconnu et qu’il faut réglementer . C’est ensuite l’importance du crédit en lieu et place de l’épargne, brisant du même coup le cercle dit vicieux de la pauvreté, le remplaçant avec succès par le cercle vertueux du microcrédit» . Dans certains PED (en particulier dans les pays de l’ UEMOA), il existe désormais à coté des systèmes financiers formels et informels, un Système dit Financier Décentralisé (SFD) .La BCEAO distingue principalement trois types de structures : les coopératives ou mutuelles d’épargne et de crédit, les institutions de crédit solidaire et les projet à volet crédit. Parmi les évolutions récentes , on peut constater qu’il y a une tendance au rapprochement entre les institutions de microfinance classiques et les banques commerciales classiques (et inversement ).Cette tendance s’explique par le phénomène de « downgrading » ( descente de certaines banques classiques dans le champ de la microfinance ) ou du « upgradind » (remontée de certaines institutions classique de micro finance vers des formes bancaires traditionnelles).Cette évolution est loin d’être achevée en Afrique subsaharienne tout comme dans la plupart des PED mais les tendances récentes sont prometteuses .
Quelles qu’en soient les causes, le dualisme financier peut avoir un impact positif et négatif dans les PED. Mais le développement spectaculaire du système de microfinance dans bon nombre des PED ces dernières années, conjuguées aux reformes successives du secteur financier formel nous incitent à avancer que :i) ces deux secteurs peuvent coexister, ii) sont complémentaires, iii) nécessitent des mesures spécifiques pour être viables dans les PED.
Mais qu’en est –il de l’intermédiation financière des PED ?
1-2-L’intermediation financière dans les PED
Dans un article fondateur intitulé : « The crisis in Keynesian Economics », J.R .Hicks [1974] en inventant la notion d’ Economie d’endettement (Economie de Fonds Propres) et l’ Economie de marché financier a ouvert la voie dans l’analyse des différents mécanismes et phénomènes qui se rapportent à l’intermédiation financière . Conformément à l’analyse de Hicks, une économie d’endettement est une économie dans laquelle les agents économiques à besoin de financement (normalement les entreprises, parfois l’Etat) financent leurs déficits en s’adressant principalement aux intermédiaires financiers ( les banques ).A l’inverse, dans une économie de marché financier, les agents à besoins de financement font plus appel aux émissions de titres sur les marchés financiers.
Il est crucial de rappeler que les intervenants financiers formels dans les PED sont composés principalement par :
- la Banque centrale ;
-les Banques et intermédiaires financiers (Banques commerciales, Banques d’affaires , Caisse d’épargne ,Organismes de crédit immobilier , Réseau d’épargne postale , Banques de développement , autres institutions financières , Compagnies d’assurance , etc ) ;
-marchés financiers (valeurs mobilières).
Malgré le développement spectaculaire de la finance informelle et de la microfinance dans certains pays, la dualité financement bancaire / financement par les marchés financiers occupe toujours une place centrale dans l’analyse du structure et de l’évolution du système financier des PED tout comme dans certains pays riches du nord vers les années 1980 et 1990.
D’une manière générale, une distinction fondamentale peut être établie dans les systèmes financiers des PED surtout depuis les années 1990 :
-ceux où les banques et les autres intermédiaires financiers jouent un rôle dominant ;
-ceux où les marchés financiers occupent une place centrale dans le financement de l’économie.
Quoi qu’il en soit, contrairement aux pays riches où le marché boursier est déjà largement développé, le secteur financier des PED reste encore fortement dominé par le secteur bancaire .L’explosion et le développement spectaculaire de l’activité boursière et les marchés financiers dans certains pays émergents
(Pays émergents d’Asie et d’Amérique latine) durant ces dernières décennies, avoisinant même les places financières des pays riches, ne les empêchent pas de figurer parmi les pays à « Economie d’endettement ».
Mais il est extrêmement difficile de faire une délimitation formelle que tel groupe de pays fait parti d’une économie d’endettement et tel groupe des pays à économie de marché financier. Frederic Poulon [2002, p.33] analysant la transition d’une économie d’endettement vers une économie de marchés financiers et prenant comme exemple le cas de la France (1981-1999) a constaté que l’ économie française était dans un état d’économie d’endettement jusqu’en 1990 .Se referant au taux d’intermédiation financière en termes d’offre ( au sens strict , c'est-à-dire le financement bancaire ) par les établissement de crédit , cet auteur a trouvé que l’ économie française a enregistré un taux d’intermédiation supérieure à la valeur critique 1 /2 jusqu’en 1990 .Ce taux a passé ainsi de 78% en 1981 à 65% en 1985 et est descendu à 45% en 1986 pour finir à 58% en 1990 date après laquelle il sera au dessous du niveau critique de 50% ( 45 % en 1991 , 2 % en 1993 et respectivement 32% et 37% en 1997 et 1999) .Toutefois F.Poulon , n’a pas manqué de noter que la transition de l’ économie française vers l’état d’économies de marchés financiers a commencé en 1983 .Une situation qui s’explique par le phénomène de désintermédiation financière au niveau mondial suite à l’ éclatement de la crise international de la dette en 1982 qui a profondément touché le fonctionnement des marches financiers internationaux mais aussi et surtout celui nationaux. Mais le résultat de l’ étude de Nicole Poulon Lafaye [2002, p .63-82] semble contredire la conclusion de F.Poulon selon laquelle la France est passée à l’ Etat d’économie d’endettement depuis 1990 .En effet ,Nicole Poulon Lafaye [Ibid , p.69] a pris en compte l’ indicateur d’intermédiation non plus en termes d’offres au sens strict mais au sens large .Le Conseil National de Crédit ( France ) a décidé depuis 1998 de calculer un nouveau indicateur d’intermédiation financière au sens large . Cet indicateur, contrairement à l’autre (en termes d’offres au sens strict) intègre non seulement les établissements de crédits (banques) mais aussi les sociétés d’assurances, les OPCVM (Organismes Public en Placement des Valeurs Mobilières) vue l’importance de ces institutions dans l’intermédiation. L’examen relatif à l’ évolution de ce taux d’intermédiation financière au sens large lui a permis de constater qu’en fait, l’ économie française est toujours dans un état d’économie d’endettement depuis 1990 .Ce taux a passé ainsi de 78% en 1981 à 64 % en 1985 avant de baisser à 58% en 1990 ,71% en 1993 et 70 % en 1995 .Les valeurs frontières de 40 % et de 48% enregistrées respectivement en 1986 et 1987 ne permettent pas de conclure que l’ économie française était dans un état d’économies de marchés financiers .Parallèlement, la Tunisie pressentant un taux d’intermédiation financière au sens large élevé avec un rythme de croissance soutenue ( 57 % en 1988 ; 67%en 1990 ; 71 % en 1993 et 70 % en 1995 ) est sans aucun doute une économie d’endettement.
Les résultats de l’étude de M Boutiller et J .C Bricongne [2006] qui couvre la période ( 1994 -2004 ) confirment la conclusion de F.Poulon selon laquelle l’ économie française est passée en état d’économie de marchés financiers si l’on se réfère au taux d’intermédiation au sens strict (y compris les crédits des sociétés d’assurance et des OPCVM ) .L’ analyse en termes d’intermédiation au sens large ( tient compte des placements en titres des institutions de crédits , les assurances et les OPCVM) ne corrobore pas ce constat. D ‘après Boutiller et Bricongne [2006] , en France, le taux d’intermédiation financière au sens strict (hors crédits des OPCVM et des sociétés d’assurasse) a passé de 54% à 39 ,5% de 1994 à 2004. Ce taux a passé de 55,4% à 40 ,4 % respectivement en 1994 et 2004 si on tient compte des crédits des OPCVM et des sociétés d’assurance. Le taux d’intermédiation au sens large quant à lui a passé de 76 ,2% en 1994 à 58 ,8% en 2004 .L’économie française est donc une économie de marchés financier si on se réfère au taux d’intermédiation au sens strict mais elle est une économie d’endettement si on tient compte du taux au sens large.
La situation des quatre autres pays riches (Etats –Unis, Royaume Uni, Allemagne, Espagne) mérite d’être mentionnée .Limitant l’analyse au taux d’intermédiation au sens strict, les Etats-Unis et le Royaume Uni sont déjà classés dans l’économie de marché financier, toutefois, cette affirmation est à relativiser car ils ne sont pas vraiment loin de la valeur frontière de 1/2 qui délimite notre classification En effet , le taux d’intermédiation financière des Etats-Unis et du Royaume Uni ont passé respectivement de 33,6% , 33 ,8% en 1994 à 42,9% et 38,9% en 2000 . En 2004, ce taux a été respectivement 47,7 % et 46,2% .L’Allemagne et l’Espagne par contre sont des pays qui méritent de figurer dans les pays à « Economie d’endettement» .Un taux d’intermédiation financière de 69,6% en 1994 ; 73,4% en 2000 et 68 ,6% en 2004 a fait de l’Allemagne le premier pays le plus intermédié parmi les pays les plus riches. L’Espagne avec un taux de 46,1% en 1994 ; 50,6 % en 2000 et 60,2% en 2004 n’en reste pas loin.
Les PED sont des pays à « Economie d’endettement » du fait de la prédominance du secteur bancaire et des intermédiaires financiers traditionnels dans le financement de leur économie. Nous verrons plus tard une analyse détaillée là dessus. Pour l’instant contentons nous d’un aperçu général relatif à leur niveau d’intermédiation financière tiré des travaux de certains auteurs qui ont analysé ce problème.
Dimitri Germidis et alii [1991, p.126-128] effectuant une étude spécifique sur quelques PED ont pu analyser le niveau d’intermédiation financière et l’état d’avancement de quelques PED. En effet, l’analyse de la répartition de l’épargne financière de quelques PED en 1985 ( en pourcentage du total des engagements bruts du système financier ) montre la prédominance du secteur bancaire .Il ressortait de cette étude que les banques commerciales représentent la part la plus importante du total des engagements bruts du système financier, soit en moyenne 50% .Ce ratio va de 31% au Brésil à 40% au Philippines, 45% en Malaisie ,54% en Corée du Sud 59 % en Thaïlande ,57% au Nigeria et 63% au Chili. Les banques centrales viennent au second rang avec des pourcentages qui vont de 10% en Malaisie et en Corée, 20% au Chili et 35% au Brésil et aux Philippines. Cette part reflète le degré d’intervention des autorités publiques dans l’activité économique. La part des établissements de crédits spécialisés correspond en grande partie à celles des banques de développement ; leur poids varie de 2% au Chili et au Nigeria à 8 % en Inde ,16 en Corée du sud et au Philippines et au 18% en Malaisie. Les systèmes de sécurité sociale et les compagnies d’assurance ne représentent qu’une fraction limitée du total des engagements du système financier. Ils n’occupent une place importante qu’en Malaisie et au Chili , grâce notamment au rôle des prévoyance dans ces pays . Les caisses d’épargnent représentent lorsqu’elles existent une part limitée du total des engagements bruts , qui va de zéro au Chili et au Nigeria à 4% au Philippines et 11% au Brésil. Le poids relatif des fonds mutualistes, des trusts et des banques d’investissement est du même ordre, c'est-à-dire entre 1% et 11% du total des engagements bruts .Ce ratio va de 0% au Thaïlande ,1% en Inde et au Chili ,5% au Brésil ,9% au Nigeria et11% en Corée du sud.
En ce qui concerne les marchés financiers, cette étude montre que la part des valeurs mobilières à long terme à revenu fixe et à revenu variable va de 11% en Corée , 20% en Thaïlande , 24% au Nigeria , 30% au Brésil à 48 % en Malaisie.
Chose curieuse, contrairement à l’apparence bon nombres des pays riches réputés par le développement spectaculaire de leur marché financier restent encore fortement dominés par la prédominance du secteur bancaire et le financement intermédié.
Les pays à économies d’endettement (surtout les PED) ont un fonctionnement spécifique par rapport aux pays à « économies de marchés financiers ».
Dans les pays à « économies d’endettement », les agents à capacité de financement préfèrent les placements dans les banques aux titres émis sur les marchés financiers .Généralement, cette préférence pour la liquidité des épargnants conduit les intermédiaires financiers à transformer les liquidités en prêts à moyen et à long termes. Par contre, dans une économie de marché financier, les intermédiaires financiers peuvent plus aisément financer leurs prêts à moyen ou à long terme par des ressources de même échéance grâce à des émissions sur les marchés financiers [SG Jeanneney, 1998, p.53-54] .
Comme l’a remarqué SG Jeanneney [Ibid, p.56-57], dans une économie d’endettement :
i)-la création monétaire peut accroître l’investissement et à travers le multiplicateur keynésien d’investissement l’épargne globale ;
ii)-le taux d’intérêt significatif du point de vue de l’investissement est le taux des crédits bancaires ;
iii)-Il est possible de pratiquer une politique dirigiste du crédit (avec encadrement quantitatif du crédit bancaire et administration des taux d’intérêt. Les taux pratiqués par les banques peuvent être des taux de déséquilibre (la demande de crédit étant supérieure à l’offre) ;
iv)-les banques sont généralement très dépendantes du refinancement de la Banque centrale, d’autant plus que dans les économies peu développées, la monnaie manuelle (émise par la banque centrale) constitue une part importante de la masse monétaire.
Dans ces conditions, il est difficile pour la banque centrale de pratiquer une politique de limitation quantitative stricte de l’offre de monnaie (politique de base monétaire). Il lui reste néanmoins la possibilité d’agir sur la demande de la monnaie centrale par une variation de son taux d’intérêt.
La connaissance de l’état et du niveau d’intermédiation financière est une notion capitale pour appréhender le niveau d’indépendance financière des PED, mais l’analyse des indicateurs spécifiques relatifs au niveau de développement financier en constitue le pilier fondamental.
2- Indicateurs de développement financier des PED
2-1-Breve revue de littérature
Se questionner sur le niveau de développement du secteur financier d’un pays n’est pas chose facile. Quelle approche ? Quelles variables d’analyse à utiliser ?
Le FMI [2006] à travers sa publication de : « Indicateurs de Solidité
Financière » a déjà recensé plusieurs indicateurs permettant d’évaluer la solidité et la santé financière d’un pays .On peut lire à travers cette publication
[FMI, 2006, p.23] : « Les indicateurs de solidité Financière sont calculés pour aider à évaluer et à surveiller les forces et les faiblesses des systèmes financiers. De telles évaluations doivent tenir compte de la situation spécifique du pays concerné, en particulier de la structure de son système financier .Pour simplifier, il importe de savoir si une économie est composée d’un petit ou d’un grand nombre de banques,si elle dispose ou non d’intermédiaires financiers diversifiés, si son marché boursier est complexe et liquide ou non et si les intermédiaires financiers opèrent au niveau international » .S’il est une évidence de reconnaître la portée scientifique et méthodologique de ces indicateurs , fruit même de plusieurs années de recherche de la Division Institutions Financières II du Département des Statistiques ( avec la collaboration des autres Départements ) , la délimitation et l’interaction entre les secteurs financiers domestique et étranger a été presque négligée . Cette délimitation entre les secteurs domestique /étranger via l’approfondissement des déterminants de cette indépendance financière nous permettra par la suite de proposer des indicateurs d’Indépendance Financière qui eux aussi ne sont pas exempt de critique.
Depuis les travaux novateurs de Keynes [1936] qui a révolutionné la macroéconomie contemporaine, de nombreux auteurs ont essayé de chercher des indicateurs permettant d’évaluer le niveau de développement et la solidité du secteur financier d’un pays.
Avant d’entrer dans le cœur du débat, il est crucial de rappeler brièvement les débats relatifs à l’interaction croissance économique / développement du secteur financier (ou développement du secteur réel /développement financier).
L’analyse de l’interaction du développement du secteur réel (à travers la croissance économique) et celui financier est un débat vieux de plus d’un siècle. La question posée est alors de savoir: « Est-ce que le secteur financier qui tire et influence le développement du secteur réel ou c’est l’inverse qui se produit ? ».
Walter Bagehot [1873] et Shumpeter [1911] ont été les premiers à mettre en évidence l’existence d’un lien entre la croissance économique et le développement financier. Trois positions marquent le lien entre le système financier et croissance économique.
i)-Le secteur financier influe positivement sur la croissance économique
Ce premier groupe d’auteurs pense que le système financier a un impact positif sur la croissance économique. Il s’agit des auteurs comme Walter Bagehot [1873] et John Hicks [1969] qui ont montré le rôle critique qu’a joué le système financier dans l’essor de l’industrialisation en Angleterre en facilitant la mobilisation du capital .Schumpeter [1911] soulignant l’importance des banques via l’innovation technologique et le financement des entrepreneurs s’inscrit aussi dans le même ordre d’idée que Bagehot.
Les travaux de Gurley et Shaw [1960] (en approfondissant le rôle du secteur financier dans le processus de croissance économique) et Gerschenkron [1962] (qui a focalisé ses recherches dans l’analyse des écarts de développement par les différences du système bancaire) ont éclairé la voie dans recherche de l’existence du lien entre le secteur financier et la croissance économique. Mais les travaux ultérieurs de Goldsmith [1969] reste une référence .Dans ses travaux, Goldsmith [1969], s’appuie sur des données en coupe international sur la période 1860 à 1963 pour régresser la croissance moyenne sur le développement financier défini par la taille du secteur d’intermédiation financière (mesurée par la valeur de ses actifs sur le PIB).
Plus tard, Shaw et Mac Kinnon [1973] insistant beaucoup sur la théorie de la répression financière , Diamong .D et Dybvig.P [1983], Bencivenga et Smith [1991] mettant en avant le rôle du secteur bancaire ont permis de renouveler cette approche .Bencivenga, Smith et Starr [1996] ,Greenwood et Smith [1997], Rousseau et Wachtel [2000] quant à eux ont montré que la liquidité du marché boursier est importante pour la croissance économique.
Récemment , les travaux de Levine et King[1993] , Levine [1997 ,2000, 2004 , 2005] font autorité et constituent même les bases de références fondamentales en matière de l’analyse de l’ interaction entre le développement financier et croissance économique .Ross Levine [1997] s’intéressant sur un échantillon de 77 pays sur la période 1960-1989 a essayé de prouvé l’existence de lien formel entre le développement de la sphère réelle et la sphère financière . Même si son résultat n’est pas vraiment concluant , l’auteur trouve des corrélations substantielles entre certains indicateurs de la croissance économique et quatre indices de la maturité du secteur financier :i)- le ratio des passifs liquides du secteur ( monnaie en circulation et dépôts à vue ) par rapport au PIB , ii)- le rôle des banques primaires par rapport à la banque centrale ,iii)-la part du secteur privé dans le crédit intérieur ,iv)-les encours de crédit chez les entreprises privés par rapport au PIB. Levine constate également que pour 57 pays, le niveau initial (1960) du premier indice –passifs liquides/PIB prédit de façon significative les indicateurs de la croissance du PIB pendant les 30 années suivantes. On peut déduire aussi de l’étude de Levine qu’il n’est pas possible de prédire si le taux de croissance économique pourrait augmenter et le cas échéant de combien du fait de reformes financières entraînant certains changements spécifiques pour les principaux indices sectoriels. Mais les crises financières des pays émergents des années 1990 et des années subséquentes qui ont largement déstabilisés le secteur réel sont les preuves formelles de l’existence de lien de causalité entre le secteur financier et le secteur réel.
ii)-La croissance économique influe positivement le secteur financier
Le deuxième groupe d’auteurs au premier rang desquels figurent la Keynésienne Joan Robinson pense plutôt que c’est la croissance qui mène le système financier. Pour Robinson [1952] , le développement économique créerait des demandes de type particulier auxquelles répond le système financier en se développant . Le développement du secteur financier peut être donc interprété comme le résultat des demandes exprimées par le secteur productif. La causalité vu précédemment est alors inversée : le processus de croissance exige de nouveaux modes de financements, ce qui provoque le développement du secteur financier. Cette vision keynésienne de Robinson (qui s’oppose à la vision de Schumpeter qui accorde un rôle capital des banques) s’appuie sur le postulat selon lequel : « La où l’entreprise conduit, la finance suit ».La finance et les banques apparaissent alors comme étant des réponses endogènes à la demande exprimée par les agents économiques. Cependant, dans sa contribution de 1979, elle semble nuancer sa position qui se rapproche de la notion de pouvoir d’achat de Schumpeter. Elle reconnaît ainsi que la croissance peut être entravée par une insuffisance de crédit .Pour Robinson[1979] , une économie qui a atteint un certain degré de complexité a besoin de monnaie qui est la représentation abstraite du pouvoir d’achat à partir duquel des transactions peuvent avoir lieu. La vision de Robinson conduit en réalité à une causalité à double sens .Dans un premier temps, l’entreprise emprunte à une banque, puis lorsque le projet a porté ses fruits et accru les gains de l’entreprise, elle commence à émettre des actions ou des obligations et à rembourser l’emprunt à la banque, reconstituant ainsi son crédit pour pouvoir emprunter de nouveau. Le deuxième sens de la causalité se manifeste lorsqu’une proportion plus ou moins constante de l’investissement est financée, l’accroissement du taux d’investissement conduit à une augmentation des prêts bancaires. Ainsi, les crédits bancaires causent en premier lieu l’investissement lequel se traduit en retour par un accroissement du revenu national qui accompagne l’élévation du niveau d’investissement. Cette vision à double sens entre finance et développement réel conduit à considérer que Schumpeter avait partiellement raison.
iii)-Pas de causalité formelle entre le secteur financier et la croissance économique
Ce dernier groupe d’auteurs ne croit pas qu’il y ait une corrélation formelle entre système financier et croissance économique .Robert Lucas [1988] pense ainsi que le rôle des facteurs financiers dans la croissance est exagéré. Mayer [1988] quant à lui avance qu’un marché boursier développé n’est pas important pour le financement de l’entreprise. Stiglitz [1985,1999] corrobore ce constat affirmant que la liquidité des marchés financiers n’a pas d’impact sur le comportement des gestionnaires de compagnies et donc n’exerce pas un certain contrôle corporatif .La plupart des économistes du développement sont également sceptiques quant au rôle du système financier dans la croissance économique. Mais compte tenu du développement spectaculaire de la littérature sur la croissance endogène, certains auteurs comme Berthelemy et Varoudakis [1996] ont mis en évidence l’ambivalence de la relation entre développement financier et croissance. Le résultat de l’étude de ces deux auteurs débouche sur la non-linéarité entre un indicateur de développement financier et la croissance. Ils ont déterminé l’existence d’un seuil minimum de développement financier au-delà duquel il pourrait exister une causalité dans le sens finance vers croissance (ce pays passe ainsi d’un club de convergence à un autre).Cette corrélation peut être inversée ou négative dans le stade de maturité du secteur financier.
Dans le but de mieux appréhender notre étude, se referant à la littérature dominante, l’approche développée par Levine [1993, 1997] sera adoptée ici. Dans une certaine mesure nous adoptons déjà alors la position de Levine et ses collègues selon laquelle : « Le secteur financier exerce une influence positive sur la croissance ».Mais cette position n’est pas formelle. Levine lui-même dans ces travaux a émis des doutes quant à la l’universalité de ce lien de causalité. Cette position nous permettra de proposer les indicateurs clefs de développement financier indispensable à notre analyse.
2-2-Indicateurs de maturité financière
Comme le note Aghion [2007, p.80] : « Dans son excellent revue de littérature dans le Handbook of Economic Growth, Ross Levine [2005] résume ainsi la recherche actuelle sur la finance et la croissance. Globalement ,l’ensemble des recherches actuelles suggère que les pays dont les banques et les marchés fonctionnent mieux se développent plus rapidement , les biais de simultanéité ne semblent pas affecter ces conclusions , une efficacité accru des systèmes financiers réduit les contraintes qui pèsent sur le financement externe des entreprises indiquent qu’il s’agit là d’un des mécanismes par lesquels le développement des marchés financiers influencent la croissance ».Levine à travers cette affirmation confirme l’ existence d’un lien de causalité formelle entre développement financier et croissance. Son article fondateur de 1997 a permis de tirer les indicateurs relatifs au développement financier.
Dans un article de 1997, le Professeur Levine Ross [1997] dans le but d’étudier la relation existante entre le développement de la sphère financière et la sphère réelle de l’économie a relevé quatre indices permettant d’évaluer le niveau de développement financier d’un pays. Ces indicateurs reflètent l’état de maturité financière d’un pays.
i)-La PROFONDEUR FINANCIERE : une mesure de la taille du secteur financier, donne le ratio des passifs liquides du secteur de la monnaie en circulation, plus des dépôts à vue et des passifs porteurs d’intérêts des banques et des intermédiaires financiers non bancaire sur le PIB (M2 /PIB).
ii)-La BANQUE :une mesure du rôle des banques primaires vis-à-vis de la banque centrale , donne la part des banques primaires dans le crédit intérieur total , c'est-à-dire la créance des banques primaires , plus les actifs internes de la banque centrale.
iii)-Le PRIVE :une mesure de la part du secteur privé dans le crédit intérieur, donne le ratio du crédit alloué aux entreprises privées, à l’ exclusion des entreprises d’Etat, par rapport au crédit intérieur total net du crédit octroyé aux banques .La Banque mondiale à travers ses interventions et les différents rapports accorde une importance particulière au développement du secteur privé .On peut lire ainsi dans le rapport annuel de la Banque mondiale [2007,p.21 ] : « Des marchés diversifiés efficaces et bien réglementés, ainsi qu’un cadre juridique et réglementaire favorable au secteur privé, permettant aux entreprises des microentreprises aux multinationales d’investir de manière productive , de créer des emplois et de se développer ».
iv)-Le PRIVY :une mesure de l’ importance du crédit au secteur privé dans l’ économie dans son ensemble , donne le ratio du crédit aux entreprises privées (comme dans iii) par rapport au PIB .
A ces quatre indices relevés par Levine, nous allons en ajouter un relatif aux banques que nous appellerons « Banceco ».
v)-Le BANCECO : C’ est le ratio des crédits bancaires par rapport au PIB .Cet indice est très important car il permet d’évaluer l’importance des banques dans le financement de l’ économie d’un pays donné.
Au sens de Levine, l’hypothèse sous jacente des indices est que,plus chacun d’entre eux est grand au temps t ,plus rapide est la future croissance d’une économie .En d’autres termes ,plus le secteur financier est profond ( c’est à dire plus sa profondeur est grande ), plus le rôle la part su secteur privé dans le crédit intérieur est grande , plus le rôle des banques primaires est grand en comparaison de celui de la banque centrale , et plus le crédit en circulation dans les entreprises privés est grand par rapport à l’ économie globale , et plus le taux de croissance de l’ économie est élevé .
Il est crucial de rappeler que ces indicateurs cernent des caractéristiques spécifiques du secteur financier et reflètent le niveau global de sa taille .Ils ne disent rien de certains détails structurels et institutionnels jugés significatifs .
1-2-2-1-Analyse globale des maturités financières des PED
Le tableau 1 ci-après nous retrace l’état global du secteur financier des PED conformément aux critères d’évaluation proposés précédemment. Le tableau 2 tiré de l’étude de King et Levine [1993] nous permet de faire une comparaison relative à notre résultat.
Tableau 1 : Indicateurs de développement financier des PED (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,29 0,31 0,33 0,38 0,38 0,41 0,44 0,47 0,48
PRIVE 0,79 0,73 0,73 0,74 0,75 0,71 0,69 0,69 0,69
PRIVY 0,27 0,30 0,32 0,32 0,32 0,35 0,35 0,34 0,34
BANQUE 0,65 0,65 0,76 0,79 0,78 0,77 0,76 0,78
BANCECO 0,37 0,37 0,37 0,38 0,41 0,4 0,44 0,43
(1) PED : L’échantillon est composé de 17 pays en développement dont Afrique : Algérie, Bénin, Cameroun, Madagascar ; Amérique latine :Argentine , Brésil , Equateur ,Mexique ; Asie :Chine ,Inde , Indonésie ,Thaïlande , Corée du sud.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
Tableau 2: Indicateurs de développement financier de King et Levine pour l’année 1985
Très Riche Riches Pauvre Très Pauvres
M2/PIB 0,67 0,51 0,39 0,26
PRIVE 0,71 0,58 0,47 0,37
PRIVY 0,53 0,31 0,20 0,13
BANQUE 0,91 0,73 0,57 0,52
Nb : Echantillon 29 pays
Source : King et Levine [1993].
Il ressort du tableau 1 que le secteur financier des PED dans l’ensemble est encore dans un état embryonnaire.
i)-Le degré de monétisation de l’économie (M2/PIB) n’a cessé de s’amplifier tout au long de la période d’étude (1980-2000) passant respectivement de 0,29 à 0,31 en 1980 et 1985 et respectivement de 0,38 et 0,48 en 1995 et 2000 .Il est important de noter que le niveau moyen de cet indicateur (pour l’année 1985) trouvé par Levine [1993] pour les pays très riches est de 0, 67 et 0,51 pour les riches, respectivement 0,39 et 0,26 pour les pauvres et les pays très pauvres
( Tableau 2). A partir de 1995, le niveau moyen de la profondeur financière des PED a dépassé le seuil critique de 0,365 (avancé par Varoudakis et Berthelemy [1998] au-delà duquel un pays est jugé avoir affranchi le premier stade du développement financier. Mais quoi qu’il en soit ce faible niveau d’approfondissement financier (profondeur financière) des PED reflète la faible taille de leur secteur financier qui malgré le développement du secteur bancaire reste encore fragile. L’hypothèse selon laquelle le taux de liquidité (M2/PIB) est un indicateur crucial du niveau de développement financier reste quand même critiquable [Fry ,1997] .Selon Fry, cet indicateur est une estimation correcte du développement de la finance dans des pays aux premiers stade de leur développement, du fait notamment du poids prédominant des banques dans le financement des entreprises et par le sous-développement des marchés financiers, ce qui n’est plus le cas des pays où les marchés financiers sont déjà largement avancés . En fait, dans des économies financièrement développées, il est probable que la vitesse de circulation monétaire tende à augmenter plus vite que la masse monétaire. Dans ce cas, le taux de liquidité pourrait négativement corrélé avec les évolutions du PIB, contrairement à ce que prévaut Levine .L’utilisation de cet indicateur pour les PED est à notre sens justifié par le fait qu’ils sont tous (même les pays émergents) des pays à « Economie d’endettement » où la monnaie et la quasi –monnaie occupent une part non négligeable de la masse monétaire et où les Banques prédominent.
ii)-L’indicateur PRIVE (Crédit au secteur privé /Crédit intérieur) montre une importance capitale du secteur privé. En effet, le secteur privé accapare presque deux tiers ou plus des crédits intérieurs dans les PED passant de 0,79 en 1980 à 0,73 de 1985 à 1990 et 0,69 en 2000.Notre résultat ne cadre pas vraiment avec les résultats de King et Levine [1993], qui montrent que les pays pauvres et très pauvres censés représentés les PED ont eu un indice PRIVE respectivement de 0,47 et 0,37 en 1985 .Dans notre cas, cet indice est 0,73 en 1985 .Cette différence est attribuée d’une part à la faiblesse de notre échantillon,d’autre part aux pays qui composent l’ échantillon.
iii)-L’analyse de la variable PRIVY (Crédit privé /PIB) montre une tendance croissante tout au long de la période considérée passant de 0,27 à 0,30 entre 1980 et 1985 et respectivement de 0,32 à 0,34 entre 1990 et 2000 .A titre de comparaison, dans l’étude de King et Levine [1993], cet indice est de l’ordre de 0,20 et 0,13 respectivement pour les pays pauvres et très pauvres en 1985 et respectivement 0,53 et 0,31 pour les pays très riches et les pays riches.
iv)-La variable BANQUE (Crédit bancaire/ Crédit bancaire plus créances internes de la Banque centrale) a enregistré une quasi-stabilité à partir de 1996 après la tendance croissante amorcée depuis 1985 .Les Banques ont assuré ainsi 65% des actifs financiers internes des PED en 1985 et respectivement 76 % et 0,78% en 1995 et 2000.Ce fait corrobore bien le fait que ces pays sont des pays à « Economie d’endettement ».Le fait que les Banques assurent presque deux tiers des actifs internes des PED est un signal fort de l’importance du secteur bancaire dans les PED , ce qui ne réduit pas forcement la marge de manœuvre de la Banque centrale . Dans une « Economie d’endettement », la maîtrise des variables de contrôle de la politique monétaire par la Banque centrale est de plus en plus certain (on ne tient pas compte des autres paramètres exogènes).
v)-La variable BANCECO (Crédit bancaire /PIB) a suivi une tendance à la hausse 1985 à 1998 passant de 0,37 à 0,4 avant de se stabiliser à 0,44 et 0,43 respectivement en 1999 et 2000 .
A noter que ces chiffres sont à interpréter avec précaution car les disparités du niveau de développement financier, les structures économiques et les cadres institutionnels ne sont pas les mêmes dans l’ensemble des PED .Ce qui nous amène à une analyse régionale de l’évolution de ces indicateurs.
1-2-2-2-Analyse régionale des maturités financières des PED
L’analyse globale du niveau de développement financier des PED ne nous permet pas vraiment d’avoir une vision claire et nette de chaque région .Il importe ainsi de prolonger l’analyse en termes régionale. Les tableaux 3-4-5 ci- après nous retracent l’évolution de ces indicateurs pour trois groupes de régions à savoir l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie qui constituent les principales délimitations régionales de notre étude.
Afrique
Le secteur financier de l’Afrique, d’après ce qu’on entend partout dans les études et différents rapports des organismes internationaux, gouvernementaux et paragouvernementaux est déficient, mal -organisé et très segmenté. La Banque mondiale [Ibid,p.21] note ainsi : « Des marchés efficaces sont particulièrement nécessaires en Afrique où le développement du secteur financier est inégal, la réglementation commerciale excessive, l’accès au crédit limité surtout dans les zones rurales et l’intermédiation financière moins répandue que dans n’importe quelle région du monde ».
En nous référant au tableau 3 ci-après, ce constat semble être confirmé rien qu’en comparant l’indice d’approfondissement financier à ceux des autres PED.
Tableau 3: Indicateurs de développement financier de l’Afrique (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0, 32 0,34 0,26 0,24 0,22 0,24 0,24 0,26 0,26
PRIVE 0,86 0,79 0,75 0,47 0,52 0,50 0,55 0,69 0,69
PRIVY 0,32 0,33 0,23 0,08 0,08 0,06 0,07 0,08 0,08
BANQUE 0,70 0,63 0,62 0,65 0,64 0,65 0,67 0,70
BANCECO 0,35 0,27 0,18 0,17 0,16 0,18 0,19 0,17
(1) : Algérie, Bénin, Cameroun, Madagascar.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
En effet, l’indice de la profondeur financière ( M2 /PIB) de l’Afrique a passé de 0,32 en 1980 à 0,34 en 1985 et respectivement 0,24 et 0,26 en 1995 et 2000.
Parallèlement, l’indice PRIVE a passé de 0,86 en 1980 à 0,79 en 1985 et 0,69 en 2000.
La variable PRIVY a enregistré une forte régression durant la période d’étude passant de 0,32 en 1980 à 0,08 en 1995 et 2000. La forte baisse de cette variable est attribuée à l’importance grandissante du secteur public (gouvernemental) dans ce continent.
La variable BANQUE mérite une attention particulière. L’examen relatif à l’évolution de cette variable montre une grande importance des banques vis-à-vis da la banque centrale. Les banques ont assuré environ 70 % des actifs financiers internes en Afrique (l’échantillon) en 1985 et respectivement 62% et 70% de ces actifs en 1995 et 2000. Paradoxalement, cette valeur (surtout en 1985 et depuis 1998) est très proche du niveau trouvé par King et Levine [1993] pour les pays riches (0,73) en 1985 (voir tableau 9) et loin du niveau correspondant aux pays pauvres et les pays très pauvres qui a été respectivement de 0,57 et 0,52. Dans notre cas, cette valeur est de 0,70
(en 1985 ), largement supérieure à celle de King et Levine pour les pays pauvres et très pauvres en 1985.Cette différence est justifiée par l’importance des Banques d’ Etat dans les pays qui composent notre échantillon pendant les années 1980 et le début des années 1990. Dans les pays comme le Cameroun, Madagascar, Bénin et Algérie, l’Etat a toujours occupé une place capitale dans le secteur bancaire .Les nationalisations successives des années 1970 et 1980, ont fait que l’Etat était devenue acteur principal du secteur bancaire comme résultat explosion des crédits bancaires et des financements des grands programmes d’investissement à outrance (Comme le cas de Madagascar vers la fin des années 1970 et début 1980). Le niveau élevé de l’indice Banque (Environ 0,65 ou plus) enregistré depuis 1996 reflète l’assainissement et la bonne santé du secteur bancaire du continent à cause de la privatisation du secteur qui a fait explosé les crédits intérieurs mais aussi et surtout la maîtrise des crédits de la Banque centrale dans l’économie (financement du déficit).
La baisse tendancielle de l’indice BANCECO (passant de 0,35 en 1985 à 0,18 en 1995 et 0,17 en 2000) confirme la diminution relative du rôle des banques dans l’économie.
Amérique latine
Les pays de l’ Amérique Latine sont réputés pour l’instabilité de leur secteur financier. La crise d’endettement international des années 1980 a fait sa gestion en Mexique avant de faire une tache d’huile dans les autres PED de la région, de l’Afrique et de l’Asie. Les crises successives des années subséquentes : crise Mexicaine de 1994, crise brésilienne de 1998, crise de la dette souveraine de l’équateur de 1998, crise de l’Argentine de 2002 reflètent la fragilité financière permanente de ces pays qui évidement nous renvoie à l’analyse du niveau de développement de leur secteur financier (Tableau 4).
Tableau 4 : Indicateurs de développement financier de l’Amérique latine (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,22 0,17 0,19 0,26 0,26 0,28 0,28 0,28 0,27
PRIVE 0,73 0,52 0,55 0,86 0,83 0,74 0,70 0,65 0,68
PRIVY 0,19 0,15 0,18 0,25 0,21 0,23 0,24 0,24 0,23
BANQUE 0,55 0,55 0,79 0,85 0,89 0,84 0,81 0,81
BANCECO 0,18 0,24 0,28 0,26 0,29 0,29 0,30 0,29
(1) : Argentine, Equateur, Brésil, Mexique
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
A priori, l’examen rapide relatif au tableau 4 indique un faible niveau de monétisation de l’économie, une forte implication du secteur privé et du secteur bancaire dans l’économie.
L’indice relatif à la profondeur financière (M2 /PIB) est faible, avoisine même le niveau de l’Afrique .Cet indice passe ainsi de 0,22 en 1980 à 0,26 en 1995 et 0,27 en 2000.Les pays d’Amérique latine sont alors des pays à faible niveau de monétisation .Ce faible niveau de monétisation reflète la réticence de la population à détenir des actifs liquides vue l’hyperinflation et les désordres monétaires qui caractérisent ces pays. Les gens ont tendance ainsi à détenir des actifs moins liquides et les transformer en actifs liquide en cas de crise comme a été le cas en 2002 en Argentine. A titre d’illustration, cet indice a été de 0,24 en 1980 en Argentine, 0,11 en 1990 et 0,31 en 2000 .Dans la même période, il a été respectivement 0,11 et 0,25 en 1980 et 1985 au Brésil et 0,28 en 2000.
L’indice PRIVE ( Crédit au secteur privé / Crédit intérieur) montre une importance capitale du secteur privé malgré une forte régression enregistrée entre 1980 et 1990 .Cet indice a passé de 0,73 en 1980 à 0,55 en 1990 et 0,67 en 2000 .
Parallèlement, la variable PRIVY (Crédit privé /PIB) a enregistré un résultat médiocre (en déca de la moyenne des PED et légèrement au dessus de l’Afrique). Cet indice a passé ainsi de 0,19 à 0,15 en 1980 et 1985 et de 0,25 à 0,23 en 1995 et 2000 alors que la valeur moyenne de l’ étude de King et Levine [1993] a été respectivement 0,20 et 0,13 pour les pays pauvres et très pauvres en 1985 .
La variable BANQUE montre le rôle capital du secteur bancaire vis-à-vis de la Banque centrale. Cette variable a passé de 0,55 à 0,79 de 1985 à 1995 et 0,81 en 2000.La stagnation de cette variable observée entre 1985 et 1990 est attribuée à la réticence des banques à financer les activités économiques dans les PED suite à la crise d’endettement international qui a fait naître des créances douteuses dans la majorité des PED surtout en Amérique latine (dont les pays de l’échantillon).
La faible valeur de la variable BANCECO reflète le fait que les secteurs bancaires de ces pays ne sont pas vraiment dynamiques.
Asie
Ces deux dernières décennies, le continent asiatique (surtout les pays émergents ) se différencie de d’Afrique et de l’Amérique latine par le dynamisme spectaculaire de leur secteur financier conjugué au développement spectaculaire du secteur réel. Ces pays ont dégagé un taux de croissance moyen de plus de 6% et plus de 10 % pour la chine durant la dernière décennie et de nos jours .Mais la crise asiatique de 1997 est un signal fort de la fragilité financière de ces pays. Crise attribuée souvent au phénomène de Péché Originel d’Eichengreen et Hausmann [1999,2003] et l’Arrêt Brutal (Sudden Stopps) de Calvo [1998, 2004] , elle trouve avant tout sa source dans l’ état d’avancement de leur secteur financier ( Tableau 5).
Tableau 5 : Indicateurs de développement financier de l’Asie (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,32 0,42 0,54 0,63 0,66 0,72 0,80 0,86 0,90
PRIVE 0,77 0,87 0,88 0,90 0,90 0,88 0,83 0,72 0,70
PRIVY 0,31 0,41 0,56 0,63 0,67 0,75 0,75 0,71 0,70
BANQUE 0,71 0,78 0,86 0,87 0,82 0,81 0,81 0,84
BANCECO 0,46 0,59 0,66 0,70 0,78 0,81 0,82 0,83
(1) : Inde, Chine, Indonésie, Corée du Sud, Thaïlande.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
En nous referant au Tableau 4, on constate que la profondeur financière (M2/PIB) de l’Asie (l’échantillon) est déjà largement avancé .Ce qui signifie un niveau de monétisation élevé de l’économie .Cette variable a presque triplé de valeur en 20 ans passant de 0,32 en 1980 à 0,63 en 1995 et 0,90 en 2000.Ce niveau elévé de l’indice approfondissement financier met en lumière l’ état d’avancement et la dynamique considérable du secteur financier de l’ Asie
( pays émergents de l’ Asie ).Le niveau d’après 1996 ( 0,66 et plus ) avoisine ou dépasse même le niveau de profondeur financière des pays riches ( 0,51 ) et des pays très riches ( 0,67 ) relatif à l’ année 1985 [King et Levine ,1993] .
A titre d’illustration, à noter que cet indice a passé de 0,37 à 0,42 de 1980 à 1990 en Inde et 0,56 en 2000 .En chine , il a passé de 0,36 à 0,80 de 1980 à 1990 et 1,52 en 2000 .En Indonésie ,Corée du Sud et Thaïlande , il est passé respectivement de 0,16 ; 0,33 et 0,38 en 1980 à 0,40 ; 0,38 et 0,70 en 1990 , enfin 0,57 ; 0,79 et 1,05 en 2000.Se referant à ces valeurs , on peut déduire que la chine et la Thaïlande sont des pays largement monétisé par rapport à la Corée du sud , l’ Indonésie et l’Inde. Toutefois, ils représentent tous un indice jugé significatif largement au dessus du seuil minimal de développement financier de 0,365 avancé par Varoudakis et Berthelemy [1998].
L’analyse des variables PRIVE et PRIVY font ressortir une importance capitale et une forte implication du secteur privé dans l’économie. L’indice PRIVE passe ainsi de 0,77 à 0,88 de 1980 à 1990 et 0,70 en 2000. Ce secteur englobe alors presque deux tiers ou plus même des crédits intérieurs. On voit bien la dynamique du secteur privé dans ce continent .L’indice PRIVY a aussi enregistré une performance remarquable passant de 0,31 à 0,56 de 1980 à 1990 et 0,70 en 2000.
En ce qui concerne la variable BANQUE ,la dynamique du secteur bancaire est remarquable .Cet indice a passé de 0,71 à 0,86 de 1980 à 1995 et 0,84 .La crise asiatique de 19997 a affecté d’une manière moins significative le secteur bancaire car l’indice Banque a passé de 0,87 en 1996 avant la crise à 0,81 en 1997 pendant la crise et s’est stabilisé à 0,81 pendant les deux années qui ont suivi la crise c'est-à-dire en 1998 et 1999 .La valeur élevée de cet indice Banque ( supérieure à 0,70 ) pendant la période d’étude reflète bien la forte implication du secteur bancaire dans ces pays et son rôle capital vis-à-vis de la Banque centrale.
La dynamique du secteur bancaire est confirmée si on analyse l’évolution de la variable BANCECO .Cet indice a passée ainsi de 0,46 à 0,66 de 1985 à 1995 et 0,83 en 2000 .
En bref , en nous référant aux tableaux 3-4-5, parmi les PED ,les pays de l’ Asie mènent la cadence en matière de développement financier , suivi de l’ Amérique latine et de l’Afrique qui comme toujours termine la marche. L’indicateur relatif à la profondeur financière ( M2/PIB ) ,les indices BANQUE et BANCECO corroborent ce constat. La supériorité asiatique est nette devant les résultats moyens de l’Amérique latine et la performance médiocre de l’Afrique. Si les indicateurs directs de développement financier montrent une nette différence entre ces trois régions, l’analyse des deux autres indicateurs indirects à savoir le PRIVE (Crédit privé / Crédit intérieur) et le PRIVY (Crédit privé / PIB) ne nous permet pas de faire une conclusion nette. Une analyse approfondie de l’évolution de ces deux variables nous permet quand même de confirmer la classification précédemment.
1-2-3-Indicateurs relatifs au marché boursier
Compte de tenu de l’importance du développement spectaculaire des marchés boursiers dans certains PED (quelques pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, quelques pays d’Afrique) il s’avère capital d’intégrer dans notre analyse deux nouvelles variables : la capitalisation boursière et le turnover. Ces variables permettent d’évaluer la taille et la liquidité du marché. Levine et zervos [1996] ont été les premiers à avoir développé suffisamment cette approche.
i)- Le Ratio de capitalisation boursière sur le PIB ( CapBour/PIB ) permet d’évaluer la taille du marché .La capitalisation boursière est égale à la valeur totale de tous les titres inscrits . Pour Levine et Zervos , la taille du marché boursier est positivement corrélée avec l’ habilité à mobiliser le capital et à diversifier le risque.
ii)-Le Turnover (TURN) est le taux de rotation en volume c'est-à-dire le rapport des transactions en volume sur la capitalisation boursière en volume. Cette mesure complète aussi la mesure concernant la taille car un marché peut être important mais inactif.
Constatant l’importance de la libéralisation financière dans les pays émergents, et faute de données statistiques suffisantes permettant de calculer ces indicateurs, nous nous limiterons ici aux données de Levine et Zervos de 1996.
Le tableau 6 ci-après met en évidence l’évolution de ces indicateurs pour certains pays émergents.
Tableau 6 : Indicateurs du marché boursier des pays émergents
CapBour/PIB Turnover
Avant Après Avant Après
Argentine 0,0115 0,0658 1,167 3,395
Brésil 0,0565 0,3268 4,361 3,790
Mexique 0,0762 0,2894 7,477 3,561
Philippines0,0712 0,2457 4,513 2,015
Thaïlande 0,0682 0,4172 6,213 0,8561
Inde 0,0749 0,2397 5,059 3,343
Pakistan 0,0581 0,1620 0,720 1,474
Jordanie 0,4205 0,5714 0,607 2,026
Source :Levine et Zervos ,1996.
Ce tableau montre que l’intégration financière a permis d’augmenter la capitalisation boursière des marchés émergents surtout dans des pays comme la Thaïlande, la Jordanie et le Brésil où elle (la capitalisation boursière) a déjà enregistré un score significatif .Toutefois, l’évolution de l’indicateur TURNOVER dans des pays comme le Brésil, le Mexique, le Philippines, la Thaïlande et l’Inde reflète le manque de dynamisme de ces marchés. Certains pays émergents n’ont pas pu alors dynamiser les transactions au sein de leurs bourses de valeur mobilières de façon à ce que les taux de transactions suivent le rythme de croissance de la capitalisation. Ce fait s’explique par le faible pouvoir de financement du marché financier. Une étude de la Banque Européenne de l’Investissement [2006] a pu montrer la situation globale des PED mettant en exergue les indicateurs relatifs au Turnover et à la capitalisation boursière comme le montre le tableau 7 .
Tableau 7 : Indicateurs du marché boursier des PED et des autres pays (en % )
Afrique Asie Amq lat PaysMed UE 25 UE8 EU
TURNOVER
36,1 90,4 23,7 107,4 93,3 41,7 169,1
CapBour
Privé/PIB 9,7 11,4 6,7 nd 39,4 4,9 106,8
CapBour
Publiq
/PIB 36,4 16,9 25,9 42,5 47,1 29,3 44,1
Note : Amq lat : Amérique latine, PaysMed : Pays de la Mediterannée, UE : les 25 pays membres de l’ Union Européenne, U8 : Les huit pays de l’Europe centrale et orientale qui ont adhéré l’Union Européenne en 2004, EU : Etats-Unis.
Source : Banque Européenne d’Investissement ,2006 , Tendance économique dans les pays partenaires (p.19).
L’examen relatif à ce tableau montre une forte dynamique du marché boursier des pays de la Mediterannée et asiatique présentant un taux de rotation respectif de 107,4% et 90,4% avoisinant ou dépassant même la performance des 25 pays de l’Union Européenne .Chose surprenante, l’ Afrique dépasse même l’Amérique latine en matière de capitalisation boursière ( privée ou publique ) mais aussi en matière de rotation des valeurs mobilières (Turnover).La performance globale des PED ( Asie, Amérique latine , Afrique , Pays de la Mediterannée ) est comparable à celle des huit nouveaux membre de l’ Union Européenne ( UE8).Il est quand même important de noter que ces indicateurs reflètent largement la situation des pays émergents parmi les PED mais non pas de l’ensemble des PED .Le résultat significatif de l’ Afrique est alors biaisé par la performance de l’Afrique du Sud. La dynamique de l’Asie et de l’Amérique latine est attribuée aux pays émergents de ces deux continents.
Si les indicateurs relatifs au secteur financier présentés jusqu’ici permettent d’avoir une vision d’ensemble de son état d’avancement, ils ne fournissent pas des informations fiables quant à sa solidité .
1-2-3-Indicateurs de solidité du secteur financier des PED
Les indicateurs proposés précédemment ne permettent pas d’évaluer la solidité du secteur financier. Ce sont des indicateurs relatifs à la taille et à la liquidité réelle de l’économie. N’est-il pas alors capital de proposer d’autres indicateurs permettant d’évaluer la solidité du secteur financier du pays en question ? Trois indicateurs à savoir le rendement de l’ actif , le Ratio prêts non productifs sur le total des prêts , le capital réglementaire rapporté à l’ actif pondéré en fonction des risques permettent d’évaluer cette solidité du secteur financier comme le montre le tableau 8 ci- dessous .
Tableau 8 : Indicateurs de solidité du secteur bancaire des PED ( en %)
Rendement de l’actif Prêts non productifs sur total des prêts Capital réglementaire sur actif pondéré en fonction des risques
2002 2003 2004 2002 2003 2004 2002 2003 2004
PaysEmerg Asie 0,8 0,9 1,3 15,5 13,1 10,8 13,8 14,31 14,3
Amérique latine -1,3 1,3 1,6 12 9,6 6,9 13,7 14,7 16,1
Moyen Orient 1,2 1,2 1,5 14,7 14,3 13,4 15,2 14,9 14,6
Afrq Subsahar 2,1 3,1 3,1 16,9 14,6 13,3 17,7 16,6 16,9
Source : FMI , Global Stabilty Reviw [ 2005 ].
L’examen relatif au tableau 8 montre que le secteur bancaire des PED affiche des indicateurs agrégés de performance modeste. Ce fait reflète bien les conditions d’activité difficile et l’insuffisance de la pratique de gestion des risques. La faiblesse du rendement de l’ actif ,conjugué à l’importance des taux de prêts non productifs, malgré le résultat encourageant au niveau du ratio d’adéquation du capital ( capital réglementaire / actif pondéré en fonction des risques ) illustre la fragilité du secteur bancaire des PED .Une analyse approfondie de ce tableau permet d’avancer que le Moyen Orient et l’ Afrique Subsaharienne sont fortement exposés si on se réfère à l’indicateur relatif au prêts non productifs alors que l’ Amérique latine et les pays émergents d’Asie affichent une certaine stabilité .La tendance se renverse si on s’intéresse au rendement de l’ actif, une situation paradoxale car ces deux sous-régions
(Afrique subsaharienne et le Moyen orient) sont largement marginalisées par les créanciers privés pour des causes diverses.
Si on prolonge l’analyse dans le cadre des marchés financiers (tableau 9), on aperçoit que l’indicateur relatif à la volatilité des rendements boursiers affiche une performance notable dans tous les pays de l’échantillon à l’exception du Brésil et de l’Argentine qui ont connu une hausse de cet indicateur au cours de la période considérée (avant et après la libéralisation financière).
Tableau 9 : Volatilité des rendements boursiers des pays émergents
Volatilité des Rendements boursiers
Avant Après
Argentine 0,281 0,428
Brésil 0,184 0,428
Mexique 0,107 0,103
Philippines 0,070 0,069
Thaïlande 0,056 0,068
Inde 0,036 0,070
Pakistan 0,030 0,060
Jordanie 0,044 0,042
Source :Levine et Zervos , 1996 .
Tel qu'on a pu constater à travers les différents données et tableaux de cet article , le defi du secteur financier reste de mise dans les PED.Si la suprematie asiatique est une évidence , le reveil de l' Amérique latine et de l' Afrique se dessine à l' horizon .Mais le fossé qui separe les pays émergents et les PMA restent encore une évidence dans les trois régions des PED ( Afrique , Asie et l' Amérique latine ).
Introduction
L’accession à l’indépendance et la prise en main par des nationaux du contrôle de la machine politique constitue la première étape de la décolonisation des PED .Avant de songer à l’indépendance économique, la principale préoccupation financière du nouvel Etat a été d’équilibrer le budget dont la partie fonctionnement est lourdement obérée par la création de services indispensable à sa souveraineté. La faiblesse des ressources propres dont disposent les PED à l’aube de leur indépendance les a contraint de recourir auprès de leur ancienne puissance coloniale. Mais face aux défis de développement inspirés par des programmes de développement national très ambitieux, le mécanisme de financement de ces pays n’a cessé de changer durant la période postérieure .La faiblesse de leurs ressources intérieures (financement par fonds propres) les a obligé de recourir auprès des organismes internationaux ou des Etats pour obtenir des aides ou des emprunts, emprunter auprès des banques pour financer leur économie. Le recours prolongé aux fonds extérieurs a conduit bon nombre des PED dans un système de néocolonialisme dans toutes ses formes remettant même en cause leur souveraineté nationale.
Après leur indépendance politique respective, les PED ont chacun essayé de faire face aux défis de développement longtemps bafoués par le système colonial. Cet article essaie de decortiquer d'une manière synthètique les tendances récentes du secteur financier des Pays en Développement( PED ) dont l'objectif principal est d'apprehender l'Etat , le niveau et la tendance de leur indépendance financière-objet d'un ( des ) autres articles ultérieurs.
1-1- Vue d’ensemble du secteur financier des PED
1-1-Le dualisme financier dans les PED
L’analyse du niveau et de l’évolution de l’indépendance financière nécessite une connaissance approfondie des paramètres jugés indispensables dans le fonctionnement de l’économie d’un pays tout comme pour l’ensemble des PED. C’est l’objet de notre étude ici.
Depuis l’indépendance, des multitudes de reformes se sont succédées dans les PED, pour faire face au défi de développement longtemps revendiqué par la population locale mais aussi et surtout en vue de réduire les risques de vulnérabilité financière qui les secouent régulièrement (crise de la dette, crise financière, etc.) .Ces reformes ont débouché à quelques changements majeurs de leur secteur financier.
On note ainsi :
- des changements dans le secteur bancaire (création de banque de développement, Institutions financières publiques) ;
- l’instauration de marchés des valeurs mobilières ;
- l’apparition des marchés de la dette intérieure
- la dollarisation de l’économie ;
- le développement des institutions de micro finance.
Comme le note Hugon [2006] :« les pays en développement en particulier connaissent un « sous développement économique lié au sous développement financier .Dans ces pays les marchés monétaires sont peu nombreux et peu actifs , les marchés financiers sont embryonnaires ou inexistants (à l’ exception de quelques pays émergents ) ,les filiales étrangères utilisent pour l’ essentiel des circuits « off shore » liés à leurs maisons mères , les petites entreprises locales ont peu accès aux mécanismes de financement , seuls l’ Etat et les entreprises publiques et les emprunteurs à court terme ( crédit de campagne , import export) sont les principaux bénéficiaires des systèmes financiers ».
Malgré les reformes successives entreprises (libéralisation, assainissement), le secteur financier des PED reste toujours fortement segmenté et dans l’incapacité de financer le développement.
Mais qu’en est –il vraiment du secteur financier des PED ? Quels sont les traits marquant du secteur financier des PED depuis l’indépendance ?
Si le dualisme financier caractérise le système financier des PED dans son ensemble, son niveau d’intermédiation en constitue le noyau dur.
Dans la plupart des PED, les systèmes financiers se caractérisent par la coexistence et le fonctionnement parallèle de deux secteurs financiers, l’un formel et l’autre informel. Ce caractère hétérogène des systèmes financiers, plus couramment appelé « le dualisme financier » est l’un des traits distinctifs des économies en développement. Le secteur financier informel est largement marqué par l’absence de règle réglementaire, l’importance des liens interpersonnels et la souplesse des opérations. Le secteur formel par contre est très réglementé, souvent hérité du système colonial.
Les systèmes financiers des PED font apparaître un important dualisme financier, le marché des fonds prêtables étant partitionné .D’un coté, on trouve les banques, très spécialisées dans le financement d’activités formelles, dont les risques doivent être compensés par l’existence de garanties réelles. De l’autre, on trouve un secteur formel qui finance toutes sortes d’activités tant formelles que souterraines, par l’ allocution de N crédits personnels , davantage fondés sur la confiance vis-à-vis du débiteur que sur la base d’estimations du rendement et risque associés aux créances [C . Eboue, 1990, p.27] .Cette vision de
C. Eboué malgré les changements qui se sont opérés dans le secteur financier des PED depuis 1990 reste de nos jours valable.
Grossomodo , si le secteur formel se réfère à un système institutionnel organisé, axé sur les zones urbaines et répondant aux besoins financiers du secteur moderne monétisé, le secteur informel moins institutionnalisé et moins réglementé s’intéresse de plus en plus aux zones rurales et aux sphères de subsistances de l’ économie. Cependant, cette délimitation informel / formel n’est pas toujours évident car la réalité est de plus en plus complexe et il est difficile de tracer avec précision une ligne de partage entre les deux secteurs.
Comme le note Dimitri Germidis et al [1991, p .12] : « Il est devenu traditionnel d’opposer le secteur financier formel au secteur financier informel . Mais il est également important de reconnaître que chacun des deux secteurs est lui –même très diversifié. Il semble difficile de tracer avec précision une ligne de partage entre ces deux sous-ensembles aux contours flous ( « fuzzy sets » ) ».
Il est évident que la structure et le fonctionnement du secteur financier formel déterminent et influencent la nature et l’importance du secteur financier informel, ce qui n’empêche pas ce dernier d’avoir sa propre dynamique. Suivant le pays et le contexte , ce secteur peut ainsi enregistré 30 % à 60% voir plus du total des crédits ruraux, etc. Les circuits de la finance informelle sont caractérisés par plusieurs traits: prédominance des transactions en espèces, faiblesse ou absence des enregistrements et des règlementations, échelle restreinte des opérations, échanges d'actifs hors des cadres juridiques, rôle des relations personnelles et communautaires d’appartenance ou d’adhésion [Lelart ,2005] ;l’argent chaud créateur de lien l’emporte sur l’ argent froid non créateur d’obligation [Bédart ,1986] .Ces circuits informels permettent de différer la consommation et de réaliser une épargne forcée.
Deux thèses principales sont généralement avancées quant aux causes du dualisme financier .La première considère que le secteur financier informel s’explique par les carences du secteur financier formel lesquelles résultent de la répression financière c'est-à-dire la réglementation stricte du système financier et des diverses contraintes imposées par les autorités publiques sur l’activité des institutions financières. La seconde thèse avance que le dualisme monétaire et financier s’explique par le dualisme intrinsèque des structures économiques et sociales et par l’attachement des populations rurales aux valeurs et coutumes traditionnelles [Ibid, p.14]. Autrement dit, le dualisme peut être imputé aussi bien à la répression financière qu’à l’attachement de la population à des comportements traditionnels.
Le regain d’intérêt pour la micro finance dans les années 1990, suite au succès de la Gramen Bank au Bangladesh comme une alternative efficace contre la pauvreté [Soulama , 2002] a transformé d’une manière radicale les systèmes de financement de certaines catégories de population dans bon nombre des PED .Soulama [2002] argumente ainsi : « A l’alternative de l’ aide improductive, la microfinance substitue l’aide efficace, une aide par l’ intermédiaire de petits prêts adaptés aux besoins de la population, qui leur permet de créer de microentreprises viables ».Mais cette émergence de la micro finance a fait apparaître deux changements majeurs dans ces pays [Michel Lelart, 2002]. C’est d’abord l’ apparition d’un secteur financier intermédiaire entre le secteur financier formel et le secteur financier informel , un système financier officiellement reconnu et qu’il faut réglementer . C’est ensuite l’importance du crédit en lieu et place de l’épargne, brisant du même coup le cercle dit vicieux de la pauvreté, le remplaçant avec succès par le cercle vertueux du microcrédit» . Dans certains PED (en particulier dans les pays de l’ UEMOA), il existe désormais à coté des systèmes financiers formels et informels, un Système dit Financier Décentralisé (SFD) .La BCEAO distingue principalement trois types de structures : les coopératives ou mutuelles d’épargne et de crédit, les institutions de crédit solidaire et les projet à volet crédit. Parmi les évolutions récentes , on peut constater qu’il y a une tendance au rapprochement entre les institutions de microfinance classiques et les banques commerciales classiques (et inversement ).Cette tendance s’explique par le phénomène de « downgrading » ( descente de certaines banques classiques dans le champ de la microfinance ) ou du « upgradind » (remontée de certaines institutions classique de micro finance vers des formes bancaires traditionnelles).Cette évolution est loin d’être achevée en Afrique subsaharienne tout comme dans la plupart des PED mais les tendances récentes sont prometteuses .
Quelles qu’en soient les causes, le dualisme financier peut avoir un impact positif et négatif dans les PED. Mais le développement spectaculaire du système de microfinance dans bon nombre des PED ces dernières années, conjuguées aux reformes successives du secteur financier formel nous incitent à avancer que :i) ces deux secteurs peuvent coexister, ii) sont complémentaires, iii) nécessitent des mesures spécifiques pour être viables dans les PED.
Mais qu’en est –il de l’intermédiation financière des PED ?
1-2-L’intermediation financière dans les PED
Dans un article fondateur intitulé : « The crisis in Keynesian Economics », J.R .Hicks [1974] en inventant la notion d’ Economie d’endettement (Economie de Fonds Propres) et l’ Economie de marché financier a ouvert la voie dans l’analyse des différents mécanismes et phénomènes qui se rapportent à l’intermédiation financière . Conformément à l’analyse de Hicks, une économie d’endettement est une économie dans laquelle les agents économiques à besoin de financement (normalement les entreprises, parfois l’Etat) financent leurs déficits en s’adressant principalement aux intermédiaires financiers ( les banques ).A l’inverse, dans une économie de marché financier, les agents à besoins de financement font plus appel aux émissions de titres sur les marchés financiers.
Il est crucial de rappeler que les intervenants financiers formels dans les PED sont composés principalement par :
- la Banque centrale ;
-les Banques et intermédiaires financiers (Banques commerciales, Banques d’affaires , Caisse d’épargne ,Organismes de crédit immobilier , Réseau d’épargne postale , Banques de développement , autres institutions financières , Compagnies d’assurance , etc ) ;
-marchés financiers (valeurs mobilières).
Malgré le développement spectaculaire de la finance informelle et de la microfinance dans certains pays, la dualité financement bancaire / financement par les marchés financiers occupe toujours une place centrale dans l’analyse du structure et de l’évolution du système financier des PED tout comme dans certains pays riches du nord vers les années 1980 et 1990.
D’une manière générale, une distinction fondamentale peut être établie dans les systèmes financiers des PED surtout depuis les années 1990 :
-ceux où les banques et les autres intermédiaires financiers jouent un rôle dominant ;
-ceux où les marchés financiers occupent une place centrale dans le financement de l’économie.
Quoi qu’il en soit, contrairement aux pays riches où le marché boursier est déjà largement développé, le secteur financier des PED reste encore fortement dominé par le secteur bancaire .L’explosion et le développement spectaculaire de l’activité boursière et les marchés financiers dans certains pays émergents
(Pays émergents d’Asie et d’Amérique latine) durant ces dernières décennies, avoisinant même les places financières des pays riches, ne les empêchent pas de figurer parmi les pays à « Economie d’endettement ».
Mais il est extrêmement difficile de faire une délimitation formelle que tel groupe de pays fait parti d’une économie d’endettement et tel groupe des pays à économie de marché financier. Frederic Poulon [2002, p.33] analysant la transition d’une économie d’endettement vers une économie de marchés financiers et prenant comme exemple le cas de la France (1981-1999) a constaté que l’ économie française était dans un état d’économie d’endettement jusqu’en 1990 .Se referant au taux d’intermédiation financière en termes d’offre ( au sens strict , c'est-à-dire le financement bancaire ) par les établissement de crédit , cet auteur a trouvé que l’ économie française a enregistré un taux d’intermédiation supérieure à la valeur critique 1 /2 jusqu’en 1990 .Ce taux a passé ainsi de 78% en 1981 à 65% en 1985 et est descendu à 45% en 1986 pour finir à 58% en 1990 date après laquelle il sera au dessous du niveau critique de 50% ( 45 % en 1991 , 2 % en 1993 et respectivement 32% et 37% en 1997 et 1999) .Toutefois F.Poulon , n’a pas manqué de noter que la transition de l’ économie française vers l’état d’économies de marchés financiers a commencé en 1983 .Une situation qui s’explique par le phénomène de désintermédiation financière au niveau mondial suite à l’ éclatement de la crise international de la dette en 1982 qui a profondément touché le fonctionnement des marches financiers internationaux mais aussi et surtout celui nationaux. Mais le résultat de l’ étude de Nicole Poulon Lafaye [2002, p .63-82] semble contredire la conclusion de F.Poulon selon laquelle la France est passée à l’ Etat d’économie d’endettement depuis 1990 .En effet ,Nicole Poulon Lafaye [Ibid , p.69] a pris en compte l’ indicateur d’intermédiation non plus en termes d’offres au sens strict mais au sens large .Le Conseil National de Crédit ( France ) a décidé depuis 1998 de calculer un nouveau indicateur d’intermédiation financière au sens large . Cet indicateur, contrairement à l’autre (en termes d’offres au sens strict) intègre non seulement les établissements de crédits (banques) mais aussi les sociétés d’assurances, les OPCVM (Organismes Public en Placement des Valeurs Mobilières) vue l’importance de ces institutions dans l’intermédiation. L’examen relatif à l’ évolution de ce taux d’intermédiation financière au sens large lui a permis de constater qu’en fait, l’ économie française est toujours dans un état d’économie d’endettement depuis 1990 .Ce taux a passé ainsi de 78% en 1981 à 64 % en 1985 avant de baisser à 58% en 1990 ,71% en 1993 et 70 % en 1995 .Les valeurs frontières de 40 % et de 48% enregistrées respectivement en 1986 et 1987 ne permettent pas de conclure que l’ économie française était dans un état d’économies de marchés financiers .Parallèlement, la Tunisie pressentant un taux d’intermédiation financière au sens large élevé avec un rythme de croissance soutenue ( 57 % en 1988 ; 67%en 1990 ; 71 % en 1993 et 70 % en 1995 ) est sans aucun doute une économie d’endettement.
Les résultats de l’étude de M Boutiller et J .C Bricongne [2006] qui couvre la période ( 1994 -2004 ) confirment la conclusion de F.Poulon selon laquelle l’ économie française est passée en état d’économie de marchés financiers si l’on se réfère au taux d’intermédiation au sens strict (y compris les crédits des sociétés d’assurance et des OPCVM ) .L’ analyse en termes d’intermédiation au sens large ( tient compte des placements en titres des institutions de crédits , les assurances et les OPCVM) ne corrobore pas ce constat. D ‘après Boutiller et Bricongne [2006] , en France, le taux d’intermédiation financière au sens strict (hors crédits des OPCVM et des sociétés d’assurasse) a passé de 54% à 39 ,5% de 1994 à 2004. Ce taux a passé de 55,4% à 40 ,4 % respectivement en 1994 et 2004 si on tient compte des crédits des OPCVM et des sociétés d’assurance. Le taux d’intermédiation au sens large quant à lui a passé de 76 ,2% en 1994 à 58 ,8% en 2004 .L’économie française est donc une économie de marchés financier si on se réfère au taux d’intermédiation au sens strict mais elle est une économie d’endettement si on tient compte du taux au sens large.
La situation des quatre autres pays riches (Etats –Unis, Royaume Uni, Allemagne, Espagne) mérite d’être mentionnée .Limitant l’analyse au taux d’intermédiation au sens strict, les Etats-Unis et le Royaume Uni sont déjà classés dans l’économie de marché financier, toutefois, cette affirmation est à relativiser car ils ne sont pas vraiment loin de la valeur frontière de 1/2 qui délimite notre classification En effet , le taux d’intermédiation financière des Etats-Unis et du Royaume Uni ont passé respectivement de 33,6% , 33 ,8% en 1994 à 42,9% et 38,9% en 2000 . En 2004, ce taux a été respectivement 47,7 % et 46,2% .L’Allemagne et l’Espagne par contre sont des pays qui méritent de figurer dans les pays à « Economie d’endettement» .Un taux d’intermédiation financière de 69,6% en 1994 ; 73,4% en 2000 et 68 ,6% en 2004 a fait de l’Allemagne le premier pays le plus intermédié parmi les pays les plus riches. L’Espagne avec un taux de 46,1% en 1994 ; 50,6 % en 2000 et 60,2% en 2004 n’en reste pas loin.
Les PED sont des pays à « Economie d’endettement » du fait de la prédominance du secteur bancaire et des intermédiaires financiers traditionnels dans le financement de leur économie. Nous verrons plus tard une analyse détaillée là dessus. Pour l’instant contentons nous d’un aperçu général relatif à leur niveau d’intermédiation financière tiré des travaux de certains auteurs qui ont analysé ce problème.
Dimitri Germidis et alii [1991, p.126-128] effectuant une étude spécifique sur quelques PED ont pu analyser le niveau d’intermédiation financière et l’état d’avancement de quelques PED. En effet, l’analyse de la répartition de l’épargne financière de quelques PED en 1985 ( en pourcentage du total des engagements bruts du système financier ) montre la prédominance du secteur bancaire .Il ressortait de cette étude que les banques commerciales représentent la part la plus importante du total des engagements bruts du système financier, soit en moyenne 50% .Ce ratio va de 31% au Brésil à 40% au Philippines, 45% en Malaisie ,54% en Corée du Sud 59 % en Thaïlande ,57% au Nigeria et 63% au Chili. Les banques centrales viennent au second rang avec des pourcentages qui vont de 10% en Malaisie et en Corée, 20% au Chili et 35% au Brésil et aux Philippines. Cette part reflète le degré d’intervention des autorités publiques dans l’activité économique. La part des établissements de crédits spécialisés correspond en grande partie à celles des banques de développement ; leur poids varie de 2% au Chili et au Nigeria à 8 % en Inde ,16 en Corée du sud et au Philippines et au 18% en Malaisie. Les systèmes de sécurité sociale et les compagnies d’assurance ne représentent qu’une fraction limitée du total des engagements du système financier. Ils n’occupent une place importante qu’en Malaisie et au Chili , grâce notamment au rôle des prévoyance dans ces pays . Les caisses d’épargnent représentent lorsqu’elles existent une part limitée du total des engagements bruts , qui va de zéro au Chili et au Nigeria à 4% au Philippines et 11% au Brésil. Le poids relatif des fonds mutualistes, des trusts et des banques d’investissement est du même ordre, c'est-à-dire entre 1% et 11% du total des engagements bruts .Ce ratio va de 0% au Thaïlande ,1% en Inde et au Chili ,5% au Brésil ,9% au Nigeria et11% en Corée du sud.
En ce qui concerne les marchés financiers, cette étude montre que la part des valeurs mobilières à long terme à revenu fixe et à revenu variable va de 11% en Corée , 20% en Thaïlande , 24% au Nigeria , 30% au Brésil à 48 % en Malaisie.
Chose curieuse, contrairement à l’apparence bon nombres des pays riches réputés par le développement spectaculaire de leur marché financier restent encore fortement dominés par la prédominance du secteur bancaire et le financement intermédié.
Les pays à économies d’endettement (surtout les PED) ont un fonctionnement spécifique par rapport aux pays à « économies de marchés financiers ».
Dans les pays à « économies d’endettement », les agents à capacité de financement préfèrent les placements dans les banques aux titres émis sur les marchés financiers .Généralement, cette préférence pour la liquidité des épargnants conduit les intermédiaires financiers à transformer les liquidités en prêts à moyen et à long termes. Par contre, dans une économie de marché financier, les intermédiaires financiers peuvent plus aisément financer leurs prêts à moyen ou à long terme par des ressources de même échéance grâce à des émissions sur les marchés financiers [SG Jeanneney, 1998, p.53-54] .
Comme l’a remarqué SG Jeanneney [Ibid, p.56-57], dans une économie d’endettement :
i)-la création monétaire peut accroître l’investissement et à travers le multiplicateur keynésien d’investissement l’épargne globale ;
ii)-le taux d’intérêt significatif du point de vue de l’investissement est le taux des crédits bancaires ;
iii)-Il est possible de pratiquer une politique dirigiste du crédit (avec encadrement quantitatif du crédit bancaire et administration des taux d’intérêt. Les taux pratiqués par les banques peuvent être des taux de déséquilibre (la demande de crédit étant supérieure à l’offre) ;
iv)-les banques sont généralement très dépendantes du refinancement de la Banque centrale, d’autant plus que dans les économies peu développées, la monnaie manuelle (émise par la banque centrale) constitue une part importante de la masse monétaire.
Dans ces conditions, il est difficile pour la banque centrale de pratiquer une politique de limitation quantitative stricte de l’offre de monnaie (politique de base monétaire). Il lui reste néanmoins la possibilité d’agir sur la demande de la monnaie centrale par une variation de son taux d’intérêt.
La connaissance de l’état et du niveau d’intermédiation financière est une notion capitale pour appréhender le niveau d’indépendance financière des PED, mais l’analyse des indicateurs spécifiques relatifs au niveau de développement financier en constitue le pilier fondamental.
2- Indicateurs de développement financier des PED
2-1-Breve revue de littérature
Se questionner sur le niveau de développement du secteur financier d’un pays n’est pas chose facile. Quelle approche ? Quelles variables d’analyse à utiliser ?
Le FMI [2006] à travers sa publication de : « Indicateurs de Solidité
Financière » a déjà recensé plusieurs indicateurs permettant d’évaluer la solidité et la santé financière d’un pays .On peut lire à travers cette publication
[FMI, 2006, p.23] : « Les indicateurs de solidité Financière sont calculés pour aider à évaluer et à surveiller les forces et les faiblesses des systèmes financiers. De telles évaluations doivent tenir compte de la situation spécifique du pays concerné, en particulier de la structure de son système financier .Pour simplifier, il importe de savoir si une économie est composée d’un petit ou d’un grand nombre de banques,si elle dispose ou non d’intermédiaires financiers diversifiés, si son marché boursier est complexe et liquide ou non et si les intermédiaires financiers opèrent au niveau international » .S’il est une évidence de reconnaître la portée scientifique et méthodologique de ces indicateurs , fruit même de plusieurs années de recherche de la Division Institutions Financières II du Département des Statistiques ( avec la collaboration des autres Départements ) , la délimitation et l’interaction entre les secteurs financiers domestique et étranger a été presque négligée . Cette délimitation entre les secteurs domestique /étranger via l’approfondissement des déterminants de cette indépendance financière nous permettra par la suite de proposer des indicateurs d’Indépendance Financière qui eux aussi ne sont pas exempt de critique.
Depuis les travaux novateurs de Keynes [1936] qui a révolutionné la macroéconomie contemporaine, de nombreux auteurs ont essayé de chercher des indicateurs permettant d’évaluer le niveau de développement et la solidité du secteur financier d’un pays.
Avant d’entrer dans le cœur du débat, il est crucial de rappeler brièvement les débats relatifs à l’interaction croissance économique / développement du secteur financier (ou développement du secteur réel /développement financier).
L’analyse de l’interaction du développement du secteur réel (à travers la croissance économique) et celui financier est un débat vieux de plus d’un siècle. La question posée est alors de savoir: « Est-ce que le secteur financier qui tire et influence le développement du secteur réel ou c’est l’inverse qui se produit ? ».
Walter Bagehot [1873] et Shumpeter [1911] ont été les premiers à mettre en évidence l’existence d’un lien entre la croissance économique et le développement financier. Trois positions marquent le lien entre le système financier et croissance économique.
i)-Le secteur financier influe positivement sur la croissance économique
Ce premier groupe d’auteurs pense que le système financier a un impact positif sur la croissance économique. Il s’agit des auteurs comme Walter Bagehot [1873] et John Hicks [1969] qui ont montré le rôle critique qu’a joué le système financier dans l’essor de l’industrialisation en Angleterre en facilitant la mobilisation du capital .Schumpeter [1911] soulignant l’importance des banques via l’innovation technologique et le financement des entrepreneurs s’inscrit aussi dans le même ordre d’idée que Bagehot.
Les travaux de Gurley et Shaw [1960] (en approfondissant le rôle du secteur financier dans le processus de croissance économique) et Gerschenkron [1962] (qui a focalisé ses recherches dans l’analyse des écarts de développement par les différences du système bancaire) ont éclairé la voie dans recherche de l’existence du lien entre le secteur financier et la croissance économique. Mais les travaux ultérieurs de Goldsmith [1969] reste une référence .Dans ses travaux, Goldsmith [1969], s’appuie sur des données en coupe international sur la période 1860 à 1963 pour régresser la croissance moyenne sur le développement financier défini par la taille du secteur d’intermédiation financière (mesurée par la valeur de ses actifs sur le PIB).
Plus tard, Shaw et Mac Kinnon [1973] insistant beaucoup sur la théorie de la répression financière , Diamong .D et Dybvig.P [1983], Bencivenga et Smith [1991] mettant en avant le rôle du secteur bancaire ont permis de renouveler cette approche .Bencivenga, Smith et Starr [1996] ,Greenwood et Smith [1997], Rousseau et Wachtel [2000] quant à eux ont montré que la liquidité du marché boursier est importante pour la croissance économique.
Récemment , les travaux de Levine et King[1993] , Levine [1997 ,2000, 2004 , 2005] font autorité et constituent même les bases de références fondamentales en matière de l’analyse de l’ interaction entre le développement financier et croissance économique .Ross Levine [1997] s’intéressant sur un échantillon de 77 pays sur la période 1960-1989 a essayé de prouvé l’existence de lien formel entre le développement de la sphère réelle et la sphère financière . Même si son résultat n’est pas vraiment concluant , l’auteur trouve des corrélations substantielles entre certains indicateurs de la croissance économique et quatre indices de la maturité du secteur financier :i)- le ratio des passifs liquides du secteur ( monnaie en circulation et dépôts à vue ) par rapport au PIB , ii)- le rôle des banques primaires par rapport à la banque centrale ,iii)-la part du secteur privé dans le crédit intérieur ,iv)-les encours de crédit chez les entreprises privés par rapport au PIB. Levine constate également que pour 57 pays, le niveau initial (1960) du premier indice –passifs liquides/PIB prédit de façon significative les indicateurs de la croissance du PIB pendant les 30 années suivantes. On peut déduire aussi de l’étude de Levine qu’il n’est pas possible de prédire si le taux de croissance économique pourrait augmenter et le cas échéant de combien du fait de reformes financières entraînant certains changements spécifiques pour les principaux indices sectoriels. Mais les crises financières des pays émergents des années 1990 et des années subséquentes qui ont largement déstabilisés le secteur réel sont les preuves formelles de l’existence de lien de causalité entre le secteur financier et le secteur réel.
ii)-La croissance économique influe positivement le secteur financier
Le deuxième groupe d’auteurs au premier rang desquels figurent la Keynésienne Joan Robinson pense plutôt que c’est la croissance qui mène le système financier. Pour Robinson [1952] , le développement économique créerait des demandes de type particulier auxquelles répond le système financier en se développant . Le développement du secteur financier peut être donc interprété comme le résultat des demandes exprimées par le secteur productif. La causalité vu précédemment est alors inversée : le processus de croissance exige de nouveaux modes de financements, ce qui provoque le développement du secteur financier. Cette vision keynésienne de Robinson (qui s’oppose à la vision de Schumpeter qui accorde un rôle capital des banques) s’appuie sur le postulat selon lequel : « La où l’entreprise conduit, la finance suit ».La finance et les banques apparaissent alors comme étant des réponses endogènes à la demande exprimée par les agents économiques. Cependant, dans sa contribution de 1979, elle semble nuancer sa position qui se rapproche de la notion de pouvoir d’achat de Schumpeter. Elle reconnaît ainsi que la croissance peut être entravée par une insuffisance de crédit .Pour Robinson[1979] , une économie qui a atteint un certain degré de complexité a besoin de monnaie qui est la représentation abstraite du pouvoir d’achat à partir duquel des transactions peuvent avoir lieu. La vision de Robinson conduit en réalité à une causalité à double sens .Dans un premier temps, l’entreprise emprunte à une banque, puis lorsque le projet a porté ses fruits et accru les gains de l’entreprise, elle commence à émettre des actions ou des obligations et à rembourser l’emprunt à la banque, reconstituant ainsi son crédit pour pouvoir emprunter de nouveau. Le deuxième sens de la causalité se manifeste lorsqu’une proportion plus ou moins constante de l’investissement est financée, l’accroissement du taux d’investissement conduit à une augmentation des prêts bancaires. Ainsi, les crédits bancaires causent en premier lieu l’investissement lequel se traduit en retour par un accroissement du revenu national qui accompagne l’élévation du niveau d’investissement. Cette vision à double sens entre finance et développement réel conduit à considérer que Schumpeter avait partiellement raison.
iii)-Pas de causalité formelle entre le secteur financier et la croissance économique
Ce dernier groupe d’auteurs ne croit pas qu’il y ait une corrélation formelle entre système financier et croissance économique .Robert Lucas [1988] pense ainsi que le rôle des facteurs financiers dans la croissance est exagéré. Mayer [1988] quant à lui avance qu’un marché boursier développé n’est pas important pour le financement de l’entreprise. Stiglitz [1985,1999] corrobore ce constat affirmant que la liquidité des marchés financiers n’a pas d’impact sur le comportement des gestionnaires de compagnies et donc n’exerce pas un certain contrôle corporatif .La plupart des économistes du développement sont également sceptiques quant au rôle du système financier dans la croissance économique. Mais compte tenu du développement spectaculaire de la littérature sur la croissance endogène, certains auteurs comme Berthelemy et Varoudakis [1996] ont mis en évidence l’ambivalence de la relation entre développement financier et croissance. Le résultat de l’étude de ces deux auteurs débouche sur la non-linéarité entre un indicateur de développement financier et la croissance. Ils ont déterminé l’existence d’un seuil minimum de développement financier au-delà duquel il pourrait exister une causalité dans le sens finance vers croissance (ce pays passe ainsi d’un club de convergence à un autre).Cette corrélation peut être inversée ou négative dans le stade de maturité du secteur financier.
Dans le but de mieux appréhender notre étude, se referant à la littérature dominante, l’approche développée par Levine [1993, 1997] sera adoptée ici. Dans une certaine mesure nous adoptons déjà alors la position de Levine et ses collègues selon laquelle : « Le secteur financier exerce une influence positive sur la croissance ».Mais cette position n’est pas formelle. Levine lui-même dans ces travaux a émis des doutes quant à la l’universalité de ce lien de causalité. Cette position nous permettra de proposer les indicateurs clefs de développement financier indispensable à notre analyse.
2-2-Indicateurs de maturité financière
Comme le note Aghion [2007, p.80] : « Dans son excellent revue de littérature dans le Handbook of Economic Growth, Ross Levine [2005] résume ainsi la recherche actuelle sur la finance et la croissance. Globalement ,l’ensemble des recherches actuelles suggère que les pays dont les banques et les marchés fonctionnent mieux se développent plus rapidement , les biais de simultanéité ne semblent pas affecter ces conclusions , une efficacité accru des systèmes financiers réduit les contraintes qui pèsent sur le financement externe des entreprises indiquent qu’il s’agit là d’un des mécanismes par lesquels le développement des marchés financiers influencent la croissance ».Levine à travers cette affirmation confirme l’ existence d’un lien de causalité formelle entre développement financier et croissance. Son article fondateur de 1997 a permis de tirer les indicateurs relatifs au développement financier.
Dans un article de 1997, le Professeur Levine Ross [1997] dans le but d’étudier la relation existante entre le développement de la sphère financière et la sphère réelle de l’économie a relevé quatre indices permettant d’évaluer le niveau de développement financier d’un pays. Ces indicateurs reflètent l’état de maturité financière d’un pays.
i)-La PROFONDEUR FINANCIERE : une mesure de la taille du secteur financier, donne le ratio des passifs liquides du secteur de la monnaie en circulation, plus des dépôts à vue et des passifs porteurs d’intérêts des banques et des intermédiaires financiers non bancaire sur le PIB (M2 /PIB).
ii)-La BANQUE :une mesure du rôle des banques primaires vis-à-vis de la banque centrale , donne la part des banques primaires dans le crédit intérieur total , c'est-à-dire la créance des banques primaires , plus les actifs internes de la banque centrale.
iii)-Le PRIVE :une mesure de la part du secteur privé dans le crédit intérieur, donne le ratio du crédit alloué aux entreprises privées, à l’ exclusion des entreprises d’Etat, par rapport au crédit intérieur total net du crédit octroyé aux banques .La Banque mondiale à travers ses interventions et les différents rapports accorde une importance particulière au développement du secteur privé .On peut lire ainsi dans le rapport annuel de la Banque mondiale [2007,p.21 ] : « Des marchés diversifiés efficaces et bien réglementés, ainsi qu’un cadre juridique et réglementaire favorable au secteur privé, permettant aux entreprises des microentreprises aux multinationales d’investir de manière productive , de créer des emplois et de se développer ».
iv)-Le PRIVY :une mesure de l’ importance du crédit au secteur privé dans l’ économie dans son ensemble , donne le ratio du crédit aux entreprises privées (comme dans iii) par rapport au PIB .
A ces quatre indices relevés par Levine, nous allons en ajouter un relatif aux banques que nous appellerons « Banceco ».
v)-Le BANCECO : C’ est le ratio des crédits bancaires par rapport au PIB .Cet indice est très important car il permet d’évaluer l’importance des banques dans le financement de l’ économie d’un pays donné.
Au sens de Levine, l’hypothèse sous jacente des indices est que,plus chacun d’entre eux est grand au temps t ,plus rapide est la future croissance d’une économie .En d’autres termes ,plus le secteur financier est profond ( c’est à dire plus sa profondeur est grande ), plus le rôle la part su secteur privé dans le crédit intérieur est grande , plus le rôle des banques primaires est grand en comparaison de celui de la banque centrale , et plus le crédit en circulation dans les entreprises privés est grand par rapport à l’ économie globale , et plus le taux de croissance de l’ économie est élevé .
Il est crucial de rappeler que ces indicateurs cernent des caractéristiques spécifiques du secteur financier et reflètent le niveau global de sa taille .Ils ne disent rien de certains détails structurels et institutionnels jugés significatifs .
1-2-2-1-Analyse globale des maturités financières des PED
Le tableau 1 ci-après nous retrace l’état global du secteur financier des PED conformément aux critères d’évaluation proposés précédemment. Le tableau 2 tiré de l’étude de King et Levine [1993] nous permet de faire une comparaison relative à notre résultat.
Tableau 1 : Indicateurs de développement financier des PED (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,29 0,31 0,33 0,38 0,38 0,41 0,44 0,47 0,48
PRIVE 0,79 0,73 0,73 0,74 0,75 0,71 0,69 0,69 0,69
PRIVY 0,27 0,30 0,32 0,32 0,32 0,35 0,35 0,34 0,34
BANQUE 0,65 0,65 0,76 0,79 0,78 0,77 0,76 0,78
BANCECO 0,37 0,37 0,37 0,38 0,41 0,4 0,44 0,43
(1) PED : L’échantillon est composé de 17 pays en développement dont Afrique : Algérie, Bénin, Cameroun, Madagascar ; Amérique latine :Argentine , Brésil , Equateur ,Mexique ; Asie :Chine ,Inde , Indonésie ,Thaïlande , Corée du sud.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
Tableau 2: Indicateurs de développement financier de King et Levine pour l’année 1985
Très Riche Riches Pauvre Très Pauvres
M2/PIB 0,67 0,51 0,39 0,26
PRIVE 0,71 0,58 0,47 0,37
PRIVY 0,53 0,31 0,20 0,13
BANQUE 0,91 0,73 0,57 0,52
Nb : Echantillon 29 pays
Source : King et Levine [1993].
Il ressort du tableau 1 que le secteur financier des PED dans l’ensemble est encore dans un état embryonnaire.
i)-Le degré de monétisation de l’économie (M2/PIB) n’a cessé de s’amplifier tout au long de la période d’étude (1980-2000) passant respectivement de 0,29 à 0,31 en 1980 et 1985 et respectivement de 0,38 et 0,48 en 1995 et 2000 .Il est important de noter que le niveau moyen de cet indicateur (pour l’année 1985) trouvé par Levine [1993] pour les pays très riches est de 0, 67 et 0,51 pour les riches, respectivement 0,39 et 0,26 pour les pauvres et les pays très pauvres
( Tableau 2). A partir de 1995, le niveau moyen de la profondeur financière des PED a dépassé le seuil critique de 0,365 (avancé par Varoudakis et Berthelemy [1998] au-delà duquel un pays est jugé avoir affranchi le premier stade du développement financier. Mais quoi qu’il en soit ce faible niveau d’approfondissement financier (profondeur financière) des PED reflète la faible taille de leur secteur financier qui malgré le développement du secteur bancaire reste encore fragile. L’hypothèse selon laquelle le taux de liquidité (M2/PIB) est un indicateur crucial du niveau de développement financier reste quand même critiquable [Fry ,1997] .Selon Fry, cet indicateur est une estimation correcte du développement de la finance dans des pays aux premiers stade de leur développement, du fait notamment du poids prédominant des banques dans le financement des entreprises et par le sous-développement des marchés financiers, ce qui n’est plus le cas des pays où les marchés financiers sont déjà largement avancés . En fait, dans des économies financièrement développées, il est probable que la vitesse de circulation monétaire tende à augmenter plus vite que la masse monétaire. Dans ce cas, le taux de liquidité pourrait négativement corrélé avec les évolutions du PIB, contrairement à ce que prévaut Levine .L’utilisation de cet indicateur pour les PED est à notre sens justifié par le fait qu’ils sont tous (même les pays émergents) des pays à « Economie d’endettement » où la monnaie et la quasi –monnaie occupent une part non négligeable de la masse monétaire et où les Banques prédominent.
ii)-L’indicateur PRIVE (Crédit au secteur privé /Crédit intérieur) montre une importance capitale du secteur privé. En effet, le secteur privé accapare presque deux tiers ou plus des crédits intérieurs dans les PED passant de 0,79 en 1980 à 0,73 de 1985 à 1990 et 0,69 en 2000.Notre résultat ne cadre pas vraiment avec les résultats de King et Levine [1993], qui montrent que les pays pauvres et très pauvres censés représentés les PED ont eu un indice PRIVE respectivement de 0,47 et 0,37 en 1985 .Dans notre cas, cet indice est 0,73 en 1985 .Cette différence est attribuée d’une part à la faiblesse de notre échantillon,d’autre part aux pays qui composent l’ échantillon.
iii)-L’analyse de la variable PRIVY (Crédit privé /PIB) montre une tendance croissante tout au long de la période considérée passant de 0,27 à 0,30 entre 1980 et 1985 et respectivement de 0,32 à 0,34 entre 1990 et 2000 .A titre de comparaison, dans l’étude de King et Levine [1993], cet indice est de l’ordre de 0,20 et 0,13 respectivement pour les pays pauvres et très pauvres en 1985 et respectivement 0,53 et 0,31 pour les pays très riches et les pays riches.
iv)-La variable BANQUE (Crédit bancaire/ Crédit bancaire plus créances internes de la Banque centrale) a enregistré une quasi-stabilité à partir de 1996 après la tendance croissante amorcée depuis 1985 .Les Banques ont assuré ainsi 65% des actifs financiers internes des PED en 1985 et respectivement 76 % et 0,78% en 1995 et 2000.Ce fait corrobore bien le fait que ces pays sont des pays à « Economie d’endettement ».Le fait que les Banques assurent presque deux tiers des actifs internes des PED est un signal fort de l’importance du secteur bancaire dans les PED , ce qui ne réduit pas forcement la marge de manœuvre de la Banque centrale . Dans une « Economie d’endettement », la maîtrise des variables de contrôle de la politique monétaire par la Banque centrale est de plus en plus certain (on ne tient pas compte des autres paramètres exogènes).
v)-La variable BANCECO (Crédit bancaire /PIB) a suivi une tendance à la hausse 1985 à 1998 passant de 0,37 à 0,4 avant de se stabiliser à 0,44 et 0,43 respectivement en 1999 et 2000 .
A noter que ces chiffres sont à interpréter avec précaution car les disparités du niveau de développement financier, les structures économiques et les cadres institutionnels ne sont pas les mêmes dans l’ensemble des PED .Ce qui nous amène à une analyse régionale de l’évolution de ces indicateurs.
1-2-2-2-Analyse régionale des maturités financières des PED
L’analyse globale du niveau de développement financier des PED ne nous permet pas vraiment d’avoir une vision claire et nette de chaque région .Il importe ainsi de prolonger l’analyse en termes régionale. Les tableaux 3-4-5 ci- après nous retracent l’évolution de ces indicateurs pour trois groupes de régions à savoir l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie qui constituent les principales délimitations régionales de notre étude.
Afrique
Le secteur financier de l’Afrique, d’après ce qu’on entend partout dans les études et différents rapports des organismes internationaux, gouvernementaux et paragouvernementaux est déficient, mal -organisé et très segmenté. La Banque mondiale [Ibid,p.21] note ainsi : « Des marchés efficaces sont particulièrement nécessaires en Afrique où le développement du secteur financier est inégal, la réglementation commerciale excessive, l’accès au crédit limité surtout dans les zones rurales et l’intermédiation financière moins répandue que dans n’importe quelle région du monde ».
En nous référant au tableau 3 ci-après, ce constat semble être confirmé rien qu’en comparant l’indice d’approfondissement financier à ceux des autres PED.
Tableau 3: Indicateurs de développement financier de l’Afrique (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0, 32 0,34 0,26 0,24 0,22 0,24 0,24 0,26 0,26
PRIVE 0,86 0,79 0,75 0,47 0,52 0,50 0,55 0,69 0,69
PRIVY 0,32 0,33 0,23 0,08 0,08 0,06 0,07 0,08 0,08
BANQUE 0,70 0,63 0,62 0,65 0,64 0,65 0,67 0,70
BANCECO 0,35 0,27 0,18 0,17 0,16 0,18 0,19 0,17
(1) : Algérie, Bénin, Cameroun, Madagascar.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
En effet, l’indice de la profondeur financière ( M2 /PIB) de l’Afrique a passé de 0,32 en 1980 à 0,34 en 1985 et respectivement 0,24 et 0,26 en 1995 et 2000.
Parallèlement, l’indice PRIVE a passé de 0,86 en 1980 à 0,79 en 1985 et 0,69 en 2000.
La variable PRIVY a enregistré une forte régression durant la période d’étude passant de 0,32 en 1980 à 0,08 en 1995 et 2000. La forte baisse de cette variable est attribuée à l’importance grandissante du secteur public (gouvernemental) dans ce continent.
La variable BANQUE mérite une attention particulière. L’examen relatif à l’évolution de cette variable montre une grande importance des banques vis-à-vis da la banque centrale. Les banques ont assuré environ 70 % des actifs financiers internes en Afrique (l’échantillon) en 1985 et respectivement 62% et 70% de ces actifs en 1995 et 2000. Paradoxalement, cette valeur (surtout en 1985 et depuis 1998) est très proche du niveau trouvé par King et Levine [1993] pour les pays riches (0,73) en 1985 (voir tableau 9) et loin du niveau correspondant aux pays pauvres et les pays très pauvres qui a été respectivement de 0,57 et 0,52. Dans notre cas, cette valeur est de 0,70
(en 1985 ), largement supérieure à celle de King et Levine pour les pays pauvres et très pauvres en 1985.Cette différence est justifiée par l’importance des Banques d’ Etat dans les pays qui composent notre échantillon pendant les années 1980 et le début des années 1990. Dans les pays comme le Cameroun, Madagascar, Bénin et Algérie, l’Etat a toujours occupé une place capitale dans le secteur bancaire .Les nationalisations successives des années 1970 et 1980, ont fait que l’Etat était devenue acteur principal du secteur bancaire comme résultat explosion des crédits bancaires et des financements des grands programmes d’investissement à outrance (Comme le cas de Madagascar vers la fin des années 1970 et début 1980). Le niveau élevé de l’indice Banque (Environ 0,65 ou plus) enregistré depuis 1996 reflète l’assainissement et la bonne santé du secteur bancaire du continent à cause de la privatisation du secteur qui a fait explosé les crédits intérieurs mais aussi et surtout la maîtrise des crédits de la Banque centrale dans l’économie (financement du déficit).
La baisse tendancielle de l’indice BANCECO (passant de 0,35 en 1985 à 0,18 en 1995 et 0,17 en 2000) confirme la diminution relative du rôle des banques dans l’économie.
Amérique latine
Les pays de l’ Amérique Latine sont réputés pour l’instabilité de leur secteur financier. La crise d’endettement international des années 1980 a fait sa gestion en Mexique avant de faire une tache d’huile dans les autres PED de la région, de l’Afrique et de l’Asie. Les crises successives des années subséquentes : crise Mexicaine de 1994, crise brésilienne de 1998, crise de la dette souveraine de l’équateur de 1998, crise de l’Argentine de 2002 reflètent la fragilité financière permanente de ces pays qui évidement nous renvoie à l’analyse du niveau de développement de leur secteur financier (Tableau 4).
Tableau 4 : Indicateurs de développement financier de l’Amérique latine (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,22 0,17 0,19 0,26 0,26 0,28 0,28 0,28 0,27
PRIVE 0,73 0,52 0,55 0,86 0,83 0,74 0,70 0,65 0,68
PRIVY 0,19 0,15 0,18 0,25 0,21 0,23 0,24 0,24 0,23
BANQUE 0,55 0,55 0,79 0,85 0,89 0,84 0,81 0,81
BANCECO 0,18 0,24 0,28 0,26 0,29 0,29 0,30 0,29
(1) : Argentine, Equateur, Brésil, Mexique
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
A priori, l’examen rapide relatif au tableau 4 indique un faible niveau de monétisation de l’économie, une forte implication du secteur privé et du secteur bancaire dans l’économie.
L’indice relatif à la profondeur financière (M2 /PIB) est faible, avoisine même le niveau de l’Afrique .Cet indice passe ainsi de 0,22 en 1980 à 0,26 en 1995 et 0,27 en 2000.Les pays d’Amérique latine sont alors des pays à faible niveau de monétisation .Ce faible niveau de monétisation reflète la réticence de la population à détenir des actifs liquides vue l’hyperinflation et les désordres monétaires qui caractérisent ces pays. Les gens ont tendance ainsi à détenir des actifs moins liquides et les transformer en actifs liquide en cas de crise comme a été le cas en 2002 en Argentine. A titre d’illustration, cet indice a été de 0,24 en 1980 en Argentine, 0,11 en 1990 et 0,31 en 2000 .Dans la même période, il a été respectivement 0,11 et 0,25 en 1980 et 1985 au Brésil et 0,28 en 2000.
L’indice PRIVE ( Crédit au secteur privé / Crédit intérieur) montre une importance capitale du secteur privé malgré une forte régression enregistrée entre 1980 et 1990 .Cet indice a passé de 0,73 en 1980 à 0,55 en 1990 et 0,67 en 2000 .
Parallèlement, la variable PRIVY (Crédit privé /PIB) a enregistré un résultat médiocre (en déca de la moyenne des PED et légèrement au dessus de l’Afrique). Cet indice a passé ainsi de 0,19 à 0,15 en 1980 et 1985 et de 0,25 à 0,23 en 1995 et 2000 alors que la valeur moyenne de l’ étude de King et Levine [1993] a été respectivement 0,20 et 0,13 pour les pays pauvres et très pauvres en 1985 .
La variable BANQUE montre le rôle capital du secteur bancaire vis-à-vis de la Banque centrale. Cette variable a passé de 0,55 à 0,79 de 1985 à 1995 et 0,81 en 2000.La stagnation de cette variable observée entre 1985 et 1990 est attribuée à la réticence des banques à financer les activités économiques dans les PED suite à la crise d’endettement international qui a fait naître des créances douteuses dans la majorité des PED surtout en Amérique latine (dont les pays de l’échantillon).
La faible valeur de la variable BANCECO reflète le fait que les secteurs bancaires de ces pays ne sont pas vraiment dynamiques.
Asie
Ces deux dernières décennies, le continent asiatique (surtout les pays émergents ) se différencie de d’Afrique et de l’Amérique latine par le dynamisme spectaculaire de leur secteur financier conjugué au développement spectaculaire du secteur réel. Ces pays ont dégagé un taux de croissance moyen de plus de 6% et plus de 10 % pour la chine durant la dernière décennie et de nos jours .Mais la crise asiatique de 1997 est un signal fort de la fragilité financière de ces pays. Crise attribuée souvent au phénomène de Péché Originel d’Eichengreen et Hausmann [1999,2003] et l’Arrêt Brutal (Sudden Stopps) de Calvo [1998, 2004] , elle trouve avant tout sa source dans l’ état d’avancement de leur secteur financier ( Tableau 5).
Tableau 5 : Indicateurs de développement financier de l’Asie (1)
1980 1985 1990 1995 1996 1997 1998 1999 2000
M2/PIB 0,32 0,42 0,54 0,63 0,66 0,72 0,80 0,86 0,90
PRIVE 0,77 0,87 0,88 0,90 0,90 0,88 0,83 0,72 0,70
PRIVY 0,31 0,41 0,56 0,63 0,67 0,75 0,75 0,71 0,70
BANQUE 0,71 0,78 0,86 0,87 0,82 0,81 0,81 0,84
BANCECO 0,46 0,59 0,66 0,70 0,78 0,81 0,82 0,83
(1) : Inde, Chine, Indonésie, Corée du Sud, Thaïlande.
Source : Calcul de l’auteur à partir du Statistiques Financières Internationales, FMI, 2002.
En nous referant au Tableau 4, on constate que la profondeur financière (M2/PIB) de l’Asie (l’échantillon) est déjà largement avancé .Ce qui signifie un niveau de monétisation élevé de l’économie .Cette variable a presque triplé de valeur en 20 ans passant de 0,32 en 1980 à 0,63 en 1995 et 0,90 en 2000.Ce niveau elévé de l’indice approfondissement financier met en lumière l’ état d’avancement et la dynamique considérable du secteur financier de l’ Asie
( pays émergents de l’ Asie ).Le niveau d’après 1996 ( 0,66 et plus ) avoisine ou dépasse même le niveau de profondeur financière des pays riches ( 0,51 ) et des pays très riches ( 0,67 ) relatif à l’ année 1985 [King et Levine ,1993] .
A titre d’illustration, à noter que cet indice a passé de 0,37 à 0,42 de 1980 à 1990 en Inde et 0,56 en 2000 .En chine , il a passé de 0,36 à 0,80 de 1980 à 1990 et 1,52 en 2000 .En Indonésie ,Corée du Sud et Thaïlande , il est passé respectivement de 0,16 ; 0,33 et 0,38 en 1980 à 0,40 ; 0,38 et 0,70 en 1990 , enfin 0,57 ; 0,79 et 1,05 en 2000.Se referant à ces valeurs , on peut déduire que la chine et la Thaïlande sont des pays largement monétisé par rapport à la Corée du sud , l’ Indonésie et l’Inde. Toutefois, ils représentent tous un indice jugé significatif largement au dessus du seuil minimal de développement financier de 0,365 avancé par Varoudakis et Berthelemy [1998].
L’analyse des variables PRIVE et PRIVY font ressortir une importance capitale et une forte implication du secteur privé dans l’économie. L’indice PRIVE passe ainsi de 0,77 à 0,88 de 1980 à 1990 et 0,70 en 2000. Ce secteur englobe alors presque deux tiers ou plus même des crédits intérieurs. On voit bien la dynamique du secteur privé dans ce continent .L’indice PRIVY a aussi enregistré une performance remarquable passant de 0,31 à 0,56 de 1980 à 1990 et 0,70 en 2000.
En ce qui concerne la variable BANQUE ,la dynamique du secteur bancaire est remarquable .Cet indice a passé de 0,71 à 0,86 de 1980 à 1995 et 0,84 .La crise asiatique de 19997 a affecté d’une manière moins significative le secteur bancaire car l’indice Banque a passé de 0,87 en 1996 avant la crise à 0,81 en 1997 pendant la crise et s’est stabilisé à 0,81 pendant les deux années qui ont suivi la crise c'est-à-dire en 1998 et 1999 .La valeur élevée de cet indice Banque ( supérieure à 0,70 ) pendant la période d’étude reflète bien la forte implication du secteur bancaire dans ces pays et son rôle capital vis-à-vis de la Banque centrale.
La dynamique du secteur bancaire est confirmée si on analyse l’évolution de la variable BANCECO .Cet indice a passée ainsi de 0,46 à 0,66 de 1985 à 1995 et 0,83 en 2000 .
En bref , en nous référant aux tableaux 3-4-5, parmi les PED ,les pays de l’ Asie mènent la cadence en matière de développement financier , suivi de l’ Amérique latine et de l’Afrique qui comme toujours termine la marche. L’indicateur relatif à la profondeur financière ( M2/PIB ) ,les indices BANQUE et BANCECO corroborent ce constat. La supériorité asiatique est nette devant les résultats moyens de l’Amérique latine et la performance médiocre de l’Afrique. Si les indicateurs directs de développement financier montrent une nette différence entre ces trois régions, l’analyse des deux autres indicateurs indirects à savoir le PRIVE (Crédit privé / Crédit intérieur) et le PRIVY (Crédit privé / PIB) ne nous permet pas de faire une conclusion nette. Une analyse approfondie de l’évolution de ces deux variables nous permet quand même de confirmer la classification précédemment.
1-2-3-Indicateurs relatifs au marché boursier
Compte de tenu de l’importance du développement spectaculaire des marchés boursiers dans certains PED (quelques pays émergents d’Asie et d’Amérique latine, quelques pays d’Afrique) il s’avère capital d’intégrer dans notre analyse deux nouvelles variables : la capitalisation boursière et le turnover. Ces variables permettent d’évaluer la taille et la liquidité du marché. Levine et zervos [1996] ont été les premiers à avoir développé suffisamment cette approche.
i)- Le Ratio de capitalisation boursière sur le PIB ( CapBour/PIB ) permet d’évaluer la taille du marché .La capitalisation boursière est égale à la valeur totale de tous les titres inscrits . Pour Levine et Zervos , la taille du marché boursier est positivement corrélée avec l’ habilité à mobiliser le capital et à diversifier le risque.
ii)-Le Turnover (TURN) est le taux de rotation en volume c'est-à-dire le rapport des transactions en volume sur la capitalisation boursière en volume. Cette mesure complète aussi la mesure concernant la taille car un marché peut être important mais inactif.
Constatant l’importance de la libéralisation financière dans les pays émergents, et faute de données statistiques suffisantes permettant de calculer ces indicateurs, nous nous limiterons ici aux données de Levine et Zervos de 1996.
Le tableau 6 ci-après met en évidence l’évolution de ces indicateurs pour certains pays émergents.
Tableau 6 : Indicateurs du marché boursier des pays émergents
CapBour/PIB Turnover
Avant Après Avant Après
Argentine 0,0115 0,0658 1,167 3,395
Brésil 0,0565 0,3268 4,361 3,790
Mexique 0,0762 0,2894 7,477 3,561
Philippines0,0712 0,2457 4,513 2,015
Thaïlande 0,0682 0,4172 6,213 0,8561
Inde 0,0749 0,2397 5,059 3,343
Pakistan 0,0581 0,1620 0,720 1,474
Jordanie 0,4205 0,5714 0,607 2,026
Source :Levine et Zervos ,1996.
Ce tableau montre que l’intégration financière a permis d’augmenter la capitalisation boursière des marchés émergents surtout dans des pays comme la Thaïlande, la Jordanie et le Brésil où elle (la capitalisation boursière) a déjà enregistré un score significatif .Toutefois, l’évolution de l’indicateur TURNOVER dans des pays comme le Brésil, le Mexique, le Philippines, la Thaïlande et l’Inde reflète le manque de dynamisme de ces marchés. Certains pays émergents n’ont pas pu alors dynamiser les transactions au sein de leurs bourses de valeur mobilières de façon à ce que les taux de transactions suivent le rythme de croissance de la capitalisation. Ce fait s’explique par le faible pouvoir de financement du marché financier. Une étude de la Banque Européenne de l’Investissement [2006] a pu montrer la situation globale des PED mettant en exergue les indicateurs relatifs au Turnover et à la capitalisation boursière comme le montre le tableau 7 .
Tableau 7 : Indicateurs du marché boursier des PED et des autres pays (en % )
Afrique Asie Amq lat PaysMed UE 25 UE8 EU
TURNOVER
36,1 90,4 23,7 107,4 93,3 41,7 169,1
CapBour
Privé/PIB 9,7 11,4 6,7 nd 39,4 4,9 106,8
CapBour
Publiq
/PIB 36,4 16,9 25,9 42,5 47,1 29,3 44,1
Note : Amq lat : Amérique latine, PaysMed : Pays de la Mediterannée, UE : les 25 pays membres de l’ Union Européenne, U8 : Les huit pays de l’Europe centrale et orientale qui ont adhéré l’Union Européenne en 2004, EU : Etats-Unis.
Source : Banque Européenne d’Investissement ,2006 , Tendance économique dans les pays partenaires (p.19).
L’examen relatif à ce tableau montre une forte dynamique du marché boursier des pays de la Mediterannée et asiatique présentant un taux de rotation respectif de 107,4% et 90,4% avoisinant ou dépassant même la performance des 25 pays de l’Union Européenne .Chose surprenante, l’ Afrique dépasse même l’Amérique latine en matière de capitalisation boursière ( privée ou publique ) mais aussi en matière de rotation des valeurs mobilières (Turnover).La performance globale des PED ( Asie, Amérique latine , Afrique , Pays de la Mediterannée ) est comparable à celle des huit nouveaux membre de l’ Union Européenne ( UE8).Il est quand même important de noter que ces indicateurs reflètent largement la situation des pays émergents parmi les PED mais non pas de l’ensemble des PED .Le résultat significatif de l’ Afrique est alors biaisé par la performance de l’Afrique du Sud. La dynamique de l’Asie et de l’Amérique latine est attribuée aux pays émergents de ces deux continents.
Si les indicateurs relatifs au secteur financier présentés jusqu’ici permettent d’avoir une vision d’ensemble de son état d’avancement, ils ne fournissent pas des informations fiables quant à sa solidité .
1-2-3-Indicateurs de solidité du secteur financier des PED
Les indicateurs proposés précédemment ne permettent pas d’évaluer la solidité du secteur financier. Ce sont des indicateurs relatifs à la taille et à la liquidité réelle de l’économie. N’est-il pas alors capital de proposer d’autres indicateurs permettant d’évaluer la solidité du secteur financier du pays en question ? Trois indicateurs à savoir le rendement de l’ actif , le Ratio prêts non productifs sur le total des prêts , le capital réglementaire rapporté à l’ actif pondéré en fonction des risques permettent d’évaluer cette solidité du secteur financier comme le montre le tableau 8 ci- dessous .
Tableau 8 : Indicateurs de solidité du secteur bancaire des PED ( en %)
Rendement de l’actif Prêts non productifs sur total des prêts Capital réglementaire sur actif pondéré en fonction des risques
2002 2003 2004 2002 2003 2004 2002 2003 2004
PaysEmerg Asie 0,8 0,9 1,3 15,5 13,1 10,8 13,8 14,31 14,3
Amérique latine -1,3 1,3 1,6 12 9,6 6,9 13,7 14,7 16,1
Moyen Orient 1,2 1,2 1,5 14,7 14,3 13,4 15,2 14,9 14,6
Afrq Subsahar 2,1 3,1 3,1 16,9 14,6 13,3 17,7 16,6 16,9
Source : FMI , Global Stabilty Reviw [ 2005 ].
L’examen relatif au tableau 8 montre que le secteur bancaire des PED affiche des indicateurs agrégés de performance modeste. Ce fait reflète bien les conditions d’activité difficile et l’insuffisance de la pratique de gestion des risques. La faiblesse du rendement de l’ actif ,conjugué à l’importance des taux de prêts non productifs, malgré le résultat encourageant au niveau du ratio d’adéquation du capital ( capital réglementaire / actif pondéré en fonction des risques ) illustre la fragilité du secteur bancaire des PED .Une analyse approfondie de ce tableau permet d’avancer que le Moyen Orient et l’ Afrique Subsaharienne sont fortement exposés si on se réfère à l’indicateur relatif au prêts non productifs alors que l’ Amérique latine et les pays émergents d’Asie affichent une certaine stabilité .La tendance se renverse si on s’intéresse au rendement de l’ actif, une situation paradoxale car ces deux sous-régions
(Afrique subsaharienne et le Moyen orient) sont largement marginalisées par les créanciers privés pour des causes diverses.
Si on prolonge l’analyse dans le cadre des marchés financiers (tableau 9), on aperçoit que l’indicateur relatif à la volatilité des rendements boursiers affiche une performance notable dans tous les pays de l’échantillon à l’exception du Brésil et de l’Argentine qui ont connu une hausse de cet indicateur au cours de la période considérée (avant et après la libéralisation financière).
Tableau 9 : Volatilité des rendements boursiers des pays émergents
Volatilité des Rendements boursiers
Avant Après
Argentine 0,281 0,428
Brésil 0,184 0,428
Mexique 0,107 0,103
Philippines 0,070 0,069
Thaïlande 0,056 0,068
Inde 0,036 0,070
Pakistan 0,030 0,060
Jordanie 0,044 0,042
Source :Levine et Zervos , 1996 .
Tel qu'on a pu constater à travers les différents données et tableaux de cet article , le defi du secteur financier reste de mise dans les PED.Si la suprematie asiatique est une évidence , le reveil de l' Amérique latine et de l' Afrique se dessine à l' horizon .Mais le fossé qui separe les pays émergents et les PMA restent encore une évidence dans les trois régions des PED ( Afrique , Asie et l' Amérique latine ).
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